La Tanzanie est un pilier du commerce agricole en Afrique de l’Est. Le pays, qui exporte principalement du riz et du maïs vers ses voisins, doit renforcer la mécanisation de son secteur agricole pour rester compétitif sur le marché régional.
En Tanzanie, le Premier ministre Mwigulu Nchemba a dévoilé le 3 février dernier une Stratégie nationale de mécanisation agricole s’étendant sur la période 2026-2036. Présentée en marge de la Conférence africaine sur la mécanisation agricole durable qui se tient à Dar esSalaam jusqu’au 6 février, cette nouvelle feuille de route entend réduire la pénibilité du travail agricole et booster la productivité.
Elle prévoit l’acquisition de 10 000 tracteurs supplémentaires au cours des prochaines années, ainsi que la création de 1 000 centres intégrés de services de machinerie agricole au plus près des exploitations. Ces centres doivent offrir des services de location de matériels, d’entretien, de formation des opérateurs et de mise à disposition de pièces de rechange, afin de mutualiser l’accès aux équipements pour les petits producteurs qui n’ont pas les moyens d’investir individuellement.
Un nouveau coup d’accélérateur
Cette nouvelle stratégie est appelée à renforcer l’implication des pouvoirs publics en faveur d’une mécanisation plus efficace, tout en capitalisant sur les initiatives et les avancées enregistrées au cours des dernières années. Dans le pays, la superficie cultivée à l’aide de tracteurs est en effet passée de 2,9 millions d’hectares en 2022/2023 à 4,35 millions d’hectares en 2023/2024, soit une hausse de 49,6 % selon un rapport du ministère de l’Agriculture. Depuis la campagne 2019/2020, cette superficie a plus que doublé selon les autorités, sous l’effet d’un recours de plus en plus marqué aux techniques mécanisées de préparation des sols.
La dynamique concerne à la fois les exploitations familiales et les fermes commerciales, et s’appuie sur le développement de partenariats public-privé ainsi que sur des dispositifs incitatifs visant à stimuler l’investissement dans l’importation de machines, l’extension des capacités opérationnelles et la décentralisation des services de mécanisation.
Le rapport indique également qu'en 2023/2024, les importations de petits tracteurs ont grimpé de 106,4 %, passant à 4 125 unités, tandis que celles de grands tracteurs ont progressé de 2 353 à 2 484 unités sur la même période, soit une augmentation de 5,6 %. Au-delà de ces achats, le gouvernement cherche à développer une base industrielle autour de la mécanisation. Après avoir manifesté son intérêt pour les machines du biélorusse Minsk Tractor Works (MTZ), Dar esSalaam discute désormais avec le conglomérat local Kiluwa de l’implantation d’une unité locale d’assemblage de tracteurs, afin de réduire les coûts et créer des emplois.
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Des défis à relever pour tirer profit du potentiel agricole
Malgré ces progrès, la Tanzanie reste encore loin d’un niveau de mécanisation à la hauteur de son potentiel agricole. En 2023/2024, les terres travaillées avec la traction animale représentaient encore 4,69 millions d’hectares, un volume supérieur aux superficies cultivées par tracteurs, qui montre que la transition vers la mécanisation est encore incomplète et que les pratiques traditionnelles demeurent dominantes.
Le pays Est-africain dispose pourtant d’atouts considérables : sur les 94,5 millions d’hectares que compte son territoire, environ 44 millions sont classés comme terres arables. À peine 10,8 millions d’hectares, soit 24%, sont cependant actuellement mis en valeur. La montée en puissance de la mécanisation agricole pour optimiser la production, le travail du sol et la gestion de l'eau pourrait permettre d’accroître considérablement la production de plusieurs denrées de base comme le riz et le maïs.
Ceci pour non seulement améliorer la sécurité alimentaire, mais aussi renforcer le rôle du pays comme fournisseur de produits agricoles vers les marchés de l’Afrique de l’Est.