Le Capitole des États-Unis, dissimulé derrière des sacs de sable de chantier sur le National Mall, lors de la fermeture partielle et continue du gouvernement fédéral à Washington, le 8 octobre 2025.
DÉCRYPTAGE. Fin janvier, les élus du Sénat et de la Chambre des représentants doivent se mettre d'accord sur un nouveau texte budgétaire. Après le dernier « shutdown », le plus long de l'histoire des États-Unis, les démocrates hésitent à provoquer une nouvelle paralysie budgétaire.
L'année 2026 vient à peine commencer que l'ombre d'un nouveau « shutdown » vient déjà planer au-dessus de l'administration américaine. Mais chez les élus démocrates du Sénat, l'idée d'utiliser le blocage budgétaire comme moyen de pression contre la politique de Donald Trump, la frilosité gagne du terrain.
Pour rappel, entre le 1er octobre et le 12 novembre, une grande partie d'entre eux avaient provoqué un blocage budgétaire, le plus long de l'histoire des États-Unis, avec un record de 43 jours de paralysie des services publics. Cette fois-là, l'objectif de la manœuvre était de contraindre les sénateurs républicains à voter le financement d'une couverture renforcée de l'assurance santé publique « Affordable Care Act ». Objectif non atteint, même si les Démocrates ont obtenu qu'un vote séparé ait lieu ultérieurement sur ce volet.
Aujourd'hui, le potentiel de blocage reste le même en raison de la configuration inchangée du Sénat : les républicains détiennent une majorité de 53 sièges contre 47 au Sénat, mais ont besoin de 60 voix pour faire adopter la plupart des textes législatifs. Et, selon le système américain, il reste neuf des douze lois de finances annuelles à voter, la prochaine échéance étant le 31 janvier 2026.
Un coût social du « shutdown » trop lourd…
Mais selon le Wall Street Journal, « de nombreux membres du parti Démocrate ont déclaré qu'ils étaient mal à l'aise à l'idée de déclencher une paralysie des services publics fin janvier ». La raison évoquée par plusieurs élus de ce bord : le coût social trop élevé d'un tel blocage.
Le quotidien financier américain rappelle les mots de la sénatrice démocrate du Nevada Jacky Rosen, qui pour justifier sa voix en faveur de la fin du dernier « shutdown », avait évoqué « une douleur et une souffrance inimaginables pour les travailleurs ». Elle faisait référence à la perte de l'aide alimentaire et à la paralysie du trafic aérien dans son État, dépendant du tourisme.
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« Profondément affectée » par le suicide d'une travailleuse précaire, en congé forcé à cause du blocage, la sénatrice avait aussi rappelé que les actions des élus « ont des conséquences concrètes pour les gens ».
...Mais aussi un coût économique notable
L'autre facteur faisant réfléchir les élus démocrates est sans surprise le coût économique du dernier « shutdown ». S'il n'a pas provoqué de crise économique dans le pays, et que la plupart des experts estiment qu'il est rattrapable, la facture n'est pas non plus neutre.
Selon le Congressional Budget Office (CBO), l’impact économique total a été cette fois-ci estimé à près de 14 milliards de dollars de produit intérieur brut. Et ce, même après la reprise de l’activité. Autre chiffre illustrant ce coût : la croissance du PIB américain au 4ᵉ trimestre 2025 aurait été réduite d’environ 1 à 2 % par rapport à ce qu’elle aurait été sans ce « shutdown ».
En outre, la paralysie budgétaire a provoqué des perturbations dans des secteurs économiques clés comme l'aviation, très dynamique aux États-Unis, mais aussi la publication de certaines statistiques nécessaires au bon pilotage monétaire et financier du pays (chômage, indice des prix, commerce extérieur, PIB du troisième trimestre, production industrielle, etc).
Le « shutdown » reste efficace pour contrer Trump
Malgré tout, nuance le Wall Street Journal, certains élus démocrates « restent frustrés par les républicains et perçoivent les projets de loi de finances comme une forme efficace de protestation ». D'autant que Donald Trump, qui possède
le pouvoir présidentiel de bloquer un budget adopté par le Congrès (Sénat et Chambre des représentants ensemble), continue de torpiller certains textes législatifs poussés par les démocrates.
Dernier épisode en date évoqué par le WSJ : le chef du budget de la Maison Blanche a annoncé son intention de démanteler le Centre national de recherche atmosphérique, un chef de file dans la recherche sur le climat et la météo. Les deux sénateurs démocrates du Colorado, État où se situe le site, ont réagi en bloquant le projet de loi de finances en cours, replongeant ainsi le processus budgétaire dans la tourmente. Représailles rapides de Donald Trump qui a mis son veto à une loi relative à un projet d'approvisionnement en eau du Colorado.
Mais malgré ce vacarme, les commissions des crédits de la Chambre et du Sénat se sont mises d'accord sur la budgétisation des ministères de l'Intérieur, de l'Énergie, du Commerce et de la Justice, avec une adoption possible par la Chambre des représentants cette semaine. Un pas positif qui n'élimine pas non plus le suspense sur les prochaines échéances.