LA TRIBUNE – La base militaire d’Istres est une des plus importantes de l’armée de l’Air et de l’Espace et la plus grande de France. Quelles sont ses capacités ?
COLONEL SÉBASTIEN ESTEVE – C’est, effectivement, la plus grande base aérienne de France. Elle représente un quart de la surface de Paris intra-muros. Sur site, 5 000 travailleurs cohabitent : 2 500 aviateurs militaires et 2 500 collaborateurs, militaires des autres armées ou personnels civils de la Défense (soutiens interarmées, assurant notamment les fonctions transport et logement au sein du service du commissariat des armées) et du secteur industriel puisque Dassault est implanté sur la base d’Istres depuis des décennies pour des essais de matériel du futur, de même que Safran qui teste les moteurs des avions de combat et civils à venir. La piste de la base aérienne 125 de 5 000 mètres est la plus longue d’Europe. Elle fait beaucoup d’envieux et a déjà été utilisée pour réaliser des tests, notamment ceux de l’Airbus A380.
Le premier terminal passagers militaire du Hub des armées, inauguré en mai 2024, possède une capacité d’accueil de 100 000 passagers par an avec un hectare de surface au sol. Désormais, la grande majorité des départs en opérations extérieures et en mission courte durée se feront depuis Istres et non plus Roissy Charles De Gaulle. Qu’apporte cette centralisation des effectifs ?
Jusqu’au début de la décennie 2020, la projection de forces se faisait depuis plusieurs aéroports et bases aériennes : Roissy Charles de Gaulle, avec des avions de transport stratégiques tels l’Airbus A340 ou Airbus A330, mais également de bases aériennes telles Istres ou Orléans. La décision de centraliser tous les départs depuis Istres a été motivée par trois raisons : premièrement, les frais d’assistance en escales dues aux opérateurs aériens coûtaient très cher à l’Armée de l’Air et de l’Espace (15 millions d’euros par an à Roissy) ; deuxièmement, il y avait un enjeu sécuritaire car les militaires évoluaient en civil dans l’aéroport mais avec des grands sacs de l’armée, sans être armés, de manière peu discrète. L’enjeu de discrétion était donc la troisième raison. L’objectif du terminal passagers militaire est d’atteindre une autonomie totale, de ne pas dépendre d’une grève des contrôleurs, par exemple. Le terminal passagers d’Istres a nécessité, à lui seul, un investissement de 50 millions d’euros mais est rentabilisé en quelques années par rapport aux frais d’assistance en escale.