Le Ghana exclut les étrangers de la reprise d’une mine d'or et teste les champions locaux

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Site aurifère de Damang, Ghana.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Site aurifère de Damang, Ghana.
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Au Ghana, l’appel d'offres lancé par le gouvernement pour la reprise de la mine d'or de Damang a officiellement été clôturé le 31 mars dernier. Pour assurer la continuité d'exploitation de ce site que le groupe sudafricain Gold Fields doit céder le 18 avril prochain, Accra a posé une condition : seules des entreprises détenues à 100 % par des ressortissants ghanéens peuvent candidater. Ce choix n’est pas anecdotique, il s'inscrit dans un mouvement plus large d'acteurs locaux de plus en plus offensifs dans le secteur aurifère ghanéen.
Alors qu’elle génère environ deux tiers des recettes d'exportation du Ghana, l’exploitation de l’or est encore largement dominée par les multinationales étrangères. Détenue à 90% par Gold Fields et à 10 % par le gouvernement ghanéen, Damang est en service depuis 1997. Sa production est tombée à 97 500 onces en 2025, soit environ un tiers de son pic historique. Il s’agit par ailleurs d’une baisse de 28 % en glissement annuel à inscrire dans un contexte d'épuisement progressif des réserves connues.
Lorsque le permis de Gold Fields est arrivé à échéance en avril 2025, la compagnie a obtenu une prolongation d'un an, assortie de l’obligation de produire une étude de faisabilité sur les perspectives à long terme du gisement. Soumis à Accra en décembre 2025, ce document confirme la possibilité de prolonger la durée de vie de la mine, sans en préciser les contours exacts. Plusieurs groupes ghanéens se sont néanmoins déjà positionnés pour la reprise. Engineers & Planners (E&P), dirigé par Ibrahim Mahama – frère du président ghanéen John Mahama – en fait partie, aux côtés de BCM International et du consortium Vortex Resources.
La restriction réservant Damang aux seuls capitaux ghanéens intervient près d'un an après une mesure similaire, appliquée à plus grande échelle. Depuis mai 2025, les opérateurs étrangers ne peuvent plus s'approvisionner directement auprès des mineurs artisanaux et à petite échelle (ASM). Cette activité est désormais centralisée au sein du GoldBod, organe étatique créé pour superviser l'achat, l'affinage et l'exportation de l'or issu de ce segment.
Le GoldBod a revendiqué des exportations supérieures à 100 tonnes en 2025, pour une valeur dépassant 10 milliards USD (environ 8,7 milliards EUR). Pour se rendre compte de l’importance de l’ASM, ces recettes constituent l’équivalent de la moitié des 20,9 milliards USD d'exportations d'or déclarées par le Ghana sur la même période.
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En parallèle, des acteurs privés ghanéens se mettent en ordre de marche. E&P a finalisé en octobre 2025 le rachat d'Azumah Resources pour s'emparer du projet aurifère Black Volta, jusquelà aux mains d'un opérateur australien. Le cas de BogosoPrestea, dont le bail a été résilié en septembre 2024 puis réattribué à la société ghanéenne Health GoldFields, mérite également d’être souligné. Blue Gold, l'opérateur évincé, a toutefois engagé une procédure d'arbitrage international contre Accra.
L’exclusion des acteurs étrangers de la reprise de la mine Damang ne signifie pas pour autant que le gouvernement a revu les critères pour favoriser un repreneur modeste ou avec peu d’expérience, même s’il est 100 % ghanéen. Ainsi, le profil décrit dans l’appel d’offres du ministère ghanéen des Terres et des Ressources naturelles est particulièrement exigeant.
Les soumissionnaires doivent en effet disposer d’une expérience avérée de l'exploitation à ciel ouvert et d’une capacité opérationnelle sur au moins une décennie. Ils devront aussi prouver l’accès à des financements compris entre 500 et 600 millions USD, précise l’appel d’offres.
En attendant de connaître le choix d’Accra pour la poursuite de l’exploitation de Damang, force est de constater que les exigences annoncées sont relativement élevées pour des acteurs locaux. En Côte d'Ivoire par exemple, la mine d'or de Tongon est passée sous pavillon national en décembre 2025 dans le cadre d’une transaction de 305 millions de dollars. Le canadien Barrick Mining a cédé l’actif à Atlantic Group, la holding de l'homme d'affaires ivoirien Koné Dossongui, qui réalisait ainsi sa première incursion majeure dans le secteur minier.
S’il existe une génération d'entrepreneurs africains prêts à investir dans l’exploitation minière sur le continent, dans le sillage de la volonté des États de renforcer le contenu local dans le secteur, les capacités techniques et financières constituent des défis importants. Ils devront impérativement être relevés, au risque d’assister à des contreperformances opérationnelles préjudiciables aux finances publiques et aux communautés dépendantes des mines.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin