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Graphite et terres rares : les nouveaux paris de Madagascar face aux difficultés du nickel

Photo de Emiliano Tossou

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Publié le 19 février 2026 à 18:32

Les réserves malgaches de graphite sont évaluées à 27 millions de tonnes, soit les plus grandes d’Afrique.

Les réserves malgaches de graphite sont évaluées à 27 millions de tonnes, soit les plus grandes d’Afrique.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Face aux contre-performances récurrentes de sa principale mine de nickel, Madagascar veut compter sur d’autres ressources stratégiques. Le graphite, déjà bien installé, et les terres rares, encore au stade de projets, apparaissent comme des relais de croissance dans un contexte de réouverture du sous-sol aux investisseurs.

Pour la troisième année consécutive au moins, Ambatovy, la principale mine de nickel et de cobalt de Madagascar pourrait manquer l’objectif de production fixé par son propriétaire Sumitomo. Ce dernier a indiqué le mercredi 18 février la suspension des activités pour une durée indéterminée, en raison des dégâts causés par le cyclone Gezani il y a quelques jours. Combinées à une baisse des prix du nickel, les contre-performances successives à Ambatovy rappellent la nécessité pour le pays insulaire de diversifier ses revenus miniers, en accélérant l’exploitation d’autres ressources.

Source de devises étrangères

Fruit d’un investissement de 8 milliards USD (environ 6,8 milliards d’euros), la mine dispose d’une capacité de production annuelle de 60 000 tonnes de nickel et 5 300 tonnes de cobalt. Son exploitation constitue une importante source de devises étrangères pour Madagascar, et générait 684,7 millions USD (environ 582,8 millions d’euros) de recettes sur les neuf premiers mois de 2023, soit 28% des exportations. Ce chiffre est tombé à 309 millions USD (environ 263 millions d’euros) pour la période correspondante en 2025, ne représentant plus que 17% de la valeur des exportations, selon les données de la Banque centrale.

Cette baisse s’explique aussi bien par la chute des prix du nickel qui sont tombés de 35% entre 2023 et 2024, que par la diminution des quantités exportées par la Grande Île. La production de la mine Ambatovy est ainsi passée de 31 000 tonnes pour l’exercice clos fin mars 2024, à 28 000 tonnes un an plus tard. Pour l’exercice qui s’achève en mars 2026, Sumitomo semblait bien parti pour atteindre un objectif d’environ 35 000 tonnes, avec 24 000 tonnes déjà livrées par la mine fin décembre 2025.

Après l’interruption des activités due à l’arrivée imminente du cyclone et les dégâts causés, l’entreprise japonaise indique qu’elle reprendra les opérations le plus rapidement possible, sans toutefois fournir de calendrier indicatif. Notons par ailleurs que la compagnie, qui détient un peu plus de 54 % du projet, aux côtés de son partenaire sud-coréen KOMIR, est confrontée à d’importantes difficultés financières à Ambatovy.

La production a baissé ces dernières années à cause de divers incidents et dysfonctionnements qui ont nécessité des investissements dans la réparation. Sumitomo accusait fin 2024 2,7 milliards USD (environ 2,297 milliards d’euros) de pertes sur le projet, et a initié une restructuration de dette. La compagnie examine diverses options pour l’avenir de l’exploitation, n’excluant pas une vente de sa participation. Dans ce contexte d’incertitudes, l’idée d’une diversification accrue des produits miniers exploités sur l’île s’impose naturellement.

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Alternatives terres rares et graphite

En dehors du nickel et de son sous-produit, le cobalt, Madagascar exploite déjà des sables minéraux, source d’ilménite (titane) et de zircon, ainsi que du graphite. Premier ou deuxième fournisseur africain de graphite selon les années, la Grande Île en a produit 89 000 tonnes en 2024, selon les estimations de l’United States Geological Survey. Les réserves sont évaluées à 27 millions de tonnes, soit les plus grandes d’Afrique, indiquant la possibilité d’une augmentation significative de la production dans les années à venir.

S’il ne dispose pas encore de mines de terres rares, des projets prometteurs se développent dans le pays, en l’occurrence Ampasindava et Vara Mada. Le premier, porté par Harena Rare Earths, prévoit une production totale de 71 000 tonnes d’oxyde de terres rares sur 20 ans, avec un investissement initial estimé à 142 millions USD (environ 120,8 millions d’euros) et une rentabilité jugée élevée à ce stade des études. Le second, développé par Energy Fuels, repose sur une découverte de monazite et pourrait livrer 24 000 tonnes par an sur 38 ans, les terres rares représentant 27 % des revenus attendus du projet.

Antananarivo mobilisé

Pour les entreprises actuellement mobilisées sur les projets de terres rares, le soutien du gouvernement s’annonce décisif, notamment avec des autorisations réglementaires et la mise en place d’un cadre fiscal incitatif et stable. L’adoption en 2023 d’un nouveau Code par le pays ouvre, certes, la voie à une telle stabilité, mais un coup d’État survenu en octobre 2025 entretient l’incertitude. En levant début 2026 un moratoire de 16 ans sur l’octroi de nouveaux permis miniers pour la plupart des substances à l’exception de l’or, le gouvernement malgache a cependant montré son intention de capter de nouveaux investissements.

Cette ouverture survient alors que les États-Unis, la Chine et plusieurs acteurs européens cherchent à sécuriser l’accès à des ressources stratégiques, dont les terres rares et le graphite. L’enjeu pour Antananarivo sera de transformer cet intérêt en projets concrets capables d’accroître le poids économique du secteur, qui représentait en 2023 environ 4,6 % du PIB réel et près de 49 % des exportations, selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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