COP30 : le Brésil force la main des pays sur le déficit de 1 000 milliards de dollars pour le climat
latribune.fr
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s’exprime lors de l’ouverture de la session plénière du Sommet sur le climat de Belém, dans le cadre de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), à Belém, au Brésil, le 6...
Le Brésil a mis la pression sur les délégations de la COP30 en publiant un projet de compromis qualifié de « propre » et « inhabituellement tôt » par les observateurs, malgré des options encore contradictoires sur le financement et le fossile. Le retour du président Luiz Inácio Lula da Silva ce mercredi à Belém vise à imposer un succès en Amazonie face aux « négationnistes », quitte à pousser les négociateurs à travailler nuit et jour.
Le jeu de la vérité a commencé à Belém. À quatre jours de l’échéance officielle, la présidence brésilienne de la COP30 a fait le choix de l’accélération, dévoilant un projet de texte de compromis, baptisé « Mutirão mondiale » (un mot autochtone pour désigner une communauté se rassemblant pour une tâche commune). Cette initiative, jugée « très ambitieuse » et « inhabituellement tôt » par rapport aux habitudes des Conférences des Parties (COP), vise à forcer la main des 194 pays membres de l’accord de Paris et de l’Union européenne.
Il s’agit de démontrer que le multilatéralisme climatique est « vivant » malgré les turbulences géopolitiques et économiques, comme l’a rappelé la représentante de Kiribati, Josephine Moote. La méthode est la pression maximum. Les négociateurs sont sommés de finaliser une « partie significative » des discussions avant le milieu de la semaine, une stratégie qui, selon Rachel Kyte, émissaire climat du Royaume-Uni, met « beaucoup de pression » sur les délégués.
Lula revient pour « infliger une défaite aux négationnistes »
Le président Lula est la clé de voûte de cette accélération. Son retour imminent à Belém ce mercredi n’est pas un simple déplacement protocolaire. À l’instar de François Hollande en 2015 ou Boris Johnson en 2021, il revient pour ajouter du poids politique sur les délégués dans la dernière ligne droite.
Lula a investi un capital politique majeur dans cette COP, la première organisée en Amazonie. Son but affiché : « infliger une nouvelle défaite aux négationnistes » du climat. Sa présence coïncide avec l’espoir — jugé optimiste par certains — d’un premier consensus dès mercredi. Le diplomate brésilien qui préside la conférence, André Correa do Lago, a confirmé que le président rencontrerait les groupes de négociation. Mais ce calendrier serré pourrait signifier une plénière s’étirant « tard », a-t-il prévenu, le consensus étant la règle absolue pour l’adoption de toute décision.
Le financement, ce poison annuel qui sabote le Sud
Le point d’achoppement le plus toxique demeure la finance climatique. Le texte brésilien suggère de tripler les financements des pays riches vers les pays les plus pauvres pour leur adaptation au changement climatique, avec un horizon fixé à 2030 ou 2035. C’est une demande frontale des pays du Sud.
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Mais cette proposition se heurte au réalisme européen. Les Européens jugent cet objectif d’adaptation « totalement irréaliste » en privé. Pourtant, pour la déléguée soudanaise Lina Yassin, sans une décision financière concrète sur l’adaptation, « tout ce dont on discute ici n’est que symbolique. On repartira à la maison et demain rien n’aura changé. » Ce sentiment est partagé par Rachel Cleetus de l’Union for Concerned Scientists, qui estime que « le manque de finances empoisonne toute cette COP. Aucun dossier ne peut avancer sans cela. »
Le fossé est colossal. Les négociateurs ont reconnu un besoin global de 1 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035 provenant de sources publiques et privées. Or, même si l’objectif de 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035 acté à la COP29 était pleinement atteint, il subsisterait un déficit annuel d’environ 1 000 milliards de dollars entre les besoins estimés et les fonds publics promis.
La « taxe carbone » de l’UE dans le viseur
Autre ligne rouge non négociable : la question des mesures commerciales unilatérales. Le projet de texte brésilien inclut des options faisant allusion à ces mesures, ciblant de manière implicite le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) que l’Union européenne doit mettre en place en janvier 2026.
L’UE présente son CBAM (qui s’appliquera à l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais, l’électricité et l’hydrogène) comme un outil « vertueux » pour inciter le reste du monde à se décarboner. La Chine, l’Inde et d’autres pays exportateurs le dénoncent comme une mesure protectionniste déguisée. Le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, a prévenu qu’il n’était pas question de se laisser entraîner « dans une conversation artificielle sur les mesures commerciales » et a martelé que « la tarification du carbone est une mesure que nous devons mettre en œuvre avec le plus grand nombre possible, et le plus rapidement possible ». L’UE refuse également de « rouvrir les compromis atteints difficilement l’an dernier en matière de financement ».
80 pays exigent l’engagement sur la feuille de route fossile
Le troisième point de blocage concerne directement l’avenir énergétique mondial : la sortie des énergies fossiles. Le texte laisse toutes les options ouvertes, ce qui augure d’une bataille pour arracher des concessions mutuelles.
Un front de près de 80 pays – incluant l’Allemagne, la Colombie, le Kenya, et une coalition d’Européens et d’États insulaires – réclame une décision allant au-delà du principe de « transitionner hors des énergies fossiles » adopté à Dubaï en 2023. Ils exigent une feuille de route claire sur la mise en œuvre de cet engagement. À l’inverse, les pays producteurs de pétrole restent largement silencieux à Belém. Pour Tina Stege, émissaire des îles Marshall, « La référence actuelle dans le texte est faible et présentée comme une option. Il faut qu’elle soit renforcée et adoptée. »
Concernant l’ambition climatique globale, le texte propose également que le rapport synthétisant les engagements climatiques des pays soit désormais publié chaque année, et non plus tous les cinq ans, dans l’une de ses options.
Un point de départ « substantiel » sous la menace de l’obstruction
Ce projet « Mutirão mondiale » est « mitigé » et « pas particulièrement équilibré », selon Wopke Hoekstra et Rachel Kyte, mais il est jugé par Kaysie Brown du think-tank E3G comme « un point de départ substantiel » et « un paquet crédible capable de délivrer des résultats significatifs pour la COP30 ».
Les négociateurs travaillent désormais « jour et nuit » pour éviter l’échec. Simon Stiell, secrétaire général de la CCNUCC, a exhorté les délégués à s’attaquer « aux questions les plus difficiles rapidement » pour éviter la prolongation du sommet au-delà de vendredi. Son avertissement est sans ambiguïté : « Nous ne pouvons absolument pas nous permettre de perdre du temps sur des retards tactiques ou l’obstruction. »