Avec une exposition aux titres sénégalais qui a triplé en moins d'un an, le secteur bancaire ivoirien semble en première ligne face aux turbulences de Dakar et à son scandale de la dette cachée, non encore pleinement gérée, découverte en 2024. Pourtant, derrière ces chiffres choquants se cache une réalité plus rassurante.
Les chiffres ont de quoi donner le tournis aux gestionnaires de risques d'Abidjan-Plateau. Selon une récente note de l'agence S&P Global Ratings, l'exposition des banques ivoiriennes à la dette sur titres du Sénégal a explosé, atteignant1 799 milliards de FCFA (environ 2,74 milliards d'euros) au terme du troisième trimestre 2025. À la fin de 2024, ce chiffre n’était que de 609 milliards de FCFA, ce qui signale une augmentation de 1 170 milliards de FCFA en seulement 9 mois. Fait marquant, les banques d'Abidjan détiennent désormais 42 % de la dette du Sénégal sur le marché sous-régional des titres, un niveau supérieur à celui des banques sénégalaises, qui a reculé à seulement 39 %. Ces chiffres placent théoriquement les établissements ivoiriens sur une « fine corde » en cas de défaut de leur voisin.
En effet, cette concentration fait peser un risque sur les leaders du secteur bancaire à Abidjan, où l’on trouve des institutions majeures, telles que la Société Générale Côte d'Ivoire (SGCI). En tant que première banque de la zone UEMOA par le total du bilan, la filiale du groupe français – en cours de cession – est logiquement concernée, bien que les données agrégées ne permettent pas de détailler le portefeuille par établissement. Dans un contexte où les autorités sénégalaises et le FMI continuent de rechercher une issue aux défis que pose la « dette cachée » découverte et informée au grand public en 2024, la crainte d'une contagion au bilan des banques ivoiriennes est légitime. Pour de nombreux observateurs, la question évidente qui se pose désormais est de savoir si une toux du Sénégal peut enrhumer la Côte d'Ivoire.
Le rôle d'interface et les fondamentaux sénégalais
Pour les agences de notation S&P et Fitch, la réponse est non. Leur optimisme repose sur une lecture structurelle du marché : une grande partie de ces titres, achetés par les banques ivoiriennes, ne reste pas dans leurs coffres. Les établissements d'Abidjan agissent en réalité comme des « gateways » (portes d'entrée) pour des investisseurs internationaux qui n'ont pas d'accès direct au marché de l'UEMOA. Le risque final est donc porté par ces fonds étrangers, et non par le déposant ivoirien.
De plus, le risque souverain sénégalais lui-même doit être relativisé. Certains analystes estiment que, loin d'être en faillite, le pays dispose d'actifs réels financés par cette dette (infrastructures routières, énergie). Aussi, le « mur de la dette », c’est-à-dire les obligations de remboursement de 2026, est en réalité concentré sur le mois de mai (principalement des emprunts sur titres à l’international), ce qui offre une fenêtre de tir idéale pour un refinancement ciblé plutôt qu'une restructuration désordonnée et douloureuse. De plus, les experts de la notation financière pensent qu’il n’existe pas un risque de restructuration de la dette interne.
Enfin, si l’on peut noter une certaine forme de pression économique - comme en témoigne le déficit commercial persistant rapporté par l'ANSD (agence nationale des statistiques publiques) -l'économie réelle montre des signes de résilience. Le rythme de création d’entreprises - signe de vitalité du secteur privé - au Sénégal est évocateur de cette dynamique. Globalement, la création de nouvelles entreprises reste soutenue dans le pays, même si 2025 ne semble pas inverser la tendance baissière de 2024 de manière décisive.
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