L’ex-ministre sénégalais Papa Amadou Sarr veut mettre au service de Porteo l’expertise forgée au croisement du monde institutionnel, financier et international.
L'arrivée de l'ex-directeur au sein de l'AFD et ancien ministre du Sénégal à la tête de Porteo, groupe panafricain du BTP et des infrastructures, ouvre une nouvelle phase de son développement. Dans un entretien accordé en marge du Choiseul Africa Business Forum, qui s’est tenu les 4 et 5 novembre au Maroc, il alerte sur le coût du capital en Afrique et appelle à dérisquer massivement les économies pour financer l’industrialisation.
Porteo, groupe panafricain du BTP et des infrastructures, basé en Côte d’Ivoire, s’apprête à accélérer sa transformation sous la direction de Papa Amadou Sarr (photo), ancien directeur de la mobilisation, des financements et du partenariat à l’Agence française de développement (AFD). Celui qui a aussi servi au sein du gouvernement sénégalais arrive avec une compréhension fine des exigences des bailleurs internationaux, des attentes du secteur privé et des tensions financières qui affectent aujourd’hui les économies africaines.
Dans un contexte où les États disposent de marges budgétaires limitées et où les financements concessionnels se contractent – l’aide publique au développement versée par les pays de l’OCDE a reculé de 7,1% en 2024 –, son diagnostic est clair : l’Afrique doit dérisquer ses économies si elle veut capter les ressources nécessaires à son industrialisation.
Dans son entretien avec l’Agence Ecofin, l’ancien ministre sénégalais souligne que le « risque Afrique » reste souvent supérieur à ses fondamentaux réels, en partie à cause des méthodologies des agences de notation et de la rareté des maturités longues. Or, les infrastructures nécessitent des financements de 15 à 30 ans. Cette inadéquation entre la durée des projets et les instruments financiers disponibles freine fortement le développement du continent. Pour Papa Amadou Sarr, le dérisquage passe par une amélioration de la gouvernance, une stabilité réglementaire, mais aussi par une évolution des politiques des institutions bilatérales et multilatérales, qui doivent revoir leur manière de noter et d’évaluer les projets africains.
Un regard AFD pour réorienter la stratégie d’un acteur panafricain
Pour Papa Amadou Sarr, l’expérience accumulée au sein de l’AFD renforce une conviction centrale : l’avenir du développement en Afrique dépendra de la capacité du secteur privé à prendre le leadership sur les infrastructures, l’eau, l’assainissement ou encore l’éducation.
Dans ce cadre, les gouvernements africains tentent de passer d’économies d’exportation primaire à des économies de transformation locale. De l’Éthiopie au Maroc, en passant par le Ghana ou le Sénégal, les parcs industriels, zones économiques spéciales et zones franches se multiplient. Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique continentale soutenue par la ZLECAf, entrée en vigueur en 2021, qui ambitionne de créer le plus grand marché intégré au monde. La Commission économique pour l’Afrique (UNECA) estime que la ZLECAf pourrait augmenter les exportations intra-africaines de plus de 45 % d’ici 2045.
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Pour Papa Amadou Sarr, Porteo doit se positionner comme un relais opérationnel naturel. L’entreprise, déjà présente dans huit pays africains, veut désormais structurer sa croissance autour d’une vision claire : devenir un acteur intégré capable non seulement de construire, mais aussi de produire une partie des intrants nécessaires à ses propres chantiers. « Nous avons déjà commencé à verticaliser nos chaînes de production : nous fabriquons notre propre bois, notre aluminium, notre béton et plusieurs intrants nécessaires à nos travaux. C’est cohérent avec la stratégie 2060 de l’Union africaine et la ZLECAf, qui visent une intégration plus profonde du continent dans les chaînes de valeur mondiales ». En développant ses capacités de production et en visant une expansion vers l’Afrique de l’Est, le groupe ambitionne de devenir un partenaire clé dans les chaînes de valeur régionales. Cette stratégie s’appuiera également sur les corridors en développement sur le continent, destinés à réduire les coûts logistiques, désenclaver les pays sans accès maritime et accélérer la circulation des produits manufacturés ou miniers vers les ports.
Faire plus avec moins : la nouvelle équation du continent
Le constat dressé par Papa Amadou Sarr est largement partagé dans les capitales africaines. Les budgets d’aide diminuent, les bailleurs se recentrent sur des priorités géopolitiques, la concurrence entre États africains pour attirer les ressources s’intensifie et les marchés internationaux restent difficiles d’accès. Le taux moyen d’intérêt auquel les États africains empruntaient sur les marchés internationaux s’élevait à 11,6% en 2023 selon la CNUCED, soit près de quatre fois le taux de référence américain, fixé à 3,1%.
Dans ce contexte, Porteo estime que son rôle dépasse la simple exécution d’ouvrages. Il s’agit d’apporter aux États et aux collectivités locales une capacité de planification, de contrôle des coûts et d’optimisation devenue cruciale dans un environnement où chaque franc compte. « Faire plus avec moins » est ainsi devenu une contrainte structurelle, rapprochant les exigences de la gestion publique de celles du secteur privé.
Les États n’ont plus les moyens de porter seuls ces chantiers structurants, alors que les besoins annuels d’investissement dans les infrastructures sont estimés entre 130 et 170 milliards de dollars selon la Banque africaine de développement (BAD). Dans cette architecture continentale, le dirigeant appelle à multiplier les coentreprises avec des partenaires africains, européens ou asiatiques et à participer aux grands projets structurants, qu’il s’agisse de routes, d’autoroutes, de ponts, d’aéroports ou de ports.