Au Cameroun, le secteur minier change d’échelle avec le projet de bauxite Minim Martap

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Au Cameroun, le projet Minim Martap commencera l’exportation de bauxite d’ici mi-2026.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Au Cameroun, le projet Minim Martap commencera l’exportation de bauxite d’ici mi-2026.
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La compagnie minière australienne Canyon Resources l’a confirmé mardi 27 janvier : son projet Minim Martap entrera en production cette année. Situé dans la région de l'Adamaoua, dans le centre-nord du Cameroun, c’est un gisement qui héberge 144 millions de tonnes de réserves de bauxite, capable de transformer le visage du secteur minier local.
Pays aux importantes réserves de fer, bauxite, diamants ou or, le Cameroun ne fait pourtant pas partie des grands pays miniers en Afrique. Son secteur minier représente moins de 1 % du PIB, une contribution provenant essentiellement de l’exploitation artisanale et à petite échelle d’or et de diamants. Avec un investissement initial de 96 millions USD (80 millions €) annoncé pour sa construction, Minim Martap est donc un projet d’une toute autre échelle.
Selon le calendrier présenté depuis plusieurs mois par Canyon Resources, l’extraction du minerai est censée démarrer dans les prochaines semaines et les premières tonnes de bauxite seront exportées d’ici mi-2026. Les travaux de construction de la zone de stockage vont aussi démarrer dans les prochains jours au port de Douala, choisi pour assurer l’exportation du minerai.
Si cette feuille de route semble respectée jusqu’ici, le développement de Minim Martap n’a pas toujours été un long fleuve tranquille pour le Cameroun. Le pays a encore en mémoire les folles promesses de la société américaine Hydromine, détentrice dans les années 2000 d’un permis minier sur le projet, qui annonçait vouloir investir 5 000 milliards FCFA (7,6 milliards d'euros) au Cameroun. Start-up sans ressources ni expertise dans le secteur minier, elle a été remplacée par Canyon, qui a investi dans l’exploration et la réalisation d’études de faisabilité économique.
L’une de ces évaluations, publiée en juillet 2020, anticipait une production initiale de 5 millions de tonnes de bauxite par an, grâce à un premier investissement de 120 millions USD (100 millions d'euros). Canyon voulait alors mobiliser les fonds, obtenir les permis nécessaires et mettre la mine en service en 2023. Ce pari n’a pu être tenu, la compagnie australienne n’obtenant le permis d’exploitation minière qu’en 2024. Cette autorisation gouvernementale s’est accompagnée d’exigences, notamment le lancement des travaux de construction de la mine dans un délai de deux ans et le début de la production sous cinq ans.
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Canyon a revu dans la foulée le calendrier d’exploitation des réserves de Minim Martap. Dans une étude de faisabilité publiée en septembre 2025, elle propose une montée en puissance progressive, avec un premier investissement réduit à 80 millions €. La capacité de production initiale de la mine est ainsi revue à 1,2 million de tonnes de bauxite par an à partir de 2026, avec une augmentation jusqu’à 10 millions de tonnes d’ici 2032. Sur 20 ans, les réserves de la mine seront extraites à un rythme moyen de 7,2 millions de tonnes par an.
Selon l’étude de faisabilité de septembre 2025, le projet Minim Martap affiche une valeur actuelle nette de 835 millions USD avant impôts, soit environ 700 millions d'euros. L’Etat camerounais y est actionnaire à hauteur de 10%, une participation gratuite qui lui assure des retombées financières lors de la distribution des bénéfices du projet, en plus de la redevance minière de 3% perçue directement sur les ventes de bauxite. Camalco, filiale locale de Canyon propriétaire direct du projet, est par ailleurs soumise à un impôt sur les sociétés de 33% et 5% du minerai extrait doit être alloué au Cameroun.
Au-delà de ces retombées directes, le projet Minim Martap permet aussi la réhabilitation d’une partie de l’infrastructure ferroviaire du Cameroun. En charge de la concession du chemin de fer camerounais depuis 1999, Camrail a accueilli l’année dernière Camalco parmi ses actionnaires. Pour garantir la fiabilité de ses expéditions de bauxite jusqu’au port, la société prévoit d’investir initialement 7 millions USD dans le réseau ferroviaire et a passé des commandes de wagons et locomotives en Chine.
«L'investissement de CAMALCO dans le matériel roulant constitue plus de 70 % des 446 millions de dollars que l’entreprise dépensera pour développer le projet de bauxite Minim Martap », précise un communiqué d’Africa Global Logistics, maison mère de Camrail.
En plus de l’infrastructure ferroviaire, Canyon Resources envisage aussi d’investir dans une raffinerie d’alumine au Cameroun. En assurant la transformation locale du minerai de bauxite, cette installation augmentera non seulement la valeur créée au Cameroun, mais favorisera aussi de nouveaux emplois. Aucun détail sur l’investissement nécessaire à ce projet n’est encore disponible, mais la société veut publier une étude de faisabilité au troisième trimestre 2026.
A titre de comparaison, plusieurs projets de raffinerie annoncés en Guinée, premier exportateur mondial de bauxite, dépassent le milliard d’euros, un investissement largement supérieur à ce que Canyon prévoit pour la mine. La compagnie peut néanmoins compter sur son principal actionnaire, Eagle Eye Asset Holdings, un family office singapourien dont l’homme d’affaires indien Gagan Gupta est l’un des actionnaires. M. Gupta s’est notamment fait connaître en Afrique grâce à Arise IIP, une société qui a construit des zones économiques et industrielles au Bénin et au Gabon.
Canyon compte aussi parmi ses partenaires AFG Bank, qui lui a fourni une facilité de crédit de 82 milliards FCFA (125 millions d'euros) pour la construction de la mine, et Afriland Bourse & Investissement, filiale du groupe bancaire camerounais Afriland First Bank. Cette dernière a signé un accord pour investir 70 millions de dollars australiens (41 millions d'euros) afin d’être l’un des actionnaires de la compagnie australienne.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin