INTERVIEW EXCLUSIVE. Expert de la diplomatie climatique et co-auteur au Giec, François Gemenne a assisté à de nombreuses COP durant sa carrière. Dans nos colonnes, il livre avec franchise ses craintes, ses analyses, mais aussi ses espoirs sur cette COP30, qui doit fêter les dix ans de l'accord de Paris, historique pour le climat.
LA TRIBUNE. La COP30 démarre ce lundi et il semblerait qu’aucun grand sujet n’émerge à l’agenda des négociations cette fois-ci. Qu’en pensez-vous ?
FRANÇOIS GEMENNE. Le monde est tellement fragmenté, divisé, la coopération internationale et la transition écologique son tellement malmenées que mon plus grand espoir pour cet COP30 est déjà qu’il n’y ait pas de recul majeur.
Malgré tout, n’y a-t-il pas quelques sujets sur lesquels vous attendez des avancées ?
Oui, il y en a heureusement. Je trouve que l’initiative du Brésil pour lancer un grand fonds d’investissement - doté à terme de 125 milliards de dollars pour lutter contre la déforestation - va dans le bon sens. D’autant que c’est un sujet qui a été peu traité lors des dernières COP.
L’autre sujet sur lequel il peut y avoir des avancées est l’aide financière des pays riches du Nord au pays du Sud. À la COP29 l’année dernière à Bakou, les montants promis - 300 milliards d’euros par an à partir de 2025 - n’ont pas été déboursés entièrement, et sont insuffisants. Cela ne représente qu’un quart de ce qui était demandé. J’espère qu’il va y avoir une mobilisation à la COP30 pour que cette transition dans les pays du Sud se fasse.
Cette COP30 marque les dix ans de l’Accord de Paris, historique pour le climat. Mais de nombreux observateurs font remarquer que l’élan de celui-ci s’essouffle. Qu’en pensez-vous ?
Oui, il faut un nouveau souffle, c’est indéniable. La coopération internationale autour du climat est menacée. Et ce, en grande partie à cause des États-Unis et de la montée des nationalismes et des populismes dans le monde. Il faut donc lui donner un second souffle qui, à mon avis, passera par une mobilisation plus grande d’autres acteurs que les acteurs gouvernementaux. Ces derniers ont aujourd’hui moins de marges dans les négociations.
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