Logistique : pourquoi l’allemand DHL mise sur l’Afrique subsaharienne
Walid Kéfi, Agence Ecofin

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© Photo Pixabay / useche70
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Déjà solidement implanté dans trois pays du continent (Afrique du Sud, Égypte et Kenya), le géant de la logistique DHL veut renforcer son maillage territorial en Afrique subsaharienne, grâce à un plan d'investissement de 300 millions d’euros étalé sur plusieurs années. Annoncé le mercredi 15 octobre, ce nouveau cycle d’investissement dans la région sera exécuté par trois divisions de la multinationale allemande.
DHL Express se chargera de la modernisation des centres de traitement import/export, de l’ajout d’un service aérien et de l’extension de la couverture des livraisons à heure définie aux villes secondaires, pour les connecter aux liaisons Afrique - Europe et Afrique - Asie.
DHL Supply Chain déploiera des solutions d’entreposage et de transport, en mettant l’accent sur le secteur des sciences de la vie et de la santé (médicaments, dispositifs médicaux, matériel pour essais cliniques, échantillons, etc.), avec notamment l’ajout de capacités supplémentaires pour la gestion des produits thermosensibles.
DHL Global Forwarding concentrera quant à elle ses investissements sur des solutions sectorielles, développant ses capacités dans les projets énergétiques et industriels et améliorant la logistique de la chaîne du froid et des denrées périssables, pour les exportateurs agricoles et horticoles notamment.
Accessoirement, DHL doit poursuivre ses investissements dans des programmes qui renforcent sa participation aux échanges commerciaux et soutiennent sa croissance durable en Afrique subsaharienne. De formations visant à aider les petites et moyennes entreprises locales à accéder aux marchés internationaux, et des projets pour augmenter l’utilisation des énergies renouvelables et des carburants alternatifs dans ses installations logistiques.
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En misant sur l’Afrique subsaharienne, DHL cherche de nouveaux relais de croissance à fort potentiel pour mieux garnir son carnet de commandes, dans un contexte marqué par une guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump contre le reste du monde. Et cela d’autant plus que l’intégration régionale à marche forcée crée de nouvelles opportunités commerciales.
La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) avance en effet, malgré les défis liés au manque d’infrastructures et les réticences nourries par les potentielles pertes de revenus douaniers pour les États. 39 pays, dont des puissances économiques régionales comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Kenya, ont déjà rejoint « l’initiative de commerce guidée » qui leur permet d’échanger librement, avec des préférences tarifaires, des produits pour lesquels des règles d’origine existent comme les pâtes alimentaires, l’acier, le bois, des médicaments, le caoutchouc, le thé et le café.
Cette initiative comprend aussi l’utilisation du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), une plateforme centralisée des marchés financiers permettant d’effectuer des paiements transfrontaliers instantanés en monnaies locales, entre pays africains. Les prochaines étapes de la ZLECAf incluent notamment la finalisation des négociations en cours sur les règles d'origine, les listes de concessions tarifaires, les droits de propriété intellectuelle et le commerce électronique.
Une fois totalement opérationnelle, la zone de libre-échange devrait selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), booster le commerce intra-africain de 53 % et transformer le continent en un marché très attractif de 1,3 milliard de consommateurs potentiels.
L’accélération de l’intégration commerciale régionale devrait d’autre part ouvrir de nouveaux corridors commerciaux avec le reste du monde. Selon la dernière mise à jour du DHL Global Connectedness Tracker, une base de données développée par l’opérateur logistique pour suivre l’évolution des flux commerciaux internationaux, l’Afrique subsaharienne a enregistré la plus forte croissance de toutes les régions du monde au premier semestre 2025, avec une hausse de 10 % de la valeur des échanges commerciaux (en dollar américain courant) par rapport à la même période l’année précédente.
Le volume des échanges commerciaux de la région devrait augmenter de 4,3 % en moyenne par an entre 2025 et 2029, soit la deuxième croissance la plus rapide au monde après l’Asie du Sud et l’Asie centrale, d’après la même source. « L’Afrique se trouve à un tournant de son développement commercial. Malgré la volatilité mondiale, le continent continue de faire preuve de résilience et de dynamisme. Notre investissement témoigne de la confiance dans la trajectoire de l’Afrique et de l’engagement de DHL à favoriser les flux commerciaux porteurs d’une croissance inclusive » a commenté le PDG de DHL Express, John Pearson, dans le communiqué.
Le commerce électronique constitue par ailleurs l’un des moteurs de la hausse des flux commerciaux sur le continent. La taille de ce marché devrait passer de 55 milliards USD en 2024 à 112,73 milliards USD en 2029, enregistrant ainsi une croissance d’environ 105% sur une période de cinq ans selon les estimations du cabinet de conseil en économie numérique TechCabal Insights.
Ces dynamiques stimulent d'ores et déjà la demande en prestations et installations logistiques, au nord comme au sud du Sahara. Dans un rapport publié début septembre, le cabinet britannique de conseil en immobilier Knight Frank a révélé que le taux d'occupation des entrepôts logistiques modernes en Afrique a atteint 83 % au premier semestre 2025, contre 75 % un an plus tôt, soit une hausse de 10,7% en glissement annuel.
Walid Kéfi, Agence Ecofin