Reconnu pour son sens du dialogue social, Jean-Pierre Farandou quitte la SNCF pour devenir ministre du Travail et des Solidarités.
Jean-Pierre Farandou, reconnu pour son sens du dialogue social durant ses six années à la tête de la SNCF, a été nommé dimanche ministre du Travail et des Solidarités dans le second gouvernement de Sébastien Lecornu. Celui qui est encore officiellement président du groupe ferroviaire public rejoint ainsi un exécutif reconduit à Matignon après plusieurs jours de tractations politiques.
Sa nomination intervient dans un contexte marqué par les discussions autour d’une possible suspension de la réforme des retraites de 2023, une demande portée par la gauche et qui divise la majorité. Cette hypothèse a suscité l’hostilité d’une partie de la droite, mais pourrait constituer l’un des compromis nécessaires pour éviter une motion de censure.
Un « infatigable du dialogue social »
À 67 ans, cet ingénieur des Mines, fils d’institutrice et issu de la « culture cheminote », s’est bâti une réputation d’équilibriste social. « Je suis un infatigable du dialogue social », aime-t-il rappeler. Une approche saluée jusque dans les rangs syndicaux : « Farandou c’est un cheminot, donc on a un langage commun », confiait fin 2024 Fabien Villedieu, délégué Sud-Rail, pourtant souvent en opposition avec lui.
Thierry Nier, de la CGT-Cheminots, abondait : « On peut lui reconnaître une capacité à écouter », avant de nuancer : « Mais ça ne fait pas l’alpha et l’oméga. Il nous a écouté sur le fret et on a quand même eu la liquidation de Fret SNCF », rappelait-il, en référence à la procédure pour aides illégales imposée par Bruxelles.
De la réforme ferroviaire à la tempête sociale
Arrivé à la présidence de la SNCF en novembre 2019, Jean-Pierre Farandou hérite de la lourde tâche de mettre en œuvre la réforme ferroviaire de 2018, transformant l’entreprise publique en société anonyme à capitaux publics. L’objectif : préparer l’ouverture à la concurrence tout en maîtrisant la dette. Son mandat débute dans la tourmente : un mois après sa nomination, la SNCF est frappée par l’un des plus longs mouvements sociaux de son histoire contre la première réforme des retraites d’Emmanuel Macron, finalement abandonnée pendant la crise du Covid-19.
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Quelques mois plus tard, la pandémie plonge le groupe dans une crise inédite : trafic quasi à l’arrêt, trains sanitaires, pertes abyssales. Malgré la tempête, la SNCF retrouve des couleurs dès 2021 et affiche en 2022 un bénéfice record de 2,4 milliards d’euros.
Des compromis sous tension
En 2024, Farandou démontre à nouveau sa capacité de négociation. Pour éviter qu’un mouvement social ne perturbe les Jeux de Paris, il signe un accord sur la fin de carrière des cheminots, provoquant la colère d’une partie de la droite et du gouvernement Attal. Certains y voient « un contournement de la réforme des retraites », accusation qu’il réfute fermement.
Une succession en suspens
Le mandat de Jean-Pierre Farandou devait s’achever mi-2024, avant d’être prolongé jusqu’à la fin des Jeux olympiques, puis au-delà, faute de successeur désigné. Sa nomination rue de Grenelle pourrait enfin débloquer la situation : l’ancien Premier ministre et actuel PDG de la RATP, Jean Castex, a été pressenti par l’Élysée pour lui succéder.
Affable et discret, Jean-Pierre Farandou laisse derrière lui une SNCF redressée mais toujours confrontée à des défis structurels : maîtrise de la dette, concurrence des opérateurs privés et modernisation du réseau. Autant de dossiers qui devraient désormais nourrir sa réflexion au ministère du Travail, où l’attendent des négociations sociales d’une autre ampleur.