La principale évolution concernerait l’introduction d’une participation gratuite de l’État comprise entre 10 % et 15 % dans chaque projet minier, avec un objectif de 25 % à plus long terme.
Pays de 5,6 millions d’habitants marqué par une longue période d’instabilité, le Liberia compte sur son secteur extractif pour soutenir son économie. Le minerai de fer, exploité notamment par le groupe ArcelorMittal, en constitue la principale richesse exportée, aux côtés de l’or et du diamant.
Alors que les marchés des matières premières ont connu ces dernières années de fortes fluctuations et que la demande mondiale reste soutenue, Monrovia estime que le moment est venu de revoir les règles afin de mieux capter la valeur de son sous-sol. Le gouvernement a indiqué cette semaine qu’il accélère la révision de sa législation minière, avec un nouveau texte attendu d’ici trois mois.
Selon les éléments relayés par la presse internationale, les changements envisagés portent sur le régime d’octroi des licences et sur la création d’un cadre permettant à une société minière nationale de prendre des participations dans les projets.
La principale évolution concernerait l’introduction d’une participation gratuite de l’État comprise entre 10% et 15% dans chaque projet minier, avec un objectif de 25% à plus long terme. Concrètement, l’État détiendrait une part du capital sans avoir à financer cette participation au même titre que les autres actionnaires, mais percevrait ensuite une part des bénéfices. « Nous passons d’une approche fondée uniquement sur les redevances à une participation en capital afin de maximiser les retours, financer les infrastructures et créer des emplois », a expliqué le ministre des Mines, Matenokay Tingban, selon des propos rapportés par Reuters.
Les taux de redevance resteraient inchangés à ce stade, à 4,5% pour le minerai de fer et 3% pour l’or. Les sables minéralisés lourds seraient soumis à un taux de 8%. La question de savoir si ces nouvelles règles s’appliqueront aux projets déjà en cours doit encore être tranchée par le ministère de la Justice.
Un secteur minier en plein essor
Si le Liberia choisit ce moment pour réformer, c’est aussi parce que le « gâteau » est en train de grossir. Grand producteur de minerai de fer en Afrique de l’Ouest, le pays anticipe une forte hausse de ses volumes, qui pourraient atteindre 30 millions de tonnes par an à mesure que les projets d’extension entreront en service.
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ArcelorMittal, son principal partenaire dans le secteur, prévoit d’expédier 20 millions de tonnes par an à partir de 2026, contre environ 5 millions historiquement. Cette montée en puissance repose sur un vaste programme d’investissements centré sur un nouveau concentrateur à Tokadeh, dans le comté de Nimba, ainsi que sur la modernisation du corridor ferroviaire reliant les mines au port de Buchanan et sur l’extension des infrastructures portuaires.
Le partenariat entre l’État et ArcelorMittal a été prolongé jusqu’en 2050, avec une option de renouvellement. L’avenant ratifié par le Parlement prévoit notamment un paiement de 200 millions de dollars à l’État en contrepartie de l’extension des droits miniers et de l’accès aux infrastructures.
Au-delà d’ArcelorMittal, d’autres acteurs, notamment Cavalla Resources, Westcrest et Zodiac, doivent lancer leurs opérations sur le fer cette année. Dans le même temps, la production d’or devrait progresser avec la montée en régime de la mine de Dugbe. Selon les estimations publiées par les opérateurs, le projet pourrait produire environ 2,27 millions d’onces sur une durée de vie d’environ quatorze ans.
À ces deux ressources s’ajoute un nouvel horizon. Des travaux géochimiques menés par des équipes chinoises ont mis en évidence des indices de lithium et d’autres minéraux stratégiques. Le gouvernement souhaite désormais cartographier et étudier ces cibles afin d’attirer de nouveaux investisseurs.
Perspectives prometteuses, mais exercice d’équilibre délicat
Sur le papier, la stratégie libérienne apparaît cohérente. À mesure que la production augmente et que les infrastructures se modernisent, l’État cherche à sécuriser une part plus importante des revenus futurs, dans un pays où le secteur minier constitue un pilier de l’économie.
Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives publiées en décembre 2025 pour l’année 2023 indiquent que le secteur extractif contribue à plus de 21% des recettes domestiques. Les mines, principalement le fer, l’or et le diamant, représentent environ 85% des exportations nationales.
Dans la pratique toutefois, la réforme d’un code minier demeure un exercice sensible. Les projets miniers nécessitent des investissements lourds et s’inscrivent dans des horizons de plusieurs décennies. Toute modification perçue comme un changement des règles en cours de route peut peser sur la perception du risque.
Les investisseurs suivront donc attentivement plusieurs points, notamment l’applicabilité des nouvelles dispositions aux projets existants, la clarté des mécanismes de participation de l’État et la capacité administrative à mettre en œuvre la réforme.
Pour Monrovia, le défi sera de transformer l’essor annoncé du secteur en retombées durables pour les finances publiques et l’économie réelle, sans fragiliser l’attractivité du pays auprès des investisseurs.