Il y a 30 ans, en 1996, l’Unesco reconnaissait officiellement la valeur universelle exceptionnelle du canal du Midi en l’inscrivant sur sa prestigieuse liste du patrimoine mondial. Un label qui consacre une infrastructure d’ingénierie fluviale, trait d’union entre l’Atlantique et la Méditerranée, conçue par Pierre-Paul Riquet, dont le savoir-faire hydraulique a longtemps été inégalé. Prouesse technique construite entre 1667 et 1684, les 240 kilomètres du canal du Midi sont jalonnés de plus de 300 ouvrages d’art, dont 63 écluses sur le canal principal (et une sur le canal de Brienne, sept sur le canal de jonction, six sur le canal de la Robine), véritables innovations en leur temps.
Afin de concrétiser le rêve de naviguer de l’Atlantique à la Méditerranée par l’intérieur des terres et ainsi éviter de contourner la péninsule ibérique par le détroit de Gibraltar, il a fallu à son concepteur résoudre la problématique de son alimentation en eau. L’ingénieur du Roi Louis XIV a alors proposé de collecter des eaux de différents ruisseaux de la Montagne Noire pour l’alimenter en toutes saisons et quels que soient le débit des rivières et les précipitations.
Cette question de l’alimentation en eau est d’autant plus cruciale que le canal du Midi est un objet stratégique d’aménagement du territoire, concourant aujourd’hui à l’alimentation en eau potable (de manière assez faible), au développement de l’économie touristique (30 % du tourisme fluvial français), au soutien de l’agriculture par l’irrigation, mais aussi à la préservation des milieux naturels. Sa préservation est donc un énorme défi à l’heure où le changement climatique, qui provoque des épisodes de pluies excessives ou de longues périodes de sécheresse et de fortes chaleurs, bouleverse les équilibres hydrauliques et contribue à la raréfaction de l’eau.