Le très joli coup commercial d'Arianespace qui embarque la start-up Katalyst à bord d'Ariane 6

Décollage d'une Ariane 6 depuis Kourou.
P PIRON - © ESA-CNES-ARIANESPACE-ArianeGroup / Optique vidéo du CSG - P PIRON

Décollage d'une Ariane 6 depuis Kourou.
P PIRON - © ESA-CNES-ARIANESPACE-ArianeGroup / Optique vidéo du CSG - P PIRON
C'est un sacré coup commercial qu'a réussi Arianespace. La filiale d'ArianeGroup a signé un contrat avec la société américaine Katalyst Space Technologies pour lancer avec une Ariane 6 depuis le Centre spatial guyanais (CSG) à Kourou le satellite Nexus-1 vers une orbite géostationnaire. Le vol est prévu au second semestre 2027. Créée en 2019, Katalyst Space Technologies est la startup en vogue, qui va capter toutes les attentions cette année. Ariane 6, Le lanceur lourd européen est « capable d’accomplir les missions les plus complexes et innovantes en orbite, à l’instar de celle de Nexus-1 de Katalyst », a fait observer David Cavaillolès, qui est cité dans le communiqué publié lundi.
Pourquoi ? Choisie par la Nasa, elle a pour objectif de sauver le téléscope spatial Swift d'une valeur de 500 millions de dollars dans le cadre de la mission « Swift Rescue ». Une mission financée par l’agence américaine et évaluée à 30 millions de dollars. Sans intervention, l’orbite du télescope va continuer à se dégrader et la Nasa estime que Swift pourrait se désintégrer d'une façon incontrôlée en rentrant dans l’atmosphère d’ici à la fin de 2026.
A l'image de la mission pour Swift, Katalyst Space Technologies veut déployer des satellites qui dépannent les satellites en orbite en difficulté. Nexus-1 sera lui aussi capable d’effectuer des manœuvres de rendez-vous et d’arrimage avec d’autre satellites pour améliorer leurs performances, les ravitailler et prolonger leur durée de vie opérationnelle. Nexus-1 réalisera sa première mission au profit du gouvernement des Etats-Unis, avant d’en effectuer d’autres pour des opérateurs de satellites commerciaux. Pour les constructeurs de satellites, ce n'est pas vraiment une bonne nouvelle tandis que, pour les opérateurs, cette nouvelle révolution pourrait redonner un peu le sourire après des années de pressions sur leur « business model ».
A travers cette mission, Katalyst Space Technologies entend renforcer la place des services en orbite (In-Orbit Services - IOS) dans les opérations satellitaires. Sa technologie permettra aux opérateurs d’améliorer leurs satellites après leur mise en orbite, de les doter de nouvelles capacités et de valoriser leurs actifs en orbite dans la durée. « Confier notre satellite à Ariane 6 est la garantie d’offrir aux opérateurs de satellites les moyens d’adapter, optimiser et prolonger leurs flottes en orbite, comme jamais auparavant. Nous nous réjouissons de la perspective de collaborer avec Arianespace dans le cadre de cette mission clé, qui dotera nos partenaires gouvernementaux et commerciaux de nouvelles capacités », a expliqué Ghonhee Lee, le CEO de Katalyst Space Technologie, cité également dans le communiqué.
En réalisant avec succès ses six premières missions, Ariane 6 se veut être le fer de lance du transport spatial lourd en Europe. Ce qui est une très bonne nouvelle pour la France et pour l'Europe. Le dernier lancement (12 février) d'Ariane 6 dans sa version lourde (Ariane 64), qui a mis 32 satellites en orbite pour le compte d'Amazon Leo, a été scruté par de nombreux opérateurs. « Les clients du monde entier ont suivi avec beaucoup d'intérêt ce lancement. Et on a des retours très positifs », a expliqué vendredi David Cavaillolès dans Air&Defense, l'émission en partenariat entre BFM Business et La Tribune. La négociation du contrat avec Katalyst Space Technologies a dû s'accélérer dans les derniers jours.
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Pour Arianespace, ce contrat s'inscrit dans son « business model » comme l'a souligné David Cavaillolès : « on s'est mis en mesure d'avoir deux tiers de notre carnet de commandes à l'export. Mais si on n'a pas un marché interne qui est profond, qui est solide, on ne pourra pas durablement rayonner en dehors d'Europe ». Il a regretté la frilosité de l'Europe à confier à Ariane 6 des lancements institutionnels et militaires. « Dans les prochaines années, on a moins de trois missions institutionnelles par an. C'est peu, c'est trop peu, c'est moins que ce qui avait été discuté quand le programme Ariane 6 a été engagé. Une remise à l'équilibre du rapport entre institutionnel et commercial sera bien venue ». En début d'année, le président exécutif d'ArianeGroup Martin Sion avait pour sa part indiqué qu'Arianespace a « de nombreux créneaux disponibles » à partir du second semestre 2028, puis en 2029 et 2030. Ariane 6 pourra lancer dix fois par an en vitesse de croisière dans cette organisation industrielle. Peut-être dès 2027.
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La date du prochain lancement, qui sera une nouvelle fois dédié à la constellation d'Amazon (32 nouveaux satellites), va être annoncée dans les prochains jours. Alors qu'on arrive à la fin du premier trimestre, Arianespace vise toujours sept et huit lancements cette année. En les faisant, « on va prouver une nouvelle fois que notre schéma industriel est puissant », a assuré David Cavaillolès. Dans les mois qui viennent, le président exécutif d'Arianespace compte d'ailleurs faire évoluer « progressivement » Ariane 6 « pour la rendre de plus en plus performante et donc pouvoir avoir à bord de plus en plus de satellites ». Dès cette année, il a indiqué qu'Arianespace allait introduire « une version évoluée de cette fameuse Ariane 64 avec des boosters plus longs. Ça permet de gagner en performance et de gagner en puissance. Pour une même fusée, vous pouvez embarquer plus de satellites et cela veut dire que le prix par kilo va diminuer ».