" Nous sommes bien équipés pour faire face au choc qui se profile ", a martelé Christine Lagarde ce jeudi, justifiant le statu quo monétaire par les incertitudes en Iran.
VERBATIM. Les incertitudes géopolitiques dictent désormais le tempo monétaire. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), maintient le statu quo sur les taux ce jeudi 19 mars 2026. L’institution prévient : la guerre en Iran dégrade les perspectives de croissance et alimente une inflation persistante en zone euro.
Les incertitudes géopolitiques au Proche-Orient dictent désormais le tempo monétaire. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), maintient le statu quo sur les taux ce jeudi 19 mars 2026. L’institution prévient : la guerre en Iran dégrade les perspectives de croissance et alimente une inflation persistante en zone euro.
« Les risques pesant sur les perspectives d'inflation sont orientés à la hausse, en particulier à court terme, a souligné Christine Lagarde. Une guerre prolongée au Moyen-Orient pourrait entraîner une hausse des prix de l'énergie plus importante et plus durable que prévu actuellement, ce qui ferait encore augmenter l'inflation dans la zone euro ». Ce phénomène s'auto-alimenterait « si les anticipations d'inflation et la croissance des salaires venaient à augmenter en réaction ».
L'institution de Francfort prévoit désormais une inflation globale de 2,6 % en 2026. L’agrégat ralentirait à 2,0 % en 2027 avant de remonter à 2,1 % en 2028. La BCE se dit prête à agir et dispose d'une marge de manœuvre suffisante. « Nous partons d'une bonne position et sommes bien placés pour démontrer notre capacité à mettre en œuvre notre stratégie et à faire preuve de souplesse ». La présidente précise : « Je ne dis pas que nous sommes en bonne posture. Nous sommes bien placés (...) Je pense que nous sommes à la fois bien placés et bien équipés pour faire face à l'évolution d'un choc majeur qui se profile ». L’engagement reste ferme : « faire en sorte que l'inflation se stabilise à 2 % à moyen terme ».
Une croissance européenne sous pression géopolitique
L'économie réelle subit les contrecoups du conflit. « Les risques pesant sur les perspectives de croissance sont orientés à la baisse, en particulier à court terme », a-t-elle jugé. La volatilité des marchés mondiaux perturbe les échanges. Christine Lagarde note que « l'environnement extérieur reste difficile, notamment en raison de la volatilité des politiques liées au commerce dans le monde ». Pour le PIB de la zone euro, la croissance tombe à 0,9 % l’an prochain. Elle grimperait à 1,3 % en 2027 puis à 1,4 % en 2028.
Les projections intègrent une dégradation de la demande intérieure. « La guerre au Moyen-Orient perturbe les marchés des matières premières et pèse sur les revenus réels et la confiance. Cela a conduit à une révision à la baisse de la consommation et de l'investissement dans les projections de base des services de la BCE, en particulier pour 2026 ». L’investissement est d'ailleurs revu à 1,9 % contre 2,2 % prévus en décembre. La présidente avertit que « l'impact serait encore plus marqué dans les scénarios alternatifs ».
Newsletter
Finances
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.
L'hypothèse d'une inflation à 6 %
L'institution multiplie les projections. Le scénario « défavorable » prévoit une croissance limitée à 0,6 % et une inflation à 3,5 %. Le scénario « sévère » mise sur une hausse du PIB de seulement 0,4 % tandis que l'inflation accélérerait à 4,4 %, puis 4,8 % en 2027. Dans cette hypothèse, la hausse des prix dépasserait même les 6 % début 2027.
Actuellement, dans le scénario de base, « le prix du pétrole et du gaz augmente considérablement (...) mais il revient pratiquement au niveau de référence du 4 mars à la fin de notre horizon de projection ». À l'inverse, « dans le scénario grave, il augmente également (...) mais il ne redescend pas très vite. Il reste donc élevé pendant une période plus longue ». La BCE prévient : « Nos travaux sur les scénarios (alternatifs) ne tiennent compte d'aucune mesure de politique monétaire. Les chiffres que vous verrez ne reflètent donc pas la politique monétaire ».
L'institution surveille chaque variable : « Nous serons particulièrement attentifs à l'évolution de tous les marchés des matières premières. Nous serons particulièrement attentifs aux goulets d'étranglement au niveau de l'offre. Nous serons particulièrement attentifs aux anticipations de prix de vente des entreprises (...) aux indicateurs de la demande, qu'il s'agisse des PMI, de la confiance des consommateurs (...) aux indicateurs de l'évolution des salaires ».
2026 n'est pas 2022 : un contexte monétaire différent
Christine Lagarde marque la différence avec le précédent choc énergétique. « En 2022, lorsque le choc s'est produit, l'inflation s'élevait déjà à 6 %. C'est une différence majeure par rapport à la situation actuelle. Notre dernier chiffre s'établissait à 1,9 % ». Le marché du travail a aussi évolué. « Nous avons un marché du travail solide, mais pas aussi dynamique qu'en 2022, où nous avions des pénuries de main-d'œuvre ».
Le choc actuel « dépendra de la durée, de l'intensité et de la propagation ». L'institution admet qu'il y a « effectivement un peu de propagation ». Elle affirme devoir « trouver le meilleur moyen d'anticiper où ces effets indirects et ces effets de second tour vont se manifester ».
L'institution refuse d'agir isolée. Christine Lagarde appelle les gouvernements à la rigueur. « Toute réponse budgétaire au choc des prix de l'énergie devrait être temporaire, ciblée et adaptée ». L'unanimité règne au Conseil des gouverneurs. « La décision de ne pas modifier les taux a été prise à l'unanimité. Il n'y avait pas de divergence d'opinions ». L'ambiance du groupe est décrite comme « calme, déterminée et extrêmement concentrée ».