Agnès Pannier-Runacher, députée Renaissance du Pas-de-Calais, et vingt-neuf députés co-signent une tribune pour alerter contre les dangers de la l’alimentation ultra-transformée.
Quand la ville de San Francisco attaque en justice fin 2025 huit géants de l’agroalimentaire comme Mars ou Nestlé pour avoir « créé une crise de santé publique », cela rend visible une évidence : la nourriture ultra-transformée est une cause avérée de maladies et génère un coût énorme pour la collectivité.
Au moment où la question de la soutenabilité de notre modèle social se pose, les chiffres sont sans appel. Selon une analyse de 2025 de The Lancet, les « aliments ultra-transformés » ont contribué à l’explosion de l’obésité, du diabète, des maladies cardiovasculaires, de la dépression et de nombreuses pathologies chroniques à l’origine de décès prématurés. Et si la France n’est pas les États-Unis, ces produits représentent déjà près de 35 % de nos calories quotidiennes et leur coût pour l’Assurance maladie atteindrait, au bas mot, 11 milliards d’euros par an. Autrement dit : nous payons deux fois. À la caisse, puis à l’hôpital. Le plus révoltant concerne nos enfants. L’obésité infantile progresse et le diabète de type 2 fait son apparition chez des adolescents. Des pathologies pour la vie. C’est du jamais vu.
Ce n’est pas le résultat d’un manque de volonté des familles, mais le succès d’un marketing agressif qui bombarde les plus jeunes de produits conçus pour être addictifs.
Allons plus loin : l’ultra-transformation est un problème de justice sociale. Les ménages modestes subissent une double peine : une alimentation dégradée, imposée par des contraintes budgétaires, qui se paie ensuite au prix fort par une baisse de leur espérance de vie. Cette situation est inacceptable.
Agir, ce n’est pas culpabiliser, c’est protéger. Protéger, c’est définir juridiquement ces aliments pour mettre fin à l’hypocrisie. Protéger, c’est éduquer les plus jeunes au goût. Protéger, c’est bannir le marketing visant les mineurs et encadrer les promotions massives qui les banalisent. Protéger, c’est aussi proposer une nourriture peu transformée en restauration collective. Protéger, c’est enfin garantir la liberté de bien manger en sanctionnant les allégations santé trompeuses et en donnant une information loyale, comme le Nutri-Score.
Cette bataille est aussi celle pour nos agriculteurs. La crise actuelle le prouve : produire toujours moins cher, n’est pas viable. L’ultra-transformation est le moteur d’une agriculture dont la valeur est toujours plus minimisée.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
S’en libérer, c’est reconnaître que la qualité a un coût et construire des débouchés permettant aux agriculteurs de vivre dignement de leur terre. C’est promouvoir celles de nos PME, ETI ou grandes entreprises de l’agroalimentaire qui s’engagent avec les agriculteurs et améliorent sans cesse leurs recettes. C’est aussi défendre notre culture du goût : en France, manger est un acte de transmission. L’ultra-transformation est une offense faite à cet héritage culinaire.
Face à ces défis, la Stratégie nationale alimentation nutrition climat (SNANC) ne peut plus attendre. Elle doit assumer un cap courageux : réduire la consommation de produits ultra-transformés, protéger les enfants et soutenir les filières de qualité. Ce cap peut être traduit sans délai dans un véritable projet de loi.
Ce combat concerne nos enfants, notre santé et notre souveraineté. Il réunit tous les Français. Nous avons une responsabilité collective : agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.
Premiers signataires :
Agnès PANNIER-RUNACHER, députée Renaissance du Pas-de-Calais ; ancienne ministre successivement de l’Industrie, de l’Agriculture et de l’Écologie
Yannick NEUDER, député Les Républicains de l’Isère ; ancien ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins
Guillaume GAROT, député Parti Socialiste de la Mayenne ; ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire
Sandrine LE FEUR, présidente de la Commission du Développement durable et Aménagement du territoire et députée Renaissance du Finistère
Stéphane TRAVERT, président de la Commission des Affaires économiques et député apparenté Ensemble pour la République de la Manche ; ancien ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation
Frédéric VALLETOUX, président de la Commission des Affaires sociales et député Horizons de Seine-et-Marne ; ancien ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention
Geneviève DARRIEUSSECQ, députée MoDem des Landes ; ancienne ministre de la Santé et de l’Accès aux soins
Agnès FIRMIN LE BODO, députée Horizons de Seine-Maritime ; ancienne ministre de la Santé et de la Prévention
Pascal LECAMP, député MoDem de la Vienne
Christophe NAEGELEN, député Liberté, Indépendants, Outre-Mer et Territoires des Vosges
Dominique POTIER, député Parti socialiste de Meurthe-et-Moselle
Aurélien ROUSSEAU, député Place Publique des Yvelines ; ancien ministre de la Santé et de la Prévention
Antoine VERMOREL-MARQUES, député Les Républicains de la Loire