La santé animale, un investissement « stratégique » insuffisamment compris
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Emmanuelle Soubeyran, directrice générale de l'OMSA
Patrice Lariven
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Emmanuelle Soubeyran, directrice générale de l'OMSA
Patrice Lariven
En France, fin 2025, la propagation inattendue de la dermatose nodulaire contagieuse (NDC) dans le cheptel bovin français a rallumé la colère agricole et donné des sueurs froides au gouvernement. Elle a aussi achevé de démontrer ce que les éleveurs constatent depuis quelques années : la croissance des échanges internationaux d'une part, le changement climatique de l'autre, multiplient les risques d'épizooties, et font émerger de nouvelles maladies animales même là où elles étaient auparavant absentes.
À l'échelle mondiale, pourtant, la santé animale n'est pas prise suffisamment au sérieux, dénonce l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) dans un rapport publié aujourd'hui. Elle ne reçoit notamment que 0,6 % des dépenses mondiales de santé, et moins de 2,5 % des 39,1 milliards de dollars américains consacrés à la santé dans l’aide publique au développement en 2025, déplore l'organisme intergouvernemental créé en 1924 après une épizootie de peste bovine survenue en Belgique en 1920. Un sous-financement chronique et irrationnel, pointe la directrice générale de l'OMSA, Emmanuelle Soubeyran.
Au niveau mondial, constate-t-on comme en France un développement des épizooties ?
Oui, plusieurs exemples montrent que les maladies infectieuses ou parasitaires se développent et évoluent. Le premier est celui de la grippe aviaire, qui non seulement commence à apparaître dans l'hémisphère Sud, mais est aussi désormais présente toute l'année et touche de plus en plus d'espèces – y compris des mammifères, comme les phoques, les animaux domestiques ou les vaches laitières. D'autres exemples sont ceux de la fièvre aphteuse, qui flambe en Afrique du Sud avec de nouveaux variants, et de la myiase à Cochliomyia hominivorax, une mouche parasite mangeuse de chair qui, de l'Amérique centrale, se propage jusqu'au Mexique, à la frontière du Texas.
Malgré cette menace, votre rapport dénonce un financement chroniquement insuffisant de la promotion de la santé animale. Comment l'expliquer ?