Transmission d’entreprise : 370 000 TPE-PME cherchent repreneurs dans un marché trois fois trop lent
latribune.fr
Les freins à la transmission des 370 000 TPE-PME sont doubles, selon Bpifrance Le Lab. Pour le cédant, l'obstacle est souvent psychologique (le « deuil ») et le manque de préparation. Pour le repreneur, le blocage principal est le financement, cité par...
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Quatre dirigeants de TPE-PME-ETI sur dix projettent de céder leur société d’ici à 2030, soit un potentiel de 370 000 entreprises… et 3 millions d’emplois. Mais le marché actuel est trois fois trop lent, bloqué par des freins psychologiques et un manque cruel de financement pour les repreneurs, alerte Bpifrance Le Lab.
Le volume des entreprises françaises en quête d’un nouvel actionnaire d’ici à 2030 met sous forte tension un écosystème qui peine déjà à sécuriser les transactions. C’est l’avertissement majeur lancé par Bpifrance Le Lab dans son étude publiée en partenariat avec CCI France, CMA France et le CRA, fruit de plus de 5 000 réponses de chefs d’entreprise et d’une cinquantaine d’entretiens d’experts.
370 000 TPE, PME et ETI sont concernées par un changement de main au cours des cinq prochaines années. Ce potentiel est près de trois fois supérieur au volume réel des opérations observées actuellement. La dynamique actuelle, si elle est maintenue, n’aboutirait qu’à la transmission de 130 000 TPE-PME-ETI sur la période, laissant potentiellement une large part des entreprises et les quelque 3 millions d’emplois concernés dans l’incertitude.
Tous secteurs confondus, 40 % des dirigeants prévoient de transmettre leur entreprise d’ici à 2030, auxquels s’ajoutent 11 % qui le projettent à plus long terme. Le secteur du tourisme se montre le plus dynamique, avec 54 % des intentions exprimées à horizon 5 ans.
Cette volonté se fragmente toutefois avec la taille de la structure. 40 % des TPE (1 à 9 salariés) comptent transmettre, mais cette proportion décroît à 36 % chez les PME (10 à 249 salariés) et s’effondre à seulement 23 % chez les ETI (hors multinationales à tête de groupe étrangère).
Le décompte précis des 370 000 structures concernées ventile 310 000 TPE, 58 000 PME et 1 200 ETI. Cette réalité imminente se heurte à la paralysie du marché. L’écart est un signal d’alarme : 80 % des dirigeants indiquent qu’ils préféreront rester plus longtemps aux commandes s’ils n’atteignent pas l’horizon de transmission fixé. Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que 28 % des dirigeants n’ont pas encore entamé la phase de réflexion sur leur propre transmission.
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Procrastination et « deuil » du dirigeant cédant
L’obstacle principal à la concrétisation des projets est souvent chez le dirigeant lui-même. L’intention déclarée ne vaut ni volonté réelle ni transmission effective. L’étude met en lumière l’impact des barrières psychologiques qui freinent le passage à l’action, des experts évoquant même la nécessité d’un accompagnement au « deuil » pour certains cédants.
Au-delà de la dimension psychologique, la préparation se révèle largement insuffisante. Pour les transmissions prévues à plus d’un an, 70 % des dirigeants se trouvent encore au tout début du processus : phase de réflexion, collecte d’information, voire absence totale de préparation. Cette impréparation se prolonge sur la période post-transmission : la moitié des dirigeants n’a pas défini de projet spécifique pour leur « vie d’après ». Ce manque de projection renforce la facilité avec laquelle ils peuvent choisir de prolonger leur mandat.
Le manque de repreneurs et le prix de rachat insuffisant constituent les freins les plus tangibles. Même si 40 % des cédants potentiels ne déclarent aucun obstacle significatif, trouver le bon successeur s’avère un défi. L’absence de repreneurs et la réception d’offres jugées trop faibles sont citées respectivement par 19 % et 18 % des cédants potentiels, devançant la complexité des démarches administratives (14 %). Le cédant est prioritairement soucieux de garantir la pérennité de l’entreprise et de préserver les emplois, des critères qui l’emportent sur l’aspect financier. La relation de confiance et l’alignement sur les valeurs du repreneur sont d’ailleurs des clés essentielles du succès.
Le parcours du combattant du repreneur
Pour une majorité de repreneurs, le processus s’apparente à un parcours du combattant. 60 % des repreneurs ont rencontré des obstacles significatifs pour finaliser leur projet.
Le financement est le principal point de blocage. La difficulté à réunir les fonds nécessaires est citée par 30 % des repreneurs, s’imposant comme l’obstacle numéro un. Le défi est particulièrement criant pour les repreneurs ex-salariés, parmi lesquels 44 % citent le financement comme la principale difficulté.
Les problèmes ne s’arrêtent pas à la signature de l’acte. Dans les mois qui suivent la reprise, la moitié des nouveaux dirigeants déclarent des difficultés, principalement liées à la gestion des ressources humaines (citée par 25 % des repreneurs). Les repreneurs externes, confrontés à une asymétrie d’information plus marquée que les repreneurs internes, subissent plus souvent des « mauvaises surprises » post-acquisition.
Le risque d’asphyxie par un prix d’achat trop élevé
Le prix d’acquisition est un facteur déterminant pour la santé future de la société. Le rachat « au juste prix » est primordial pour éviter une charge financière trop lourde qui entraverait le développement post-reprise. Environ un tiers des repreneurs ont été contraints de reporter ou de diminuer les investissements nécessaires au bon développement de l’entreprise en raison des charges financières liées à l’emprunt. Un quart des repreneurs (26 %) estime a posteriori le prix d’achat trop élevé.
Malgré ces contraintes, la grande majorité des reprises sont un succès. 70 % des repreneurs déclarent avoir atteint leurs objectifs initiaux (dont 22 % totalement). Ce taux de réussite monte à 79 % chez les repreneurs ex-salariés. La disponibilité et la présence du cédant post-reprise se confirment comme un facteur clé, augmentant significativement les chances pour le repreneur d’atteindre les prévisions d’activité et de développement fixées.
L’opacité du marché face aux nouveaux profils
La difficulté à trouver le bon repreneur et à trouver la bonne entreprise à reprendre s’explique par le manque de transparence du marché, que les experts interrogés jugent trop souvent dépendant du bouche-à-oreille. 23 % des cédants potentiels (hors transmission à un associé ou un membre de la famille) perçoivent l’absence d’offre comme un obstacle majeur. Côté acheteurs, 22 % des repreneurs externes rencontrent des difficultés pour trouver l’entreprise à reprendre.
Les plateformes d’annonces apportent une solution à ce manque d’appariement. Elles garantissent au repreneur d’entrer en contact avec un cédant réellement prêt à transmettre, tout en lui permettant de bénéficier de l’accompagnement d’un intermédiaire compétent. Pour le cédant, ces plateformes offrent l’opportunité de mettre en concurrence les propositions des futurs repreneurs, sans compromettre la confidentialité de l’entreprise.
Enfin, la transmission n’est plus uniquement synonyme de départ à la retraite, même si 64 % des intentions y sont liées. La majorité des transmissions observées sont entreprises par des dirigeants de moins de 60 ans. Un nouveau profil de cédant émerge : plus jeune (souvent moins de 50 ans) qui cherche à transmettre en raison d’une charge de travail ou psychologique trop lourde, ou par simple volonté de « changer d’air » tout en poursuivant une activité entrepreneuriale par la suite. Ce cédant dispose généralement d’un projet post-transmission déjà bien défini.