Alimentation : après deux ans de blocage, le gouvernement publie sa stratégie 2030 et esquive le mot « réduction » pour la viande
latribune.fr
La SNANC repose sur 14 mesures clés pour 2030, incluant la limitation de la viande, l'obligation de transparence des achats pour les distributeurs, et l'exemplarité de la restauration collective (50% de produits durables). Elle vise à réduire...
Le gouvernement a publié ce mercredi 11 février la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), document attendu depuis juillet 2023. Entre enjeux climatiques et pressions industrielles, le texte privilégie la « limitation » de la viande et mise sur l'incitation plutôt que la contrainte réglementaire.
Un nouveau cap de la souveraineté alimentaire
— L'exécutif fusionne pour la première fois les politiques de nutrition et de climat pour réduire l'empreinte carbone alimentaire, responsable de 24 % des émissions nationales, avec un objectif de limitation de la viande.
— Une nouvelle obligation légale imposera aux distributeurs et à la restauration commerciale de publier la part de produits durables et de qualité dans leurs achats annuels pour garantir une transparence totale aux consommateurs.
— L'État durcit les règles de la restauration collective en excluant les denrées non européennes et en conditionnant les financements des projets alimentaires territoriaux à des critères de santé et de justice sociale dès 2025.
— La régulation du marketing ciblant les mineurs pour les produits trop gras ou sucrés reposera d'abord sur une charte volontaire jusqu'en 2029, avant tout recours à une mesure réglementaire contraignante en cas d'échec.
— Le déploiement du Nutri-Score sera expérimenté sur les produits non préemballés et en restauration hors foyer, parallèlement à l'instauration de seuils maximaux en sel, sucre et gras pour les produits les plus transformés.
Le feuilleton interministériel touche à sa fin. Issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat et ancrée dans la loi Climat et résilience de 2021, la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) définit enfin le cap de la France à l'horizon 2030. Ce cadre unique fusionne pour la première fois les politiques de nutrition, d'alimentation et de climat pour répondre à un constat d'urgence : l'alimentation pèse pour 24 % de l'empreinte carbone nationale.
Le texte final, cosigné par les ministères de l'Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé, cristallise les tensions autour de la place de la viande dans l'assiette des Français. Si les produits d'origine animale sont responsables de 61 % de l'empreinte carbone alimentaire, le gouvernement a choisi d'écarter le terme de « réduction » de la consommation de viande, pourtant présent dans les versions initiales.
Le document préconise désormais une « limitation » de la viande et de la charcuterie, tout en ciblant spécifiquement la « réduction de la consommation de viande importée ». Ce choix sémantique reflète les arbitrages de Matignon qui, dès septembre 2025, avait bloqué une version plus radicale pour lui préférer la notion de « consommation de viande équilibrée ». Pour soutenir cette transition, l'exécutif mise sur l'évolution vers les repères du Programme national nutrition santé (PNNS), incluant une hausse de la consommation de légumineuses, de fruits et légumes et de céréales complètes.
Encadrement publicitaire et transparence des achats
Sur le terrain de la régulation, le gouvernement temporise face aux demandes de la société civile. Concernant l'exposition des mineurs aux publicités pour des produits trop gras, sucrés ou salés, la SNANC privilégie une démarche incitative avec la « Charte alimentaire 2025-2029 ». Le recours à une mesure réglementaire d'encadrement du marketing n'est envisagé qu'en cas d'échec des engagements volontaires des acteurs du secteur.
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Parmi les 14 actions phares, l'exécutif annonce toutefois une nouvelle mesure de transparence : l'inscription dans la loi de l'obligation pour les distributeurs et la restauration commerciale de publier leurs pourcentages d'achats de produits « durables et de qualité ». Parallèlement, le gouvernement prévoit d'imposer des seuils maximaux en sel, sucres et gras pour les aliments les plus contributeurs, sur la base d'accords collectifs révisés.
Souveraineté alimentaire et exemplarité de l'État
La stratégie réaffirme l'ambition de renforcer la souveraineté agricole française. L'État s'engage à l'exemplarité dans la restauration collective qu'il gère, en privilégiant les circuits courts et en écartant l'achat de denrées alimentaires non européennes. L'objectif demeure d'atteindre 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de produits biologiques, dans les cantines.
Le déploiement de la SNANC s'appuiera également sur les Projets alimentaires territoriaux (PAT), dont les critères de reconnaissance seront durcis dès 2025 pour intégrer les dimensions de santé et de justice sociale. Pour les consommateurs, l'exécutif prévoit l'expérimentation du Nutri-Score sur les denrées non préemballées et la restauration hors foyer, ainsi que le déploiement d'un affichage environnemental volontaire encadré.
Si le texte fixe des objectifs clairs, la question des moyens reste en suspens. Pour 2025, 10 millions d'euros ont été consacrés aux PAT, mais les financements pour 2026 ne sont pas encore spécifiquement fléchés dans le projet de loi de finances. Par ailleurs, la notion d'aliments « ultratransformés » demeure un point de friction. Alors que des députés et des associations réclament une législation stricte face à un coût estimé à 11 milliards d'euros par an pour la Sécurité sociale, le ministère de l'Agriculture souligne l'absence de définition réglementaire stabilisée et appelle à la poursuite de la recherche scientifique avant toute contrainte majeure.
Les 14 mesures clés de la stratégie gouvernementale
Sensibilisation nationale : lancement de campagnes sur l’alimentation « saine et durable », fusionnant pour la première fois les enjeux de santé et d'écologie.
Renforcement des PAT : les projets alimentaires territoriaux deviennent l’outil pivot avec des financements désormais conditionnés à des critères stricts (santé et environnement).
Transparence des achats (loi) : obligation légale pour la distribution et la restauration de publier la part de produits « durables et de qualité » dans leurs stocks annuels.
Reformulation nutritionnelle : instauration de seuils maximaux (sel, sucre, gras) et minimaux (fibres) pour les produits les plus transformés grâce à des accords de filière.
Qualité en établissements de soins et petite enfance : première réglementation contraignante sur la qualité nutritionnelle des repas en Ehpad et crèches.
Restauration collective exemplaire : accélération vers l'objectif de 50 % de produits durables (dont 20 % bio) avec une exclusion ferme des denrées non européennes pour l'État.
Régulation du marketing jeunesse : priorité à l'autorégulation (charte 2025-2029), mais avec une menace explicite de loi en cas d'échec sur les produits trop gras/sucrés/salés.
Environnement de travail sain : extension de la charte PNNS aux entreprises et administrations pour améliorer l'offre alimentaire interne et lutter contre la sédentarité.
Aide alimentaire durable : programme « Mieux manger pour tous » pour améliorer la qualité nutritionnelle des produits destinés aux plus précaires.
Lutte contre le gaspillage : renforcement des contrôles coordonnés sur toute la chaîne, de la production à la distribution, en application des lois existantes.
Mobilités actives : promotion de la marche et du vélo comme compléments indispensables à une hygiène de vie saine.
Nutri-Score hors foyer : expérimentation du logo nutritionnel sur les produits non préemballés et dans les restaurants pour guider le choix immédiat.
Affichage environnemental : déploiement d’un étiquetage (type Éco-score) pour informer sur l’empreinte carbone et l'impact biodiversité des produits.
Encadrement des labels : objectivation des critères environnementaux des labels privés pour anticiper la future directive européenne sur les allégations « vertes ».