Marchés financiers : cinq expressions pour bien comprendre une année atypique

Les Bourses américaines terminent l'année sur de nouveaux sommets
Reuters

Les Bourses américaines terminent l'année sur de nouveaux sommets
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Les marchés actions terminent 2025 sur de nouveaux sommets historiques alors que les marchés de crédit résistent à la pression sur les taux longs. Pourtant, ce ne fût pas une année de tout repos, avec un bruit américain permanent, et une géopolitique de plus en plus tendue sur tous les continents du globe. Retour sur les quelques expressions clés qui ont animé les marchés cette année.
Mais où sont donc passés les droits de douane ? Dès l’été, le sujet semble avoir été passé par pertes et profits. Pourtant, il a été à l’origine d’un des plus violents décrochages de l’histoire de Wall Street, au lendemain de la présentation par Donald Trump, le 2 avril dernier, de ses nouveaux tarifs douaniers lors « du jour de la libération ». « Nous avons eu très peur », se rappelle un gérant français.
« Tarif » est l’un des mots favoris de Donald Trump. C’est le pivot même de toute sa politique économique. C’est surtout une vieille antienne américaine, reprise par les économistes ultra-conservateurs, dont Stephan Miran, auteur d’un hypothétique accord monétaire de Mar-a-Lago, qui viserait à dévaluer le dollar tout en lui conservant son statut dominant. Les investisseurs ont vite compris que les tarifs étaient davantage un levier de négociation bilatérale plutôt qu’une volonté de stopper les échanges. D’où l’expression Taco (« Trump Always Chickens Out », ou « Trump se dégonfle toujours »), qui s’est rapidement répandu, au grand dam de Donald Trump, mais qui a permis aux marchés de rebondir à partir de mai.
A la mi-décembre, le taux effectif des droits de douane américains atteint quand même 16,8 % mais il ne cesse de s'effriter au gré de nouvelles exemptions. C’est un niveau record depuis les années 30 et la Chine n’a cependant jamais autant exporté dans le monde. En attendant, le consommateur américain commence à comprendre que tarif rime avec taxe...
Donald Trump menace l’Europe et critique de plus en plus l’Otan. C’est le grand retour de l’Amérique isolationniste. Et le document stratégique sur la sécurité des Etats-Unis, publié le 5 décembre, porte à son paroxysme la traditionnelle hostilité des Etats-Unis à l’égard de la construction européenne. Le réveil européen – « wake up call » - est donc brutal mais, espèrent les e
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.

