La Commission européenne saisira-t-elle l'opportunité de créer un champion européen dans le spatial ? Ce serait un changement de dogme pour Bruxelles et un succès pour une filière d'excellence en Europe, aujourd'hui en crise.« Je n'exclus pas qu'on se retrouve à un moment donné avec l'administration bruxelloise qui dit : 'j'applique la loi'. Et là, ce sera à nouveau l'échec » comme lors d'une précédente tentative il y a environ huit ans, expliquait à La Tribune il y a quelques semaines un proche des discussions portant sur la fusion des activités spatiales des trois poids lourds européens (Airbus, Leonardo et Thales). La Commission européenne a effectivement le pouvoir d'empêcher les concentrations d'entreprises afin d'éviter qu'elles n'aboutissent à des abus de position dominante au détriment des consommateurs et des concurrents.
L'opération de concentration de leurs activités spatiales lancée par les trois groupes (hors lanceurs) qui devrait être dans les mains de la Commission européenne d'ici à la fin de cette année, va faire l'objet d'un examen poussé par Bruxelles. « Si nous ne créons pas des géants en Europe, nous n'en aurons tout simplement pas. Il y a des secteurs où l'Europe a raté la possibilité d'accompagner la création de ces géants. Là, nous sommes en plus dans un domaine de souveraineté », souligne cette source proche des discussions.
Des garanties à consolider
Pour autant, les trois groupes ont semble-t-il obtenu quelques garanties de la part de la Commission européenne après un dialogue nourri tout au long de ces derniers mois. « Chacun comprend aujourd'hui que la donne géopolitique a changé », avait sobrement expliqué le PDG de Thales, Patrice Caine, dans une interview accordée en juin à La Tribune. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils ont pris le risque de lancer officiellement le top départ de ce projet, qui bénéficie d'un capital sympathie dans un domaine hyper stratégique pour l'Europe.
« Nous avons en quelque sorte un avis favorable mais nous n'avons pas encore de tampon officiel de la Commission européenne », rappelait un proche des discussions. Cette opération est dans la droite ligne du rapport Draghi remis en 2024 à Ursula von der Leyen. Il préconise de faciliter les fusions des entreprises européennes pour avoir la taille critique pour investir dans de nouvelles technologies.