Inflation : pourquoi la divergence France-Allemagne casse la stratégie de la BCE

Le ralentissement de février est en partie dû à la chute des prix de l’énergie et à la faible hausse des prix alimentaires.
REUTERS - Lisi Niesner

Le ralentissement de février est en partie dû à la chute des prix de l’énergie et à la faible hausse des prix alimentaires.
REUTERS - Lisi Niesner
L’inflation bondit en France mais ralentit de manière surprenante en Allemagne. Alors que les prix à la consommation ont augmenté de 1 % dans l’Hexagone en février, contre +0,3 % en janvier, selon les chiffres publiés par l’Insee ce vendredi, ils sont tombés à 1,9 % sur un an outre-Rhin, après 2,1 % le mois précédent, selon une première estimation de l’institut statistique Destatis. Les analystes sondés par Factset tablaient eux sur une accélération de l’indicateur à 2,2 %.
Ces données confirment « qu’au moins pour l’instant, l’inflation n’occupe plus le haut de la liste des préoccupations des responsables politiques européens », a estimé Carsten Brzeski, analyste de la banque ING, qui s’attend à ce que cet indicateur fluctue autour de 2 % en 2026.
Ce ralentissement de février est en partie dû à la chute des prix de l’énergie, à 1,9 % sur un an, la plus importante depuis août après plusieurs mois de baisse plus modérée. Ils sont sans comparaison avec ceux observés lors de la crise énergétique en 2022 et 2023, provoquée par l’invasion russe en Ukraine, quand l’inflation globale atteignait des sommets dans le pays.
Autre facteur : la faible hausse des prix alimentaires, qui ont progressé de 1,1 % par rapport à février 2025, contre une augmentation de 2,1 % sur un an en janvier. L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l’énergie et de l’alimentation, est restée stable à 2,5 %.
Quant à l’indice harmonisé des prix, particulièrement scruté par la Banque centrale européenne (BCE), il a freiné à 2,0 % en Allemagne, soit l’objectif visé par l’institution monétaire, contre 2,1 % en janvier. Face au recul général de l’inflation dans la zone euro, la BCE n’a plus diminué ses taux directeurs depuis juin dernier.
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Début février, sa présidente Christine Lagarde avait prôné la prudence pour la politique monétaire européenne, sans précipitation pour modifier les taux, malgré la faiblesse de la croissance. À trois semaines de la prochaine réunion monétaire de la BCE, « il ne semble pas y avoir de menace imminente » qui justifierait de changer le cap, a jugé Carsten Brzeski.
Si l’Allemagne semble proche de la stabilité des prix, l’inflation persistante en France pourrait compliquer la tâche de la BCE. Le conseil des gouverneurs devra trouver un équilibre délicat entre le soutien à la croissance économique en berne et la nécessité de ne pas relancer la dynamique des prix. Les marchés financiers tablent désormais sur une pause prolongée dans le cycle de baisse des taux, avec une première intervention sur les taux directeurs pas avant le troisième trimestre 2026.
Sur le marché des changes, cette divergence entre la France et l’Allemagne pèse légèrement sur la monnaie unique. Le cours euro/dollar a tendance à consolider, les investisseurs anticipant une divergence accrue entre la politique monétaire accommodante de la BCE et la politique restrictive de la Réserve fédérale américaine, qui doit réduire ses taux plus lentement que prévu initialement. Cette dynamique pourrait limiter le potentiel de hausse de l’euro face au dollar à court terme.
(Avec AFP)