La signature de l’accord commercial de libre-échange entre l’Union Européenne et le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, la Bolivie et le Paraguay en discussion depuis vingt-cinq ans, n’a pas fini de faire débat. Après la forte mobilisation des agriculteurs contre ce qu’ils dénoncent comme étant de la concurrence déloyale - on se souvient de ces images de tracteurs dans les rues de Paris en janvier dernier, Emmanuel Macron avait finalement annoncé que la France voterait « contre » la signature de l’accord. Un refus dans le vent puisque la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé en plein Salon de l’Agriculture le 27 février dernier l’application à titre « provisoire » de l’accord, avant même sa ratification complète.
De quoi raviver la colère des agriculteurs français. Tous sauf les viticulteurs qui, eux, pourraient bien tirer leur épingle du jeu dans cette refonte du paysage commercial. « C’est le plus gênant dans ce dilemme, le bonheur des uns fait le malheur des autres », admet Éric Pastorino, président du Comité Interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP) qui ne se ment pas à lui-même : « le Mercosur est, pour la viticulture, une opportunité ».
Car la suppression des droits de douane, auparavant compris entre 25% et 30%, pour les importateurs, ouvrent ou accélèrent les perspectives de nouveaux marchés d’exportation vers ces pays sud-américains. « On y pensait déjà avant mais le contexte améliore la donne pour conclure », admet Pierre Gattaz, propriétaire du château de Sannes, dans le Luberon. Si l’Argentine et le Chili ne sont pas prioritaires - « leur économie est fragile et ils sont eux-mêmes producteurs de vins », les producteurs français regardent davantage le Mexique et le Brésil. « Dans le contexte de crise viticole, nous sommes tous pour l’export et l’émergence de nouveaux pays importateurs. Le Mexique est un pays très touristique, avec une forte fréquentation de la clientèle américaine, très friande des rosés et vins de Provence. Pour eux, c’est un pays qui est proche et pas cher », analyse Éric Pastorino. Les Etats-Unis qui exercent une forte influence sur l’Amérique du Sud quant aux phénomènes de mode et de consommation. Quant au Brésil, le climat ensoleillé et festif est propice à la consommation de rosé : « Il y a une réelle ressemblance dans l’état d’esprit entre le Brésil - surtout la partie Sud du pays, qui concentre les populations aisées, NDLR - et le Sud de la France avec l’importance de l’art de vivre, d’ailleurs les classes aisées brésiliennes viennent beaucoup à Saint-Tropez en vacances », poursuit-il.