La Namibie veut accélérer son virage énergétique en mobilisant 351 millions d'euros de capitaux privés
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

La Namibie ambitionne de porter le taux de couverture électrique à 70% d’ici 2030 contre 60% en 2023.
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Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

La Namibie ambitionne de porter le taux de couverture électrique à 70% d’ici 2030 contre 60% en 2023.
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La Namibie a officialisé cette semaine un plan d’expansion énergétique d’un montant estimé à 1,76 milliard de dollars (1,5 milliard €), destiné à accroître ses capacités de production d’électricité renouvelable et à réduire sa dépendance aux importations. Dans ce cadre, le gouvernement entend mobiliser environ 411 millions de dollars (351 millions €) de capitaux privés, en complément des financements publics et des appuis multilatéraux.
Selon les éléments relayés par Bloomberg, le plan vise à porter la part des énergies renouvelables dans le mix électrique namibien à environ 70%, contre près de 54% actuellement. Les autorités indiquent que cette montée en puissance reposera sur un portefeuille de projets solaires et éoliens, complété par des solutions de stockage destinées à atténuer les effets de l’intermittence et à améliorer la stabilité du réseau électrique.
Au-delà de la production, le plan intègre un objectif explicite d’élargissement de l’accès à l’électricité. Le gouvernement vise un taux de couverture de 70 % de la population à l’horizon 2030, contre environ 60% en 2023. Les zones rurales, encore largement sous-équipées, devraient bénéficier en priorité de solutions hors réseau, notamment à travers des installations solaires décentralisées et le recours à des sources énergétiques alternatives adaptées aux territoires isolés.
Pour attirer les investisseurs privés, plusieurs ajustements réglementaires et opérationnels sont envisagés. Ils incluent la simplification des procédures de passation de marchés pour les producteurs indépendants d’électricité, l’extension du modèle dit de l’acheteur unique, qui permet à certains grands consommateurs de contracter directement avec les producteurs, ainsi que l’introduction d’incitations spécifiques en faveur du stockage par batteries, présenté comme un levier important pour faciliter l’intégration des renouvelables.
Cette initiative intervient dans un contexte énergétique encore contraint. Le pays importe près de 70% de son électricité, selon les estimations officielles, en raison de capacités nationales insuffisantes. Cette dépendance a pesé sur les finances publiques et sur les réserves de change, les dépenses liées aux importations d’électricité étant passées d’environ 4 milliards de dollars en 2019 à près de 5 milliards en 2023, selon des données reprises par Agence Ecofin.
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La situation contraste avec le potentiel du pays. Dans son rapport « Renewable Energy Opportunities for Namibia » publié en 2024, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne que la Namibie bénéficie de conditions naturelles particulièrement favorables au développement des énergies renouvelables. Le pays dispose d’un ensoleillement moyen d’environ 10 heures par jour et d’une irradiation solaire annuelle proche de 2 700 kWh par mètre carré, permettant aux installations photovoltaïques d’y produire jusqu’à deux fois plus d’électricité par an qu’en Europe centrale. La faible variabilité saisonnière constitue un autre atout, la production solaire pouvant dépasser 75% de son niveau maximal même durant les périodes les moins ensoleillées.
La Namibie figure également parmi les territoires les plus venteux au monde. Le potentiel éolien se concentre notamment sur la côte sud, autour de Lüderitz, ainsi que le long de la frontière avec l’Angola, où les vitesses moyennes de vent dépassent 7 mètres par seconde et où les facteurs de charge peuvent atteindre 50 %. Malgré ces atouts, la contribution du solaire et de l’éolien au mix électrique demeure encore limitée, en raison de capacités installées insuffisantes et de contraintes persistantes en matière d’investissement et d’infrastructures.
Ces derniers mois, plusieurs signaux témoignent d’une volonté des autorités de faire évoluer le modèle énergétique du pays. En 2024, la compagnie nationale NamPower avait ainsi annoncé un projet de levée de 450 millions de dollars, combinant financements concessionnels auprès de partenaires internationaux et émission obligataire sur le marché domestique, afin de soutenir l’augmentation de la production nationale. Parallèlement, la gouvernance du secteur a été ajustée en 2025, avec une réorganisation des portefeuilles ministériels et un recentrage du ministère de l’Énergie sur les filières hors hydrocarbures.
Pour l’État namibien, l’enjeu consiste désormais à traduire ces orientations stratégiques en capacités opérationnelles effectives. La réduction de la dépendance aux importations pourrait contribuer à atténuer la pression sur les réserves de change et à contenir les coûts de l’électricité, dans un pays où les tarifs figurent parmi les plus élevés d’Afrique australe. Elle constitue également un facteur clé pour la compétitivité de secteurs fortement consommateurs d’énergie, au premier rang desquels l’industrie minière.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin