Troisième année de baisse pour les exportations françaises de vins et spiritueux
Jordi Lafon-Lacaze

La FEVS a tenu sa conférence de presse annuelle ce 10 février, en marge du salon Wine Paris.
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Jordi Lafon-Lacaze

La FEVS a tenu sa conférence de presse annuelle ce 10 février, en marge du salon Wine Paris.
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« Nous étions ici il y a un an, présents au même endroit. J’ai l’impression que c’était il y a une éternité. » Gabriel Picard, le président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France (FEVS), se présente à la fois éprouvé et déterminé à l’occasion de la conférence de presse annuelle de la FEVS, dans le cadre du salon Wine Paris, qui se tient du 9 au 11 février, porte de Versailles. Pour la troisième année consécutive, la filière accuse un repli des exportations qui s’élèvent à 14,3 milliards en 2025, soit -8 % par rapport à 2024.
Malgré de fortes turbulences, « tout le monde est sur le pont, personne ne baisse les bras », affirme Gabriel Picard, par ailleurs dirigeant de la maison éponyme, basée en Bourgogne. Les vins sont en recul de 4,1 % et les spiritueux de 17,4 % en valeur, ce qui les fait retomber au niveau de 2018. Un chiffre plus spectaculaire que celui des volumes qui accuse une baisse de 2,8 % pour les vins et de 5,2 % pour les spiritueux, par rapport à 2024. La baisse en volume est elle constante depuis 2011, tandis que la chute de valeur se veut plus conjoncturelle, liée à la succession entre épisodes d'inflation et de dévaluation volontaire des prix pour relancer la consommation. Par ailleurs, les alcools vieillis - donc les plus chers - sont les plus impactés.
Les causes identifiées sont les tensions géopolitiques ainsi qu’un manque de stabilité en France « qui ne facilite pas les affaires » selon Gabriel Picard, qui observe « un monde qui se replie et donc réinstaure des barrières tarifaires ». Les plus significatives étant celles mises en place par les États-Unis à hauteur de 15 %. Le Président de la FEVS insiste également sur le taux de change entre le dollar et l’euro qui s’élève lui aussi autour des 15 %, un « élément majeur » moins souvent évoqué, mais tout aussi responsable du renchérissement des produits français outre-Atlantique. Témoin du double tour-de-vis étasunien et chinois, le cognac, premier spiritueux AOC européen, plonge comme jamais.
Malgré cette baisse, les exportations de la filière représentent un montant de 14,3 milliards d’euros pour 168,1 millions de caisses, ce qui en fait le troisième excédent commercial français derrière l’aéronautique et les parfums et cosmétiques. Gabriel Picard rappelle que « les excédents commerciaux restent rares dans notre pays, il nous faut donc les chérir et ne jamais les tenir pour acquis. »
Ces exportations sont accueillis à 28 % par des pays de l’Union européenne (UE), le reste par des pays tiers, signe de la capacité de la filière à toucher le monde entier. Quant à la baisse, elle s’explique quasiment en intégralité par les échanges avec le marché chinois (compris Hong Kong et Singapour) et le marché américain. Pour les États-Unis, il est utile de distinguer les deux semestres 2025, le premier étant marqué par une hausse des ventes de 4 % quand le second affiche -40 % en valeur et -20 % en volume. Une différence due aux « stocks de précaution » constitués par nombre d’acteurs, en anticipation de l’investiture de Donald Trump en janvier 2025 afin d’éviter les taxes douanières. Ce bilan complique la lecture du marché et sa projection sur 2026 : la baisse va-t-elle se poursuivre au même rythme ou bien peut-on espérer une stabilisation ?
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Pour se projeter sereinement dans cette nouvelle année, Gabriel Picard a appelé à l’unité de la filière, un « socle vital face aux incertitudes politiques ». Et surtout, « faire savoir que notre filière n’a pas à s’excuser d’exister », en rappelant qu’elle réunit 5 400 entreprises pour 600 000 emplois directs et indirects, cumulant 40 milliards d’euros de chiffres d’affaires.
Face à la morosité des marchés chinois et américains, des perspectives s’ouvrent, plus prometteuses, comme sur le continent africain, ou en Inde, où des marchés entiers restent à conquérir, même si Gabriel Picard admet que cela prendra au moins une décennie.
Ailleurs, la consommation de vins et spiritueux est déjà plus ancrée dans les mœurs, c’est le cas du Brésil, pour lequel l’accord Mercosur devrait faciliter les échanges (à condition qu’il soit effectivement mis en place), ou encore du Canada où le boycott des produits américains profite aux produits français.
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La FEVS identifie deux conditions pour rebondir. Premièrement : « Être fort chez soi. » Gabriel Picard appelle à plus de bienveillance sur les contrôles de la part des administrations, car « parfois on a l’impression de se battre contre nous-mêmes. Or on est combatif jusqu’à un certain point ». Deuxièmement, la Fédération « considère que le bon niveau d’échange, c’est l’Europe » qu’elle souhaite voir agir comme le bras armé de la filière pour défendre ses intérêts.
Jordi Lafon-Lacaze