Actualisation de la programmation militaire : ni Rafale, ni frégates de 1er rang, ni chars supplémentaires

Le Rafale Marine sur le pont du porte-avions Charles de Gaulle
JNI - via REUTERS - Johan Nilsson / TT

Le Rafale Marine sur le pont du porte-avions Charles de Gaulle
JNI - via REUTERS - Johan Nilsson / TT
Comme toujours... Trop peu ou pas assez. C'est tout le paradoxe de l'actualisation de la loi de programmation militaire (36 milliards d'euros supplémentaires), dont le projet de loi a été dévoilé cette semaine par Politico et qui sera présenté mercredi en conseil des ministres. C'est énormément d'argent supplémentaire mais cela reste encore malheureusement insuffisant au regard des enjeux géopolitiques du moment. Une hausse des crédits qui est demandée par Emmanuel Macron malgré le contexte de finances publiques catastrophique. Et en dépit de la hausse continue des budgets de la défense voulue et respectée par Emmanuel Macron depuis 2018, la France a encore toute les difficultés à réarmer au bon niveau ses forces armées, qui ont été beaucoup trop rationnées entre 1997 et 2017.
Cette actualisation n'est d'ailleurs clairement qu'une recapitalisation de la LPM 2024-2030, qui ne pouvait pas remplir tous les objectif capacitaires des armées au regard des budgets mis en adéquation. Faut-il rappeler que dès 2022, les armées demandaient déjà lors de la préparation de la LPM une enveloppe de 430 milliards d'euros pour faire face à tous leurs besoins capacitaires, quand Bercy, plus radin, militait pour 377 milliards. Emmanuel Macron avait alors tranché (400 milliards de crédits budgétaires plus 13 milliards de recettes extra-budgétaires).
Avec cette actualisation, les crédits budgétaires dédiés à la défense devraient s'élever à 436 milliards d'euros (hors les recettes extra-budgétaires). Soit 36 milliards d'euros comme l'a annoncé en janvier Emmanuel Macron. Cette enveloppe financière aussi significative qu'elle soit a appelé des arbitrages. Ceux-ci ont été très défavorables au spatial, notamment, et défavorable à l'armée de terre, qui subit des pertes de blindés (- 50 Serval et - 180 VBAE à l'horizon 2030)
A son son arrivée à l'Élysée en 2017, le budget des armées s'élevait à 32 milliards d'euros. Cette année, il devrait atteindre 57,1 milliards s'il est exécuté à l'euro près, puis 63,3 milliards en 2027 année du départ de l’Élysée d'Emmanuel Macron (76,3 milliards en 2030, sauf si le prochain président de la République en souhaite une nouvelle). En dépit de tous ces crédits, les formats des armées, fixés par le Livre blanc de 2013, ne changent pas : 225 Rafale, dont 185 pour l'armée de l'air, 15 frégates de premier rang, un porte-avions, trois porte-hélicoptères, six sous-marins nucléaires d'attaque (Barracuda), 200 chars Leclerc, 67 hélicoptères d'attaque Tigre. C'était pourtant un autre monde, celui de la mondialisation heureuse et d'un certain déni déjà malgré les crises et les tensions qui commençaient à surgir sur l'ensemble de la planète, et la montée des États puissances de plus en plus désinhibés.
Selon le projet de loi, l'armée de l'air et la marine continueront à faire voler intensément leur aviation de chasse qui reste encalminée à 225 Rafale (185 pour l'armée de l'air et 40 pour la Marine) ; la marine multipliera les missions avec seulement 15 frégates de premier rang (8 FREMM, 5 FDI et 2 Horizon), six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) et trois porte-hélicoptères, enfin, l'armée de terre devra toujours se contenter de 200 chars Leclerc rénovés (2035), de 67 hélicoptères d'attaque Tigre, dont 14 modernisés... En dépit de sa technicité et de ses savoir-faire, l'armée française reste encore un tigre de papier en cas de conflit de haute intensité, qui consomme beaucoup de matériels (attrition).
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Pourtant, en février 2025 dans « Le Parisien », Sébastien Lecornu avait estimé que la Marine nationale pourrait disposer de 18 frégates de premier rang contre 15 actuellement, afin de « tenir plusieurs espaces maritimes en même temps, de la mer Rouge à l'Indopacifique en passant par la Baltique et la Méditerranée ». « Pour l'armée de l'Air et de l'Espace, les scénarios de crise montrent que 20 à 30 Rafale en plus nous permettraient de tenir plus solidement sur des théâtres multiples », avait également précisé. « Pour l'armée de Terre, nous devons accélérer sur les drones et la guerre électronique », avait par ailleurs assuré le ministre.
