Le Nigeria a aussi révisé le cadre fiscal applicable aux projets pétroliers et gaziers, avec des crédits d’impôt pour le gaz non associé et des incitations pour les projets en eaux profondes.
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Après près de 20 ans sans appel d’offres pétrolier, le Nigeria change de stratégie afin de redevenir une destination compétitive pour les investisseurs. Le secteur reste fragilisé par une instabilité réglementaire, la baisse de la production et le départ progressif de plusieurs majors de l’onshore.
Le Nigeria a lancé en décembre 2025 un nouveau cycle d’octroi de licences pétrolières et gazières, le premier depuis 2007, avec pour objectif explicite de réduire les barrières d’entrée et de restaurer la confiance des investisseurs. Le cycle, qui couvre 50 blocs pétroliers et gaziers, s’accompagne d’une réduction significative des bonus de signature et de mesures visant à renforcer la transparence et l’attractivité du secteur.
Les bonus sont désormais fixés à entre 3 et 7 millions USD (2,5 et 5,8 millions d’euros), contre 10 millions USD en 2024 (8,4 millions d’euros) et près de 200 millions USD (environ 167,2 millions d’euros) lors des cycles précédents.
Ces facilités ont été dévoilées au public le 28 janvier, par l’agence de régulation de l’amont pétrolier (NUPRC). Dans le cadre de ce cycle d’octroi de licences, l’accent est mis sur les capacités techniques, les programmes de travail crédibles, et la rapidité de mise en production, plutôt que sur les seules offres financières.
Un processus transparent et basé sur le mérite
Le processus de sélection repose sur le mérite et la solidité des entreprises candidates. Les critères d’évaluation couvrent la compréhension géologique des blocs, la qualité des programmes d’exploration, les concepts de développement, les engagements en matière de durabilité, la prise en compte des communautés hôtes et la gestion complète du cycle de vie des projets.
Le processus est entièrement digital, avec accès aux données et dépôt des offres via un portail en ligne. Comme l’a souligné Oritsemeyiwa Eyesan, présidente de l’Agence de régulation de l’amont (NUPRC), cette nouvelle approche offre un cadre transparent, prévisible et conçu pour inspirer confiance, contrastant avec l’incertitude qui freinait auparavant les investissements.
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D’autres incitations spécifiques ont été introduites pour encourager les projets gaziers, les développements en eaux profondes et les initiatives d’efficacité des coûts. Plusieurs majors, dont Chevron et TotalEnergies, ont déjà manifesté leur intérêt pour participer à l’appel d’offres. « Cet exercice est ouvert au partenariat, à la transparence et à la responsabilité partagée pour construire ensemble la prochaine phase de l’industrie pétrolière et gazière du Nigeria. », a expliqué la responsable.
Les efforts de l’administration Tinubu pour relancer le secteur
Cette réforme survient après une longue période de stagnation du secteur pétrolier nigérian. L’application tardive du Code pétrolier de 2021 a créé une forte incertitude réglementaire, freinant les investissements et précipitant le retrait de plusieurs majors des actifs à terre. La production nationale a aussi été affectée par le vol de brut, la dégradation des infrastructures et l’effondrement des capacités locales de raffinage.
À son arrivée au pouvoir en mai 2023, le président Bola Tinubu a fait de la refonte du secteur une des priorités de sa stratégie économique. Il a créé un bureau présidentiel dédié à l’énergie, qui pilote directement les réformes, et accéléré la mise en œuvre du Code pétrolier. Les premiers résultats se traduisent par des décisions d’investissement concrètes. En 2024, le Nigeria a concentré trois des quatre décisions finales d’investissement enregistrées sur le continent africain dans le secteur pétrolier, pour plus de 5 milliards USD (environ 4,2 milliards d’euros).
Le projet Bonga North, qui doit produire 110 000 barils par jour, a été activé, tandis que le champ gazier d’Ubeta, jamais exploité depuis sa découverte en 1965, fait l’objet d’un engagement de 500 millions USD (environ 417,9 millions d’euros) entre TotalEnergies et la société publique du pétrole (NNPC). Plus de 8 milliards USD (environ 6,7 milliards d’euros) de CAPEX ont ainsi été programmés en moins d’un an pour l’offshore nigérian.
Un test majeur
Par ailleurs, trois directives présidentielles adoptées en février 2024 ont révisé le cadre fiscal applicable aux projets pétroliers et gaziers, avec des crédits d’impôt pour le gaz non associé et des incitations pour les projets en eaux profondes. En octobre, ces mesures ont été étendues aux segments aval et intermédiaire, incluant l’exonération de TVA pour certains produits, et le soutien à la diversification énergétique via le (gaz de pétrole liquéfié), le GNL (gaz naturel liquéfié) à petite échelle, le GNC (gaz naturel comprimé) et les véhicules électriques.
Cette opération constitue un test majeur pour la stratégie énergétique du Nigeria. Elle arrive dans un contexte de forte concurrence internationale pour capter les capitaux. Elle doit permettre de mesurer si le géant Ouest-Africain est capable de transformer ses réformes institutionnelles en production durable et en recettes tangibles.