Au Kenya, les banques sud-africaines se disputent le marché des voitures électriques

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Aurélien Glay, Managing Director, Salvador Caetano Kenya Limited.
NCBA Bank

Idriss Linge, Agence Ecofin.

Aurélien Glay, Managing Director, Salvador Caetano Kenya Limited.
NCBA Bank
Le dernier épisode de cette compétition a commencé le 15 mai, lorsque la banque kényane NCBA a signé un partenariat avec Salvador Caetano Kenya, l’un des principaux distributeurs automobiles du pays. Grâce à cet accord, les clients pourront financer l’achat de véhicules particuliers, thermiques ou électriques, avec des prêts pouvant couvrir jusqu’à la totalité du prix du véhicule. Les remboursements pourront s’étaler sur plusieurs années, selon le type de voiture choisi.
En apparence, il s’agit simplement d’un nouvel accord commercial entre une banque et un concessionnaire automobile. Mais l’opération révèle en réalité une bataille d’influence plus large entre deux groupes financiers sud-africains qui cherchent à renforcer leur présence en Afrique de l’Est.
Depuis 2021, Salvador Caetano travaillait déjà avec Stanbic Bank Kenya, la filiale locale de Standard Bank. Stanbic avait même renforcé son partenariat avec le distributeur au début de l’année 2026 en proposant des financements plus généreux et des délais de remboursement plus longs, notamment pour les véhicules électriques. L’arrivée de NCBA crée donc une situation de concurrence directe entre deux banques présentes chez le même concessionnaire.
Cette rivalité devient encore plus importante car NCBA est sur le point d’être rachetée par Nedbank, quatrième groupe bancaire d’Afrique du Sud. L’opération, estimée à environ 716 millions d’euros, doit être finalisée d’ici le troisième trimestre 2026 si elle obtient l’accord des autorités de régulation concernées. Une fois le rachat terminé, les deux principales banques actives dans le financement automobile chez Salvador Caetano seront toutes deux contrôlées depuis Johannesburg.
Le crédit automobile est devenu un marché important pour les banques africaines. En finançant l’achat d’un véhicule, les banques sécurisent des revenus sur plusieurs années grâce aux remboursements mensuels et fidélisent leurs clients, auxquels elles peuvent ensuite proposer d’autres services financiers.
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NCBA occupe déjà une place dominante au Kenya dans ce domaine. La banque détient plus du tiers du marché local du financement automobile et a multiplié les partenariats avec de grands distributeurs ces dernières années. L’accord avec Salvador Caetano lui permet désormais de renforcer sa présence sur le segment des véhicules électriques, encore limité mais considéré comme prometteur.
Les deux banques adoptent toutefois des approches différentes. NCBA finance jusqu’à 90% du prix des véhicules électriques avec des remboursements pouvant aller jusqu’à cinq ans. Stanbic se montre plus agressive commercialement en proposant de financer la totalité du prix du véhicule sur des durées pouvant atteindre huit ans. Cette différence illustre la volonté de Standard Bank de prendre rapidement des positions sur un marché encore naissant mais appelé à se développer dans les prochaines années.
Le Kenya reste encore au début de la transition vers les véhicules électriques. Les infrastructures de recharge demeurent limitées et les prix des véhicules restent élevés pour une grande partie de la population. Mais plusieurs facteurs poussent progressivement le marché vers cette évolution, notamment la hausse du coût des carburants et les politiques favorables aux transports plus propres. Les banques voient donc dans ce secteur une opportunité de croissance à long terme.
Au-delà du marché automobile kényan, cette affaire reflète surtout les ambitions régionales des grands groupes bancaires sud-africains. Standard Bank dispose déjà d’une présence importante à travers le continent et tire une part importante de ses revenus hors d’Afrique du Sud. Nedbank cherche désormais à accélérer son expansion africaine grâce au rachat de NCBA.
L’intérêt de cette acquisition tient aussi au réseau régional de NCBA, présente non seulement au Kenya mais également en Ouganda, en Tanzanie, au Rwanda, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Pour Nedbank, cette opération permettrait donc de renforcer rapidement sa présence dans plusieurs marchés africains stratégiques.
La décision finale dépend maintenant des banques centrales des différents pays concernés. Les autorités doivent encore approuver le changement de contrôle de NCBA avant la finalisation de l’opération. Si le rachat est validé, la concurrence entre Nedbank et Standard Bank pourrait s’intensifier dans plusieurs secteurs financiers africains, avec le marché émergent des véhicules électriques comme premier terrain d’affrontement visible.
Idriss Linge, Agence Ecofin.