Selon le projet de loi, l’actualisation de la LPM va permettre « d'accélérer le mouvement de modernisation de nos capacités et l'aptitude de notre modèle capacitaire à un engagement de haute intensité de nos armées ». Sur le plan budgétaire, ces « surmarches » permettent d'atteindre un effort de défense de 2,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2030. Avec cet effort supplémentaire de réarmement, le budget des armées aura doublé entre 2017 et 2027, passant de 32 milliards à près de 64 milliards.
Sur les 36 milliards, le Premier ministre Sébastien Lecornu souhaite investir 8,5 milliards d’euros supplémentaires entre 2026 et 2030 dans des commandes de munitions en toute genre : des munitions téléopérées aux missiles de croisières , en passant par des Exocet, des obus de 155 mm et des missiles anti-char. Entre 2024 et 2030, les parcs des différentes munitions vont significativement croître : + 400% pour les munitions téléopérées, + 240% pour la bombe guidé AASM (Safran), + 230% pour les torpilles MU90 (Naval Group et Leonardo) et F21 (Naval Group), +190% pour les obus de 155 mm (KNDS France), + 100% pour les missile mer-mer Exocet (MBDA), +85% pour les missiles Scalp et MdCN (MBDA)... L'augmentation des livraisons du munitions se poursuivra sur la période 2031-2035.
Parmi les nouvelles dépenses, l'armée de l'air disposera d'une flotte de six avions de transport tactique A400M supplémentaires ainsi que deux Mirage 2000D rénovés en plus (50 au total). La livraison des systèmes de défense aérienne de nouvelle génération SAMP/T NG (MBDA/Thales) sera accélérée (dix systèmes au lieu de huit en 2030) tout comme l'arrivée du premier Global Eye, le nouvel avion de surveillance et de contrôle aérien (Saab), qui sera mis en service avant 2030. Après l'échec des négociations sur une participation des Émirats arabes unis au Rafale F5 (3,5 milliards d'euros), la France financera intégralement dans la LPM les développements du futur standard de l'avion de combat (Dassault Aviation). Par ailleurs, la France abandonne le programme franco-allemand Eurodrone (drone MALE). « Le besoin militaire de la capacité MALE de théâtre a été réorienté pour saisir l'opportunité liée à l'émergence d'une filière de drones de théâtre souverains de moindre coût, le MALE UE se révélant aujourd'hui moins adapté à la haute intensité », précise le projet de loi.
Dans la Marine, le ministère veut accélérer avant 2030 la livraison de trois Albatros supplémentaires, un avion de surveillance et d'intervention (Dassault Aviation) tout en retirant du service trois Falcon 50 (sur quatre). Pour défendre ses frégates, la marine va les doter de 18 systèmes de défense aérienne de très courte portée de type SIMBAD RC (MBDA) supplémentaires (26 au total à l'horizon de 2030) ainsi que de dix systèmes de lutte anti-drones supplémentaires (au moins 30 à l'horizon 2030). La marine va également significativement renforcer ses capacités en matière de drones : surveillance (AUV) et intervention (ROV) dans les fonds marins, hydro-océanographie, intégration de drones navals et aériens aux unités navales à la mer et à terre pour l'acquisition de renseignement et l'intervention (1 système de drone aérien par frégate ou BRF; drones de surface sur frégates; drones sous-marins; drones de surface dans les approches).
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Enfin, le ministère va passer plusieurs commandes supplémentaires pour l'armée de terre pour être livrées avant 2030 : 300 poids lourds logistiques de nouvelle génération (au total 2400 camions), 50 canons anti-aériens Proteus, dopés à l'IA, 11 canons d'artillerie Caesar (120 exemplaires au total), jusqu'à 13 lance-roquettes unitaire (LRU). « L'accélération des livraisons des Serval de lutte anti-drone (LAD), de guerre électronique (GE) et de défense sol-air de très courte portée, comme la mise en place d'une capacité LAD intérimaire issue du projet innovant Proteus, permettront de renforcer la protection des forces déployées. Cet effort a notamment été permis par l'aménagement, au cours des deux premières années de la LPM, des livraisons Serval infanterie et par le décalage du VBAE dont le concept d'emploi es repensé dans le contexte d'une dronisation accrue des missions de reconnaissance », explique le projet de loi.