Européens convaincus, bénéfique pour donner un nouvel élan à un projet bruxellois en panne face aux menaces des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie.
La prise de conscience d’une Europe déclinante, en perte compétitivité, quasi absente des grands enjeux de la Tech, ne date pas de Trump. Le rapport Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), et « sauveur de l’euro », donne l’alerte en septembre 2024. « L’Europe a de nombreux problèmes mais aussi une solution, le rapport Draghi », résume Benjamin Melmann, directeur des investissements chez Edmond de Rothschild AM.
L’implémentation du rapport est toutefois très lente. Face à une France immobile, tous les espoirs européens se portent sur le changement de cap opéré en Allemagne, par le chancelier Friedrich Merz, avec à la clé une relance massive des investissements dans la défense et les infrastructures. L’Allemagne défend même l’idée d’une Bourse européenne.
C’est en tout cas l’Allemagne, mais aussi les économies du Sud qui sont à l’origine du rerating spectaculaire de l’Europe aux yeux des investisseurs. Sur le premier semestre, la zone euro a même attiré des flux nets positifs de capitaux, une première depuis dix ans. Les actions européennes ont eu aussi leur moment de grâce avant d’entrer dans une phase de doute. « A Bruxelles, on nous affirme que tout est prêt. Il ne manque plus que le go politique », confie un dirigeant d’une grande maison de gestion.
Une bulle ? Mais quelle bulle ? Jamais une bulle n’aura tant fait parler d’elle depuis les années Internet. Et rarement les investisseurs n’y auront prêté aussi peu d’attention. Le secteur de la tech américaine, les « 7 magnifiques » en tête, termine donc l’année en fanfare, avec un indice américain Nasdaq en hausse de plus de 20 % sur l’année 2025.
Les débats sur l’existence, ou non, d’une bulle sont sans fin. Ils permettent surtout aux fonds d’arbitrage de s’enrichir et d’encaisser leurs gains après avoir massivement investi au creux du marché en avril et en juin dernier. « Les points d’attention » ne manquent pourtant pas : concentration excessive autour de quelques grandes capitalisations (les 7 magnifiques donc, Apple, Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft, Nividia et Tesla), qui pèsent plus de 35 % de l’indice S&P 500, une économie circulaire de l’IA, des interrogations dans le non coté et une amorce d’endettement des acteurs tech, qui devront désormais rendre des comptes au marché.
Une étude de Bank of America indique que 20 critères de valorisation des actions, 9 sont pires que ceux des années 2000. Mais 11 critères restent donc acceptables. La réponse aux cassandres est bien rodée : les géants de la Tech sont rentables et les investissements massifs – 13.000 milliards de dollars d’ici 2030 – trouveront toujours une demande à combler dans le monde, en Asie ou au Moyen-Orient, si les Etats-Unis devaient faire défaut. Finalement, la question est de savoir si les habitants de la planète seront prêts à dépenser quelques dizaines de dollars par an pour accéder à de l’IA et si les gains productivité promis seront au rendez-vous. Il faudra attendre quelques années pour connaître la réponse.
La Réserve fédérale (Fed) est une obsession de Donald Trump. Ses déclarations outrancières à l’encontre du président de la Fed, Jerome Powell, dont le mandat prend fin en mai 2026, ses attaques contre des membres du conseil des gouverneurs, ou ses allusions relayées par son administration contre des présidents régionaux de la Fed, qui habiteraient de luxueux condoms à Manhattan plutôt que dans une ferme du Minnesota, visent clairement à déstabiliser une institution qui revendique toujours son indépendance, acquise difficilement dans les années 90. L’objectif est affiché : la Fed doit être plus perméable à l’agenda politique et doit baisser ses taux pour compenser l’effet des tarifs douaniers sur l’économie.
Cela passe par une prise de pouvoir rampante de l’entourage de Trump dans les instances dirigeantes de la Fed. Mais la tâche s’annonce plus compliquée que prévu car les banquiers centraux ne sont encore prêts à se laisser intimider. A cet égard, la décision de la Cour Suprême en janvier sur la révocation de Lisa Cook souhaitée par Donald Trump sera déterminante.
Une Fed plus accommodante serait saluée à court terme par les marchés actions, mais les marchés de la dette pourraient réagir autrement, selon le principe qu’une banque centrale moins indépendante créée davantage d’inflation. « Si les marchés prennent vraiment peur sur l’indépendance de la Fed, il y a un vrai risque sur le marché obligataire américain », nous confie un proche de la Banque de France. Avec un rendement déjà de 4 % sur le dix ans américain, Donald Trump n’a pas le droit à l’erreur.
Chaque année, depuis trois ans, c’est le même scénario : la crainte d’une récession aux Etats-Unis refait surface. Sauf qu’en 2025, Donald Trump a hérité d’une économie américaine goldilocks, avec une inflation qui ralentit sans hausse du chômage. Bref, un atterrissage en douceur de l’économie, « ni trop fort, ni trop faible ». Cette zone de confort s’est installée en zone euro, mais elle a été perturbée par les annonces politiques de la Maison-Blanche.
Les politiques monétaires ont finalement réussi à casser la spirale inflationniste post-Covid sans provoquer de récession. Aujourd’hui, les marchés attendent beaucoup de la Fed. Mais la banque centrale reste prudente et n’entend plus jouer les pompiers des marchés financiers. Pourtant, relève Benoît Peloille, directeur des investissements chez Natixis WM, « la dynamique de marché est absolument cruciale pour la trajectoire macroéconomique ».
La consommation aux Etats-Unis tient pour la moitié par un effet richesse de la Bourse sur les 10 % de ménages les plus aisés. Pour 2026, la Fed sera face à un dilemme : soit la croissance repart, soit les actions corrigent. Il est donc plus difficile de tenir ce fragile équilibre du « ni trop chaud, ni trop froid ».
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