En inaugurant une quatrième ligne d'assemblage du 737 MAX près de Seattle, Boeing affiche ses ambitions de montée en cadence et veut tourner définitivement la page des crises de qualité qui ont profondément ébranlé son avion vedette.
Près de Seattle, Boeing ouvre officiellement vendredi une quatrième ligne d’assemblage dédiée au 737 MAX. Un symbole fort pour le constructeur américain, qui tourne progressivement la page de plusieurs années de crises industrielles et réglementaires. Avec cette nouvelle capacité de production, le groupe entend accélérer les cadences de son appareil vedette et retrouver sa pleine puissance sur le segment stratégique des monocouloirs.
La nouvelle ligne, baptisée « North Line », doit permettre à Boeing de porter à terme sa production de 737 MAX à 63 appareils par mois, contre 47 actuellement. Une montée en cadence devenue possible depuis que l’Agence fédérale américaine de l’aviation (FAA) a levé, en octobre 2025, le plafond de 38 avions mensuels qu’elle avait imposé après le spectaculaire incident survenu en janvier 2024 sur un 737 MAX 9 d’Alaska Airlines.
Cet épisode avait mis au jour de graves défaillances dans les processus de fabrication du constructeur, provoquant une crise de confiance majeure et obligeant Boeing à revoir en profondeur son organisation industrielle. Depuis son arrivée à la tête du groupe il y a deux ans, Kelly Ortberg a engagé un vaste chantier de renforcement des contrôles qualité et des procédures de conformité, condition indispensable au redressement du premier exportateur américain.
Everett prend le relais de Renton
La cérémonie d’inauguration est organisée vendredi dans l’usine d’Everett, au nord de Seattle, en présence notamment de Stephanie Pope, présidente de la division aviation commerciale (BCA). Si l’événement est officiel ce vendredi, la production a en réalité commencé dès lundi.
Cette quatrième ligne constitue une évolution majeure de l’organisation industrielle de Bœing. Jusqu’à présent, l’ensemble de la famille 737 était exclusivement assemblé à Renton. Mais le site ne disposait plus des capacités d’extension nécessaires.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Le constructeur a donc choisi d’installer cette nouvelle chaîne à Everett, immense complexe industriel présenté en 2024 comme le « plus grand bâtiment au monde en volume ». Depuis le transfert définitif de la production du 787 Dreamliner en Caroline du Sud en 2021, cette usine n’assemblait plus que le gros-porteur 777 et le cargo 767.
La North Line emploie aujourd’hui un millier de salariés, dont environ la moitié ont été transférés depuis Renton. À ce stade, la montée en puissance reste progressive. « C’est un début progressif », explique Jennifer Boland-Masterson, directrice de la North Line. « Nous allons commencer doucement et ensuite augmenter la cadence ».
Le MAX 10 au cœur de la stratégie
La nouvelle ligne présente une autre particularité stratégique : c’est la seule capable d’assembler intégralement le 737 MAX 10, la version la plus grande de la famille. Cet appareil, destiné à concurrencer l’Airbus A321neo, accuse toutefois déjà trois ans de retard dans son processus de certification.
Le 737 MAX demeure l’actif commercial le plus précieux de Boeing. L’appareil représente environ 4.400 commandes sur un carnet total de près de 6.800 avions commerciaux. Mais il reste aussi le programme le plus controversé de l’histoire récente du constructeur. Présenté en 2011, le 737 MAX a été au cœur de la plus grave crise traversée par Boeing. Les accidents des compagnies Lion Air, en octobre 2018, puis Ethiopian Airlines, en mars 2019, ont fait 346 victimes. Les enquêtes avaient mis en cause un défaut de conception du logiciel antidécrochage MCAS équipant les deux 737 MAX 8. La catastrophe avait conduit à l’immobilisation de l’ensemble de la flotte mondiale pendant plus de vingt mois, avant un retour progressif en exploitation sous de nouvelles exigences de certification.
Plus récemment, l’incident du bouchon de porte arraché en plein vol en janvier 2024 a ravivé les interrogations sur la qualité de fabrication de Boeing. L’ouverture de cette quatrième ligne d’assemblage marque ainsi bien plus qu’une simple augmentation des capacités industrielles : elle symbolise la volonté du constructeur de convaincre les autorités, les compagnies aériennes et les marchés qu’il est désormais capable de conjuguer montée en cadence et rigueur industrielle.