OPINION. Défense : sortir du modèle d’armée « bonsaï »
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Vue d'artiste du porte-avions de nouvelle génération (PAN-NG)
Naval Group
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Vue d'artiste du porte-avions de nouvelle génération (PAN-NG)
Naval Group
Avec le regain de la logique impériale des puissances, le retour de la conflictualité s’effectue tant sur terre que sur mers. Face à cette transformation structurelle des relations internationales, la puissance maritime et aéronavale propre de la France est un atout indéniable que nous nous devons de renforcer pour notre protection, comme pour celle de nos alliés européens.
Les éléments qui incitent à cette réflexion sont multiples.
La Russie, par l’intermédiaire de sa flotte fantôme, finance son effort de guerre, contourne les sanctions qui lui sont infligées par l’Union européenne et teste nos capacités de surveillance tout en menaçant nos enjeux économiques et stratégiques comme la liberté de circulation, pilier de l’approvisionnement de nos sociétés européennes. Elle pourrait demain nous agresser sur les mers et dans nos ports.
Dans le même temps, la Chine déploie en Indopacifique une stratégie d’expansion méthodique, combinant pression militaire, politique du fait accompli et actions hybrides, de la mer de Chine méridionale jusqu’aux abords de Taïwan.
Les États-Unis, quant à eux, sont engagés depuis 2011 dans un détachement à l’égard du Vieux Continent, récemment renforcé par une stratégie de vassalisation de l’Europe. Ils multiplient les aventures guerrières menées en dehors du droit international, dans l’espoir de refaçonner le monde par l’usage de la force.
Notre dernière Revue Nationale Stratégique fait d’un conflit conventionnel à bref délai avec la Russie le caractère dimensionnant de notre doctrine. Ce danger, déjà alimenté par une pléiade d'actions sous le seuil de la guerre (cyberattaques, sabotages, violations des espaces aériens, etc.), se présentera inévitablement par la mer. L’actualité au Proche et Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz, réponse iranienne à l’agression israélo-américaine, en démontre toute la véracité.
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Notre conviction est simple, l’Europe doit se doter d’une nouvelle architecture de sécurité collective, crédible et autonome, et la France y occuper une responsabilité particulière. Cela passera par l’ouverture d’un débat public sur le format de nos armées et par l’adoption d’une doctrine claire, lisible pour nos alliés comme pour nos adversaires : celle d’une puissance fiable, dotée de capacités propres et complémentaires de celles d’États qui, pour des raisons géographiques et stratégiques évidentes, priorisent le réarmement conventionnel terrestre.
D’abord, la dissuasion nucléaire. Elle demeure l’ultima ratio de notre sécurité nationale. Cela implique de conserver l’intégralité de la compétence de production, l’autonomie de décision politique et la crédibilité opérationnelle. Ceci implique aussi d’assumer pleinement la dimension européenne de nos intérêts vitaux et de s’engager dans un véritable effort diplomatique pour la faire connaître. De plus, dans un environnement stratégique mouvant, l’effort d’innovation doit être maintenu pour garantir que cette arme reste pertinente.
Ensuite, notre pays doit conserver ses forces terrestres d’élite, capables d’agir rapidement et de commander un corps d’armée. La France a démontré, notamment à travers les exercices Orion et la prise de commandement de la force de réaction rapide de l’OTAN en juillet 2025, sa capacité à tenir son rang en la matière, comme sa capacité à tenir le ciel. Cette ambition doit néanmoins s’accompagner de lucidité : l’Allemagne et la Pologne, sont pleinement engagées dans un réarmement terrestre massif. Notre crédibilité reposera donc moins sur la masse dans ce domaine, quand bien même la France conserve une des plus grandes armées européennes.
Enfin – et c’est le cœur de cette tribune – nos capacités aéronavales. La France dispose de la plus grande façade maritime d’Europe, de territoires ultramarins stratégiques et d’une tradition navale unique. La Marine doit avoir des moyens à la hauteur de ce qu’elle peut apporter à nos partenaires et alliés. La sécurité de l’Europe se joue aussi en mer, où il faut savoir durer pour lutter mais aussi défendre les flux maritimes, et sur de grandes distances. Si l’arrivée du Charles de Gaulle en Méditerranée le 6 mars dernier pour la protection de nos ressortissants et de nos intérêts a suscité tant de commentaires, c’est qu’il reste un outil-puissance de notre défense et de réassurance. À cet égard, le futur porte-avions nucléaire de nouvelle génération (PA-NG) n’est pas qu’un symbole de prestige ; il est une pièce maîtresse d’un système où « tout s’appuie ». Il permettra la projection aéronavale sans dépendre de bases maritimes, mais aussi l’action des sous-marins nucléaires d’attaque, acteurs décisifs du combat moderne en mer.
Pour la France, un investissement de l’ordre de 10 milliards d’euros est déjà considérable, mais il est surtout porteur de protection de nos savoir-faire, de protection d’emplois, de pouvoir d’achat et de vitalité du tissu économique de nos territoires, de souveraineté industrielle dans de nombreux domaines, de retombées fiscales et de pérennité d’un jalon essentiel de notre base industrielle et technologique de défense. Statutairement enfin, il faut mesurer l’ampleur de l’effort : seuls les États-Unis et la Chine disposent aujourd’hui d’une capacité complète de production de tels navires.
Une telle réinvention doctrinale doit être pensée dans toutes ses dimensions. En mer, aucun système militaire ne fonctionne isolément : bâtiments de surface, sous-marins, renseignements et logistique forment un tout cohérent. Industriellement, il s’agit d’identifier les compétences critiques que la France doit impérativement conserver, notamment en matière de propulsion nucléaire, sans oublier le maritime conventionnel.
À quelques jours de l’actualisation de la loi de programmation militaire, nous proposons l’ouverture d’une réflexion doctrinale ambitieuse : sortir du modèle d’armée « bonsaï » pour valoriser nos atouts propres et assumer nos responsabilités au service de la sécurité de l’Europe.
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Alors que la Russie, l’Iran, la Chine jouent de nos dépendances énergétiques et commerciales à leurs égards, nous avons le devoir d‘élaborer une stratégie politique, militaire et industrielle claire. Ainsi, nous apporterons des réponses collectives face à la résurgence de la force contre le droit et aux menaces contre nos démocraties.
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Anna Pic, députée de la 4e circonscription de la Manche
Hélène Conway-Mouret, sénatrice représentant les Français établis hors de France
Thibault Delamare, délégué Défense du Parti socialiste
Marie Récalde, secrétaire nationale à la Défense du Parti socialiste
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