Corée : Bithumb distribue par erreur 40 milliards de dollars en bitcoin en raison d'une bévue d'un employé
latribune.fr
La chute de 17 % du bitcoin a été provoquée par une erreur de saisie massive chez l'échangeur Bithumb, qui a distribué 620.000 bitcoins (40 milliards de dollars) par erreur au lieu de 620.000 wons. Cette injection soudaine de liquidités fictives a...
Une erreur de saisie chez Bithumb, deuxième plateforme d'échange en Corée du Sud, a transformé une banale campagne promotionnelle en fiasco systémique. En créditant par mégarde 620 000 bitcoins à ses usagers, l'opérateur a provoqué un krach éclair et révélé les failles béantes de la régulation des actifs numériques.
Le café du matin a eu un goût d’euphorie, puis de cendre, pour quelques milliers d'investisseurs sud-coréens. Imaginez : vous participez à un concours pour gagner l'équivalent d'un café (2 000 wons), et vous vous réveillez avec 120 millions de dollars sur votre portefeuille numérique. Cette histoire est devenue le cauchemar de Bithumb, la deuxième plateforme d'échange de cryptomonnaies du pays.
Tout part d'une virgule mal placée ou d'une unité confondue. Un employé a validé l'envoi de 620 000 bitcoins au lieu des 620 000 wons (357 euros) prévus pour l'opération commerciale. Montant de la bévue : 40 milliards de dollars. Pour donner un ordre de grandeur, c'est plus que le chiffre d'affaires annuel de certains géants du CAC 40, évaporé en un clic.
Le mirage des « coins fantômes »
Le problème ne s’arrête pas à la générosité involontaire de Bithumb. Dès que l'erreur a été repérée, la panique s'est emparée du carnet d'ordres. En tentant de liquider ces gains tombés du ciel, les utilisateurs ont provoqué une onde de choc, faisant plonger le cours du bitcoin de 17 % en moins de trente minutes. Pis : comment une plateforme qui ne détient que 50 000 bitcoins en réserve a-t-elle pu en distribuer 620 000 sur les écrans de ses clients ?
C'est le retour du spectre des « monnaies fantômes ». En comptabilité crypto, cela signifie que le système interne de la plateforme a créé des lignes de code sans contrepartie réelle dans ses cold wallets (dispositif de stockage hors ligne pour conserver des cryptos).
Une régulation à l'épreuve du chaos
Bithumb tente aujourd'hui de colmater les brèches. La plateforme affirme avoir récupéré 99 % des fonds, souvent par simple annulation de transaction ou retour volontaire. Mais environ 9 millions de dollars manquent encore à l'appel, déjà convertis ou transférés par des utilisateurs plus agiles que le service de conformité.
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Pour éteindre l'incendie médiatique et politique, l'entreprise promet la création d'un fonds de protection des clients de 70 millions de dollars. Une goutte d'eau face au risque révélé. Car derrière l'anecdote se cache une tension sociale forte : dans une Corée du Sud où la jeunesse voit souvent dans la crypto l'unique ascenseur social face à l'envolée de l'immobilier, la fragilité de ces institutions numériques est une bombe à retardement.
L'ouverture d'une enquête formelle par les régulateurs financiers coréens marque sans doute la fin de l'ère de l'insouciance pour les plateformes de Séoul. Cet incident n'est pas qu'un « bug » ; c'est le signal qu'entre la blockchain et l'utilisateur final, le maillon humain reste le plus vulnérable — et le plus coûteux.
La longue traîne des « gros doigts » Dans la crypto, une simple faute de frappe peut s'avérer irréparable. En 2021, Crypto.com a ainsi versé par erreur 10,5 millions de dollars à un couple au lieu de 100 dollars, menant à des poursuites judiciaires après que ces derniers ont acheté des villas. Les erreurs de frais de réseau (« gas fees ») sont tout aussi spectaculaires : la plateforme DeversiFi a un jour payé 23,7 millions de dollars pour une transaction banale. Si certains bénéficiaires, comme ce mineur honnête, acceptent de rembourser, d'autres disparaissent dans la nature. Ces « accidents » servent parfois aussi de couverture au blanchiment d'argent, où des frais démesurés sont volontairement versés à un complice.