Alors que le mégaprojet minier de Simandou doit transformer l’économie guinéenne au cours des prochaines années, les autorités cherchent désormais à structurer les instruments financiers et budgétaires censés accompagner cette mutation. Entre fonds souverain, banques sectorielles et réforme de la dépense publique, Conakry veut éviter que l’exploitation du gisement ne se limite à une simple rente minière.
Le ministère guinéen de l’Économie, des Finances et du Budget a officiellement lancé les projets et réformes du pilier 4 du programme Simandou 2040, un ensemble de 14 chantiers destinés à bâtir l’architecture financière appelée à soutenir la transformation économique du pays autour du mégaprojet minier.
Présidant l’atelier de lancement, la ministre de l’Économie, Mariama Ciré Sylla, a rappelé que le programme Simandou 2040 s’inscrit dans la vision portée par le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, et le Premier ministre Amadou Oury Bah. Selon elle, l’objectif est de faire du projet Simandou « un puissant levier de transformation économique, de souveraineté financière et de développement durable pour la Guinée ».
Création d'un fonds souverain
Au-delà du développement des infrastructures minières et ferroviaires liées au gigantesque gisement de fer de Simandou, les autorités guinéennes veulent désormais mettre en place les outils financiers capables de soutenir les ambitions industrielles et budgétaires associées au programme.
Parmi les principales mesures présentées par Mamadou Saliou Diallo, directeur général du Bureau de stratégie et de développement du ministère, figurent la création d’un fonds souverain de la République de Guinée, la mise en place d’un fonds de garantie, ainsi que la création de trois banques sectorielles.
Le gouvernement prévoit également le renforcement de la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG), la création d’une Caisse des dépôts et consignations, ainsi qu’une série de réformes portant sur la mobilisation des ressources intérieures, la rationalisation de la dépense publique, la digitalisation des finances publiques et l’amélioration de la gestion des partenariats public-privé.
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Une stratégie de financement de l’après-Simandou
À travers ces réformes, Conakry tente de poser les bases d’un modèle capable d’orienter les revenus attendus du projet Simandou vers des investissements structurants, dans un contexte où plusieurs pays africains riches en ressources naturelles cherchent à mieux transformer les recettes extractives en leviers de développement.
Les autorités guinéennes expliquent ainsi vouloir « préparer l’architecture économique et financière nationale » afin de permettre à l’État de financer sa part dans la mise en œuvre du programme Simandou 2040.
Cette stratégie marque une nouvelle étape du projet Simandou, désormais présenté par les autorités comme un instrument de souveraineté économique autant qu’un projet minier. Au-delà de l’exploitation du gigantesque gisement de fer, Conakry cherche à bâtir un modèle fondé sur des infrastructures intégrées, une meilleure maîtrise des flux logistiques et le développement d’outils financiers nationaux capables d’accompagner l’industrialisation du pays.
L’ampleur financière du programme illustre les ambitions affichées par les autorités. Selon les chiffres officiels relayés lors de l’adoption du programme Simandou 2040, la Guinée prévoit de mobiliser plus de 200 milliards de dollars d’investissements sur quinze ans afin de financer 36 réformes et 122 mégaprojets dans des secteurs allant des infrastructures à l’énergie, en passant par l’agriculture, l’éducation et le tourisme. Une première phase, prévue jusqu’en 2030, doit concentrer à elle seule plus de 65 milliards de dollars d’investissements prioritaires.
Objectifs pluriels
Cette approche traduit également une volonté de renforcer durablement les ressources internes de l’État, tout en améliorant la qualité de la dépense publique et la gouvernance budgétaire. Les réformes annoncées interviennent alors que la Guinée devra gérer, dans les prochaines années, d’importants flux financiers liés à l’exploitation du plus grand projet minier de son histoire.
Présent lors de l’atelier, le représentant résident du Groupe de la Banque mondiale en Guinée, Issa Diaw, a salué les réformes engagées par les autorités guinéennes. Il a notamment insisté sur « l’importance des investissements structurants, de la mobilisation des ressources nationales et du renforcement de la gouvernance publique pour garantir une croissance durable et inclusive ».