Conflit au Moyen-Orient : une facture de 40 à 80 milliards d'euros pour l’économie allemande
latribune.fr
Les économistes de l'institut IW ont simulé plusieurs scénarios de hausse du prix du brut afin d'évaluer les conséquences possibles pour la première économie européenne.
L’institut IW alerte : une hausse des prix du pétrole et du gaz liée pourrait peser lourdement sur la conjoncture allemande au cours des deux années qui viennent.
La montée des tensions au Moyen-Orient pourrait peser lourdement sur la conjoncture allemande. Selon une étude publiée ce jeudi par l’Institut économique allemand IW, un choc durable sur les prix du pétrole lié au conflit entre l’Iran et les États-Unis et Israël pourrait avoir des impacts profonds. L'IW estime que la situation au Moyen-Orient pourrait coûter jusqu’à 40 milliards d’euros à l’économie allemande au cours des deux prochaines années.
Les économistes de l’institut ont simulé plusieurs scénarios de hausse du prix du brut afin d’évaluer les conséquences pour la première économie européenne. Dans leur scénario central, le baril de Brent grimperait à 100 dollars à partir du printemps 2026. Une telle évolution pèserait directement sur l’activité.
« Une hausse du prix du pétrole à 100 dollars américains par baril de Brent serait associée à des coûts pour l’économie allemande de 0,3 % du produit intérieur brut en 2026 et de 0,6 % en 2027 », écrivent les auteurs. « Au total, cela représenterait une perte de production économique d’environ 40 milliards d’euros sur deux ans »
Une économie toujours dépendante de l’énergie fossile
Même si la dépendance pétrolière de l’économie allemande a diminué au fil des décennies, l’énergie fossile reste au cœur du système productif outre-Rhin. L’étude rappelle que l’Allemagne représente encore environ 2 % de la consommation mondiale de pétrole et que les ménages consacrent près de 4 % de leur budget de consommation aux carburants et au fioul domestique.
Les hydrocarbures interviennent dans la production de nombreux biens industriels et de consommation, des plastiques aux cosmétiques en passant par les pneus automobiles. « Le pétrole et le gaz naturel jouent aussi un rôle important comme matières premières dans l’industrie chimique et sont utilisés pour fabriquer une multitude de biens de consommation et d’investissement », soulignent les chercheurs. La hausse des prix de l’énergie se transmettrait donc rapidement aux entreprises et aux ménages, alimentant l’inflation et pesant sur la demande intérieure.
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Le diesel en première ligne
Les premiers effets se font d'ailleurs déjà sentir sur les marchés pétroliers. Depuis le déclenchement du conflit, le prix du diesel — carburant essentiel pour le transport de marchandises — a connu une forte volatilité. Sur la place de Londres, le prix du litre de diesel a bondi d’environ 27 centimes depuis la fin février, bien davantage que celui de l’essence. Cette tension s’explique en partie par les déséquilibres persistants sur le marché mondial du diesel depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui était auparavant l’un des principaux exportateurs.
Pour l’Allemagne, puissance exportatrice fortement intégrée aux chaînes logistiques internationales, une hausse durable des coûts de transport pourrait accentuer les pressions inflationnistes et freiner la reprise économique.
Un impact qui pourrait doubler
Dans un scénario plus extrême, où le baril atteindrait 150 dollars, le choc serait nettement plus violent. « Si le prix du pétrole montait à 150 dollars américains par baril, les coûts pour l’économie allemande s’élèveraient à 0,5 % du PIB en 2026 et à 1,3 % en 2027 », indique l’étude. « En valeurs absolues, cela correspondrait à une perte de production économique réelle de plus de 80 milliards d’euros en deux ans. »
Au-delà du pétrole, les chercheurs mettent en garde contre un possible effet domino sur le gaz naturel liquéfié. Le Moyen-Orient représente plus d’un quart de la production mondiale de GNL, et une perturbation des flux pourrait se répercuter sur les prix de l’énergie en Europe.
Alors que les stocks de gaz restent relativement bas à la fin de la saison de chauffage et que l’Allemagne doit déjà reconstituer ses réserves pour l’hiver prochain, un nouveau choc énergétique pourrait ralentir la reprise attendue en 2026. Dans ce contexte, concluent les économistes de l’IW, l’évolution du conflit au Moyen-Orient pourrait devenir l’un des principaux facteurs de risque pour la conjoncture allemande dans les deux années à venir.