L'offensive est massive et transpartisane. De l'ex-ministre macroniste Agnès Pannier-Runacher à l'Insoumis Loïc Prud’homme, des dizaines de députés pressent le gouvernement de légiférer contre les aliments ultra-transformés, pointés du doigt comme responsables d'un surcoût de 11 milliards d'euros par an pour la Sécurité sociale. Au grand dam de l'industrie agroalimentaire, qui dénonce une stigmatisation.L'initiative n'a pas plu à l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), qui l'a reçue comme une nouvelle attaque au premier secteur industriel français en chiffre d’affaires et en emplois. Lors de sa cérémonie de vœux, le 28 janvier, son président, Jean-François Loiseau, s'est vivement attaqué à la publication, quelques jours plus tôt dans La Tribune Dimanche, d'une tribune appelant à « combattre le poison lent et violent de l’alimentation ultra-transformée », en présence des ministres de l'Agriculture, Annie Genevard, et de celui de l'Industrie, Sébastien Martin, qui assistaient à la cérémonie.
L'Ania n'a pas caché être particulièrement agacée par le profil de certains des 30 députés signataires, issus de formations politiques différentes (Ensemble pour la République ; Horizons ; Les Républicains ; Liberté, Indépendants, Outre-Mer et Territoires ; le MoDem ; le Parti socialiste ; Place Publique). Parmi eux figuraient en effet huit anciens ministres, dont deux encore présents sous le gouvernement Bayrou : Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique (qui a même participé au gouvernement éphémère Lecornu I) et Yannick Neuder, ministre de la Santé.
L'ultra-transformation effacée de la Snanc
Leur signature de cette tribune confirme en effet une vérité que la presse avait déjà dévoilée : l'alimentation ultra-transformée fait partie des sujets controversés qui ont empêché jusqu'à présent la publication de la « stratégie nationale alimentation nutrition climat » (Snanc), attendue depuis 2023. Et encore, il y a quelques mois, les ministres de la Transition écologique et de la Santé étaient bien prêts à y inclure deux mesures demandées par plusieurs associations de défense de la santé - qui invoquent les suggestions de divers organismes publics nationaux et internationaux : la préconisation de limiter les produits ultra-transformés et l'interdiction des publicités des produits trop gras, sucrés et salés à destination des enfants.