Jerome Powell, dont le mandat se termine le mois prochain, a souvent été la cible de critiques virulentes de la part de Donald Trump. Le président américain lui reprochait son refus de baisser les taux d'intérêt de manière aussi agressive que souhaité...
Reuters
La procureure de Washington, Jeanine Pirro, met fin à l’enquête sur les coûts de rénovation du siège de la banque centrale américaine. Ce dénouement judiciaire écarte le dernier obstacle à la nomination de Kevin Warsh pour succéder au président de la Réserve fédérale américaine, dont le mandat s'achève le mois prochain.
L'annonce est tombée vendredi sur le compte X de la procureure fédérale de Washington : Jeanine Pirro a décidé d'abandonner les poursuites pénales visant Jerome Powell. L'enquête portait sur des soupçons de mauvaise gestion concernant les travaux de rénovation de deux bâtiments historiques de la Réserve fédérale (Fed), dont le coût global colossal s'élèverait à 2,5 milliards de dollars. Ce dossier, qui empoisonnait la fin de mandat du banquier central, s'éteint ainsi par un simple message sur les réseaux sociaux, marquant la fin d'un bras de fer institutionnel entre la Maison-Blanche et la banque centrale, théoriquement indépendante.
Cette décision ne constitue pas une surprise totale pour les observateurs du droit. Le juge fédéral James Boasberg avait déjà annulé plusieurs demandes de documents (subpoenas), estimant que les autorités n'apportaient « essentiellement aucune preuve » d'une quelconque infraction de la part de Jerome Powell. Pour clore définitivement le volet administratif, la procureure a passé le relais à l'inspecteur général de la banque centrale pour un simple examen interne de routine, dépouillant l'affaire de toute sa substance criminelle initiale.
Une enquête perçue comme un levier politique
Au-delà de la question des budgets de construction, cette affaire illustre le climat de tension extrême entre le pouvoir politique et l'institution monétaire. Jerome Powell, dont le mandat se termine le mois prochain, a souvent été la cible de critiques virulentes de la part de Donald Trump. Le président américain lui reprochait son refus de baisser les taux d'intérêt de manière aussi agressive que souhaité par la Maison-Blanche. En multipliant les attaques, l'administration espérait forcer la main du banquier central pour stimuler l'économie par une monnaie moins coûteuse.
Le patron de la Fed avait lui-même qualifié cette enquête de « prétexte » destiné à briser l'indépendance de la banque centrale et à entraver l'indépendance de la production de la politique monétaire. Le juge Boasberg a d'ailleurs appuyé cette lecture dans son ordonnance, mentionnant des « preuves abondantes » montrant que le but réel des poursuites était de « harceler et faire pression » sur le dirigeant financier plutôt que de punir une réelle faute de gestion. Cette mise au point judiciaire vient confirmer que les soupçons de corruption étaient largement infondés et servaient avant tout d'outil de communication politique.
La voie est libre pour Kevin Warsh
L'abandon de ces charges libère surtout l'avenir de l'institution. Jusqu'à présent, la nomination de Kevin Warsh, choisi par Donald Trump pour prendre la suite de Jerome Powell, était paralysée au Sénat. Un sénateur républicain influent, Thom Tillis, refusait d'apporter son vote tant que l'enquête contre le président sortant restait active. Ce blocage créait une incertitude majeure sur les marchés financiers, qui craignaient une vacance du pouvoir à la tête de la première institution financière mondiale.
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Ce verrou ayant sauté, le processus de transition peut enfin s'accélérer. Jerome Powell quitte la scène avec un dossier judiciaire blanchi, préservant ainsi l'image d'indépendance de l'institution face aux pressions de l'exécutif. Le Sénat devrait désormais confirmer rapidement Kevin Warsh. Ce dernier a déjà défendu lors de ses auditions une approche plus alignée sur les objectifs de croissance de l'administration actuelle, promettant une ère de plus grande collaboration avec la Maison-Blanche. La Fed tourne une page de son histoire, marquée par quatre années de guérilla judiciaire, pour entrer dans une phase de transition politique plus classique mais tout aussi scrutée par les marchés internationaux.