Catherine MacGregor, PDG et membre du conseil d’administration d’Engie, participe à un débat lors du forum d’été du Medef « La Rencontre des Entrepreneurs de France, LaREF » à Paris, le 27 août 2025.
Catherine MacGregor, PDG d'Engie, a partagé ses perspectives lors du forum d'été du Medef à Paris le 27 août 2025, abordant des enjeux cruciaux pour l'avenir énergétique et économique de la France.
La France se trouve à la croisée des chemins. Alors que la transition énergétique est plus que jamais un impératif, la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), texte stratégique pour l’avenir énergétique du pays, est menacée par une crise politique qui ne cesse de s’aggraver. Le document, promis par le gouvernement avant la fin de l’été, est aujourd’hui otage de tensions au sommet de l’État et de divergences idéologiques, laissant l’industrie dans un état de grande incertitude. Cette paralysie, qualifiée de « poison » par le ministre de l’Énergie lui-même, met en péril non seulement la feuille de route vers la neutralité carbone en 2050, mais aussi la relance tant attendue du secteur nucléaire.
Une publication reportée, le débat s’enlise
La troisième PPE, qui couvre la période 2025-2035, représente une rupture majeure avec la politique énergétique passée. Contrairement à la précédente qui prévoyait la fermeture de 12 réacteurs, ce nouveau plan s’inscrit dans une logique de relance du nucléaire, notamment à travers la construction de nouveaux réacteurs EPR2, tout en maintenant les objectifs de développement des énergies renouvelables. Mais ce virage a ravivé des clivages profonds au sein de la classe politique, avec le nucléaire et les énergies renouvelables au cœur d’une bataille idéologique. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a ainsi ouvert les hostilités en juillet en plaidant pour la fin des « subventions publiques » à l’éolien et au photovoltaïque, illustrant les tensions qui déchirent jusqu’au gouvernement.
Annoncée pour une publication fin juillet, la parution du décret a été reportée par le Premier ministre, François Bayrou, « pour que soient conduites la concertation et les consultations nécessaires ». Une décision qui a semé le doute quant à la capacité de l’exécutif à trancher rapidement sur un sujet aussi sensible. Le Rassemblement National a d’ailleurs brandi la menace d’une motion de censure si la PPE3 était publiée par décret, contournant ainsi le Parlement. Cette menace ajoute une pression supplémentaire sur un gouvernement déjà fragilisé, et dont l’un des ministres, Marc Ferracci, a dénoncé l’instabilité politique comme un « poison » pour l’industrie.
Le secteur de l’énergie en état d’alerte
Pour les acteurs du secteur, ce nouveau report est un véritable cauchemar. Attendue depuis deux ans, cette feuille de route est jugée indispensable pour offrir la visibilité nécessaire aux investissements, pour lancer des appels d’offres et pour planifier les besoins en formation et en emploi. « La France n’a pas de politique énergétique », a ainsi fustigé Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (Medef). Elle déplore l’incapacité de la classe politique à aboutir à un consensus, alors que le pays se retrouve dans le flou « sans cadre politique énergétique clair ».
Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) partage cette inquiétude. Son président, Jules Nyssen, souligne que le « programme nouveau nucléaire n’est inscrit nulle part », rendant impossible la mise en œuvre des projets de relance. Du côté de l’industrie nucléaire, la frustration est palpable. Bien que l’État soit l’actionnaire unique d’EDF, l’incertitude pèse lourdement sur la planification des investissements et sur l’attractivité du secteur. La publication de la PPE est vue comme la seule solution pour « donner de la visibilité au secteur ».
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Le spectre d’une campagne « anti-éolienne » et ses conséquences
La directrice générale d’Engie ne cache pas sa stupéfaction face à l’enlisement de ce dossier, qu’elle qualifie de « franchement torpillé cette année ». Elle pointe du doigt une « campagne anti-éolienne extrêmement forte » qui, selon elle, a contribué à la paralysie du processus décisionnel. Cette situation illustre la difficulté pour la France de concilier les différentes sources d’énergie et de bâtir un consensus national sur son mix énergétique. Au-delà des enjeux politiques, c’est l’économie entière qui se trouve impactée. Les entreprises peinent à se projeter, les investissements sont gelés, et les emplois risquent d’être menacés. Alors que le gouvernement pousse pour une publication avant le 8 septembre, la question de savoir si la crise politique permettra une résolution rapide de ce dossier reste en suspens.