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Le Ghana annonce la création d'un conseil budgétaire indépendant pour ne plus dépendre du FMI

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 16 février 2026 à 13:05

Au premier semestre 2025, Bank of Ghana a capté plus de 60% des recettes d’exportation de biens.

Au premier semestre 2025, Bank of Ghana a capté plus de 60% des recettes d’exportation de biens.

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Le Ghana a annoncé la création d’un conseil budgétaire indépendant dont l’objectif sera de renforcer le contrôle de ses finances publiques, alors que le programme d’aide du FMI touche à sa fin. Dans la mesure où le pays ouest-africain ne semble pas vouloir solliciter un nouvel accord avec l’institution de Bretton Woods, les marchés de la dette et les partenaires, dont la France, évalueront la crédibilité de ce nouveau cadre.

Le gouvernement ghanéen a annoncé la création prochaine d’un conseil budgétaire indépendant. L’information a été communiquée par Thomas Nyarko, adjoint au ministre des Finances, lors d’un échange avec une délégation française composée notamment d’Emmanuelle Boulestreau, cheffe du Service économique régional pour le Nigeria et le Ghana, et de Julien Frioux, chef du Service économique de l’ambassade de France à Accra. Cette future institution, composée d’experts nationaux, aura un rôle consultatif : elle analysera les choix budgétaires de l’État, évaluera les prévisions économiques et formulerait des avis sur la gestion des finances publiques. L’objectif est de renforcer la transparence, la responsabilité et la soutenabilité budgétaire, c’est-à-dire la capacité du pays à maîtriser ses dépenses et sa dette à long terme. Sa mise en place nécessitera l’adoption d’un cadre juridique formel, par voie législative ou réglementaire. Les modalités précises de fonctionnement, son degré d’indépendance et ses moyens financiers n’ont pas encore été détaillés.

Programme qui arrive à son terme

Cette annonce intervient alors que le Ghana arrive au terme de son programme en cours avec le Fonds monétaire international (FMI). Pour rappel, un programme FMI correspond à un accord où des ressources en devises sont mises à la disposition d’un pays, avec comme contrainte pour le bénéficiaire, la mise en œuvre de réformes visant à stabiliser l’économie, mais surtout à garantir qu’il pourra rembourser sa dette extérieure.

Les autorités ghanéennes ont indiqué ne pas envisager, à ce stade, de solliciter un nouveau programme à l’issue de l’accord actuel, évoquant la volonté de « sortir avec dignité » du dispositif. Il ne s’agit donc pas d’une suspension anticipée, mais d’un non-renouvellement prévu à l’échéance. Le Ghana restera néanmoins soumis aux consultations régulières prévues par l’Article IV du FMI, un mécanisme de surveillance annuel applicable à tous les pays membres. La création de ce conseil budgétaire peut ainsi être interprétée comme un outil national destiné à maintenir une discipline financière en l’absence d’un programme formel.

Un secteur extérieur renforcé mais encore fragile

Dans son rapport publié en décembre 2025 au titre des consultations de l’Article IV, le FMI souligne une amélioration notable de la situation extérieure du Ghana. Le pays a enregistré un excédent du compte courant équivalent à 3% du PIB à fin juin 2025, contre 1,8% fin 2024. Cette amélioration s’explique principalement par le niveau élevé des exportations d’or, la progression des ventes de cacao et le dynamisme des transferts d’argent envoyés par la diaspora. Les réserves internationales brutes, c’est-à-dire les avoirs en devises détenus par la banque centrale pour financer les importations et stabiliser la monnaie, ont atteint 9 milliards de dollars à fin octobre 2025, soit l’équivalent de 3,5 mois d’importations. Ce niveau dépasse les objectifs fixés dans le cadre du programme du FMI.

Sur la même période, le cedi, la monnaie nationale, s’est apprécié de 36% par rapport au dollar américain, contribuant au ralentissement de l’inflation, qui est retombée à 3,8% selon les autorités. En novembre 2025, la Banque du Ghana a adopté un nouveau cadre opérationnel pour ses interventions sur le marché des changes, afin d’en améliorer la transparence et la prévisibilité.

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Ces avancées n’effacent toutefois pas certaines fragilités structurelles. Le FMI souligne que la Banque du Ghana conserve un rôle très important sur le marché des changes, captant plus de 60% des recettes d’exportation de biens au premier semestre 2025. Cette situation limite le développement d’un marché interbancaire plus autonome et la formation libre des prix des devises. Par ailleurs, certaines pratiques maintiennent de fait plusieurs taux de change selon les opérations, notamment l’application de taux spécifiques à certaines transactions publiques ou l’existence d’obligations de cession de devises liées aux exportations de cacao. Ces mécanismes peuvent entraîner des distorsions économiques. La dépendance aux matières premières reste également élevée : l’or représente environ 67% des exportations du pays, exposant l’économie aux fluctuations des cours mondiaux. Les pertes liées au Domestic Gold Purchase Program (DGPP), un programme par lequel la banque centrale achète de l’or local pour renforcer ses réserves, ainsi qu’aux activités de GoldBod, ont atteint 0,2% du PIB au troisième trimestre 2025. Le FMI recommande que ces coûts soient intégrés de manière transparente au budget de l’État et que les réserves soient mieux protégées contre les risques de marché. À fin septembre 2025, la dette extérieure du Ghana s’élevait à 29,53 milliards de dollars, dont environ 24 % étaient libellés en euros.

La France, partenaire attentif

La France entretient des relations économiques significatives avec le Ghana. Les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 732,3 millions de dollars en 2024. Depuis 2015, la France enregistre un déficit commercial moyen d’environ 127 millions d’euros par an avec le pays, selon les données du Trésor français. Environ soixante entreprises françaises y sont implantées et le stock des investissements directs français est passé de 235 millions d’euros en 2008 à 2,5 milliards d’euros en 2023. Pour ces investisseurs, la stabilité macroéconomique du Ghana et la solidité du cedi sont des éléments déterminants, notamment pour le rapatriement des bénéfices et la gestion du risque de change. Lors de l’échange avec les autorités ghanéennes, les représentants français n’ont pas commenté publiquement l’éventualité d’un non-renouvellement du programme du FMI, réaffirmant leur volonté de soutenir le développement économique du Ghana, en particulier dans les infrastructures et l’énergie.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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