Amélie de Montchalin à la Cour des comptes : ça grince à l'Assemblée
latribune.fr
Selon Éric Coquerel (LFI), la future présidente ne pourrait "garantir le minimum de neutralité et d'indépendance vis-à-vis du pouvoir en place qui réclame cette fonction décisive".
Juge et partie : la future présidente de la Cour des comptes se retrouve au cœur d’une polémique politique et institutionnelle.
La possible nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes cristallise les tensions politiques à la veille de son examen en conseil des ministres. Attendue mercredi, la désignation de l’actuelle ministre des Comptes publics, en première ligne sur le budget 2026, suscite de vives critiques à l’Assemblée nationale, notamment sur la question de l’indépendance de l’institution chargée de contrôler les finances publiques.
Le président de la commission des Finances, Éric Coquerel (LFI), a demandé « solennellement » mardi à Emmanuel Macron de renoncer à cette nomination afin de « garantir le minimum de neutralité et d’indépendance » de la Cour des comptes. « Je le dis de la manière la plus calme possible du fait de mes fonctions mais je demande solennellement au Chef de l’Etat (...) de revenir sur la nomination d’Amélie de Montchalin », a écrit le député sur X.
Sans remettre en cause « la qualité de la personne », l’élu insoumis estime qu’une telle décision constituerait un « danger » pour une institution « en laquelle les Français ont confiance ». Selon lui, la future présidente ne pourrait « garantir le minimum de neutralité et d’indépendance vis-à-vis du pouvoir en place qui réclame cette fonction décisive ». Il interroge en particulier la capacité de la ministre à se prononcer sur les textes budgétaires qu’elle a elle-même portés : « Comment la ministre actuelle pourrait aussi donner un avis crédible même sur le prochain budget qu’elle a elle-même préparé ? »
« Ce n’est pas une question de compétences »
À gauche également, le député Debout ! (ex-LFI) François Ruffin a dénoncé sur X un entre-soi institutionnel : « La République des copains se porte bien. Après huit années à accompagner le déficit public dans le fossé, elle pourra donc rendre un avis éclairé sur son propre budget ».
Les critiques ne se limitent pas à l’opposition de gauche. Sur franceinfo, le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, a fustigé « le verrouillage par les copains de la Macronie de tous les organes » institutionnels. « Ce n’est pas une question de compétences », a-t-il reconnu, mais la situation poserait selon lui un problème de principe : « elle a été ministre d’un budget et demain, elle va juger ce budget en tant que présidente de la Cour des comptes : elle est juge et partie », dénonçant « un scandale vraiment démocratique ».
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Des « procès déplacés »
La majorité défend, elle, un choix fondé sur l’expérience. Sur France 2, le ministre de l’Économie Roland Lescure a décrit « quelqu’un qui saura gouverner cette institution en toute indépendance » et lui apporter « une nouvelle énergie ». Il a dénoncé des « procès déplacés », rappelant que l’actuel président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, avait lui aussi exercé les fonctions de ministre des Finances, ce qui constituait selon lui « un gage de compétence ».
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a pour sa part salué sur Europe 1 le fait que le chef de l’État « nomme une femme », une première à la tête d’une institution bicentenaire. Interrogée sur un éventuel conflit d’intérêt, elle a écarté les critiques : « A partir du moment où les compétences sont là, pour moi, ça n’est pas un sujet ».
Au-delà de la controverse politique, l’enjeu est stratégique pour la crédibilité de la Cour des comptes. Dans un contexte de déficit public élevé et de trajectoire budgétaire scrutée par Bruxelles comme par les marchés, l’autorité morale et technique de l’institution constitue un pilier de la gouvernance financière. La décision du chef de l’État sera donc observée de près, tant pour ses implications institutionnelles que pour le signal envoyé en matière de discipline budgétaire et de séparation des pouvoirs.