Magré un cadre institutionnel et réglementaire relativement étoffé, le Tchad figure parmi les pays à faible indice de développement de l’e-gouvernement.
Considéré comme vecteur d’efficacité de l’administration publique et de développement économique, le numérique peine encore à se déployer pleinement en Afrique. Certains pays, conscients de leurs lacunes, multiplient les partenariats stratégiques à l’international pour faire bouger les choses.
Le ministère tchadien des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation de l’Administration a annoncé la signature de trois protocoles d’accords de coopération à Bakou, au terme d’une mission officielle effectuée par le ministre Michel Boukar en Azerbaïdjan fin janvier. Les deux premiers accords ont été signés avec l’Agence pour l’innovation et le développement numérique (IDDA) d’Azerbaïdjan, respectivement par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) et l’Agence de développement des technologies de l’information et de la communication (ADETIC) du Tchad.
Ils portent sur la coopération dans les domaines de la transformation digitale, de l’innovation, de la gouvernance électronique, de la régulation des communications électroniques, ainsi que sur la promotion et l’exportation de produits et services numériques. Ils prévoient notamment l’échange d’expériences et de bonnes pratiques en matière de réglementation, le partage de compétences dans des domaines clés, le renforcement des capacités institutionnelles, la mise en œuvre de projets pilotes, le développement de solutions numériques innovantes et la formation.
Des accords à plusieurs facettes
Le dernier accord a été signé entre l’ARCEP tchadienne et l’Agence spatiale d’Azerbaïdjan (Azercosmos). Il porte sur la coopération dans le développement de pôles d’innovation et dans l’exportation de produits numériques, avec un accent particulier sur les services satellitaires et les activités spatiales. Il couvre également la coopération économique, industrielle, scientifique, technique et technologique, notamment dans les domaines de la gestion du spectre, des systèmes d’information géographique, de la télédétection, des communications par satellite, des opérations satellitaires, des systèmes au sol, ainsi que des aspects réglementaires et normatifs liés aux activités spatiales et aux services satellitaires.
L’exploration d’opportunités commerciales dans les domaines des télécommunications, de la diffusion vidéo, des services de données, des téléports et des stations au sol est également prévue, de même que le développement d’initiatives conjointes intégrant les technologies spatiales, l’intelligence artificielle et les services d’observation de la Terre. Une attention particulière sera accordée à la formation et au développement du capital humain.
Une expertise à valoriser
La coopération numérique entretenue par le Tchad avec l’Azerbaïdjan n’est pas anodine. Actuellement, le pays d'Afrique centrale affiche un retard dans la digitalisation des services publics et la transformation numérique en général. Selon les Nations Unies, il figure parmi les pays à faible indice de développement de l’e-gouvernement, occupant la 189ᵉ place dans un classement de performance mondial de 193 pays.
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Sa moyenne est largement en dessous de celle mondiale, africaine et même sous-régionale. Son écosystème digital global est encore embryonnaire, et malgré un cadre institutionnel et réglementaire relativement étoffé, les infrastructures télécoms demeurent faibles. Cette situation nuit à l’efficacité de l’État, indispensable à la bonne gouvernance, mais aussi à l’accès aux services par les populations et à la confiance des investisseurs qui aspirent à des procédures administratives rapides, transparentes et de qualité.
De son côté, l’Azerbaïdjan détient une expertise certaine en matière de gouvernance numérique, sur laquelle le Tchad peut s’appuyer pour faire progresser ses projets. Le pays du Caucase, au carrefour de l’Europe et de l’Asie, figure parmi ceux affichant un indice de développement de la gouvernance électronique élevé à travers le monde, avec une infrastructure télécoms de qualité, des services en ligne solides et un capital humain spécialisé. Classé 74ᵉ sur 193 pays en matière de développement de l’e-gouvernement, il jouit aussi d’un cadre institutionnel et réglementaire fourni, d’une forte capacité en cybersécurité, et d’une dynamique d’innovation numérique. À travers son agence spatiale Azercosmos, le pays a aussi une expertise en télécommunications par satellite, en recherche et développement dans le domaine spatial, en télédétection, et en observation de la Terre.
Autant d’atouts qui peuvent offrir au Tchad des perspectives positives dans la transformation digitale, et qui profiteront aussi à l’Azerbaïdjan qui y voit un marché pour ses produits, ses services et son expertise numériques.