En imposant des obligations de transformation locale et en n'hésitant pas à retirer des titres miniers, la Guinée a engrangé des succès tangibles dans la mise en valeur de ses ressources. Elle doit désormais gérer les contentieux nés de cette politique sans freiner l'intérêt croissant des investisseurs pour son sous-sol.
Emirates Global Aluminium (EGA) a annoncé mercredi 6 mai la conclusion d’un accord avec l’Etat guinéen pour clore à l’amiable un litige lié à l’exploitation d’une concession de bauxite. Cette issue illustre une nouvelle fois la stratégie offensive mise en œuvre ces dernières années par le gouvernement guinéen pour renforcer son contrôle sur le secteur minier, de la bauxite au graphite en passant par le fer.
La Guinée est le premier exportateur mondial de bauxite, avec 182 millions de tonnes expédiées en 2025. Jusqu’en 2024, EGA était l’un des principaux acteurs du secteur, à travers sa filiale locale Guinea Alumina Corporation (GAC). Les autorités ont cependant suspendu les exportations de GAC à la mi-2024, dans le cadre d'une pression plus large sur les opérateurs de bauxite pour qu'ils s'engagent dans la construction de raffineries d'alumine.
La situation s’est rapidement dégradée, conduisant un an plus tard au retrait de la concession de GAC. Le projet a été transféré dans la foulée à Nimba Mining Company (NMC), compagnie publique créée dans l’urgence en août 2025 pour reprendre l’exploitation de la bauxite. L'hypothèse d'une procédure judiciaire d’EGA visant la Guinée avait alors été avancée, avant que des négociations ne s'ouvrent.
Simandou, Nimba et une fermeté qui paie
Au bout de plusieurs mois de discussions, les deux parties ont décidé de solder leurs comptes. Les termes de l'arrangement prévoient le versement par Conakry d'une somme forfaitaire à GAC, en contrepartie du transfert de ses actifs à NMC. Négocié sous l'égide du bâtonnier en exercice de l'Ordre des avocats de Paris, l'accord couvre également la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), autre producteur contrôlé à 49% par l'État, qui avait suspendu ses livraisons de bauxite à EGA pendant le différend. La société émiratie dispose d’une raffinerie d’alumine à Abu Dhabi, dont l’approvisionnement en bauxite dépend en partie de la Guinée.
Cet accord intervient dans un contexte assez favorable à la stratégie de Conakry. Symbole de cette dynamique, Simandou a produit ses premières tonnes de minerai de fer en novembre 2025, sous la pression constante des autorités. Entre obligation de collaborer pour développer des infrastructures du projet (port et ligne ferroviaire d’un coût global estimé à près de 20 milliards de dollars) et menace de retrait des permis, le gouvernement guinéen a réussi à mettre en service le plus grand gisement inexploité de fer au monde, après plus de vingt ans d’attente.
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Dans la même logique, les exigences imposées depuis 2021, année d’arrivée au pouvoir de l’actuel président Mamadi Doumbouya, sur les producteurs de bauxite en vue d’une transformation sur place du minerai d’aluminium se traduit déjà par des engagements concrets. Les travaux de construction de deux raffineries ont déjà démarré et une troisième est en phase de financement.
NMC envisage aussi la construction d'une installation d'une capacité d'environ un million de tonnes par an, avec une mise en service visée autour de 2030, a confié à Agence Ecofin son directeur général Patrice L'Huillier. La compagnie publique a repris avec succès les activités retirées à GAC et vise une production de 10 millions de tonnes de bauxite en 2026.
Des contentieux à gérer
Tout n’est pourtant pas rose pour Conakry, dans sa politique d’encadrement renforcé du secteur minier. Après le retrait de plus de 100 titres miniers en 2025, plusieurs compagnies s’estimant pénalisées ont décidé de contester la décision du gouvernement guinéen devant des tribunaux internationaux. La société Axis Minerals réclame ainsi 28,9 milliards de dollars (24,5 milliards d’euros) devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) après le retrait de son permis de bauxite à Boffa.
Quant à Falcon Energy Materials, la compagnie basée à Abu Dhabi a déposé devant cette juridiction d’arbitrage de la Banque mondiale une demande de 100 millions de dollars (85 millions d’euros) pour l'annulation de son projet de graphite de Lola. D'autres procédures peuvent s'y ajouter à mesure que d’autres compagnies lésées épuisent les voies de recours amiables.
La Guinée devra gérer ces dossiers sans entraver l'élan d'investissement qu'elle cherche à préserver, notamment dans le secteur aurifère. Outre ses réserves de fer et de bauxite, le pays dispose en effet d’un potentiel en or, qui attire de plus en plus de compagnies minières à la recherche d’alternatives au Burkina Faso et au Mali, deux grands producteurs d’or où le climat des affaires s’est fortement dégradé ces dernières années. La capacité du gouvernement guinéen à rassurer ces nouveaux investisseurs sur la stabilité du cadre réglementaire et le respect des engagements du pays pourrait s’avérer déterminante.