Adoubée par trois ministres et soutenue à hauteur d’environ 148 millions d’euros d’argent public, la start-up Ÿnsect a été liquidée fin 2025, laissant derrière elle une friche industrielle emblématique des dérives d’une réindustrialisation fondée sur des paris technologiques à haut risqueEn mai 2021, trois ministres se pressent à Poulainville, près d’Amiens, pour encenser une « ferme-usine » de 36 mètres de haut et 45 000 m2, présentée comme un exemple de réindustrialisation verte et de souveraineté alimentaire : Ÿnsect est alors le « leader mondial » autoproclamé des protéines d’insectes, vitrine parfaite de la start-up industrielle à la française.
Quatre ans plus tard, la gigantesque « Ynfarm » est à l’arrêt, la société a perdu l’essentiel de ses salariés en 2025 et a été liquidée en décembre, laissant une friche industrielle et un goût amer à ceux qui y ont cru. Entre-temps, l’entreprise aura capté environ 148 millions d’euros d’argent public, au cœur d’un dispositif de soutien massif aux technologies de rupture qui prétendait réindustrialiser la France à marche forcée.
Le symbole d’une réindustrialisation par les start-up
Ce printemps 2021, le message est clair : Ÿnsect incarne le nouvel imaginaire industriel français, celui des « fermes-usines » robotisées produisant à la chaîne des protéines et des engrais à base de scarabées pour nourrir poissons, animaux de compagnie et cultures. Dans un territoire marqué par la fermeture de Goodyear, l’État met en scène le retour de l’industrie grâce à une jeune pousse deeptech qui promet des emplois qualifiés et une réduction de l’empreinte carbone de l’alimentation.
La start-up a pourtant déjà un long passé de levées de fonds : en une décennie, elle a attiré plus de 650 millions d’euros de capitaux, mêlant fonds de capital-risque, industriels et acteurs publics, en se vendant comme le champion global des protéines d’insectes. Cette trajectoire s’inscrit dans la stratégie nationale en faveur des start-up industrielles et deeptech, que l’État érige en pilier de France 2030 à travers des appels à projets dédiés et des dispositifs comme « première usine ».