Signal fort pour 2026 : l’Inde détrône la Chine dans les stratégies à long terme des dirigeants et investisseurs
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Chantiers de construction dans la zone économique spéciale de Hyderabad, en Inde.
VM/LP - REUTERS - Krishnendu Halder
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Chantiers de construction dans la zone économique spéciale de Hyderabad, en Inde.
VM/LP - REUTERS - Krishnendu Halder
L’air du temps, au sommet des multinationales, n’est plus à l’euphorie, mais à ce que Daniel Butters, de la société de conseils Teneo, appelle un « optimisme mesuré et un réalisme aiguisé ». Pourtant, derrière cette apparente timidité, se cache une réorientation stratégique d’une ampleur historique. L’enquête « Vision 2026 » menée auprès de plus de 750 dirigeants et investisseurs mondiaux est une radiographie des choix radicaux qui s’opèrent au moment où l’ordre économique établi depuis l’après-guerre s’efface, faisant place à une économie des blocs.
Ce qui frappe d’emblée, c’est le décalage de perception de l’incertitude. Si 73 % des dirigeants anticipent une amélioration en 2026, cette confiance est en léger reflux. Plus révélateur encore, la prudence s’est emparée des patrons de très grandes capitalisations (revenu annuel supérieur à 10 milliards de dollars), dont la confiance a chuté de 20 points en un an. À l’inverse, leurs homologues des capitalisations moyennes (mid-cap) conservent un optimisme intact, 80 % d’entre eux prévoyant une amélioration. Cette différence illustre l’avantage d’agilité des PME et ETI face à l’environnement « où la seule constante est l’incertitude », selon Teneo. La rapidité à pivoter, à diversifier ses chaînes d’approvisionnement ou ses marchés, est devenue la monnaie de la résilience.
Dans ce contexte changeant, on aurait pu s’attendre à un gel du marché des fusions-acquisitions (M&A) sous l’effet du coût du capital. Or, c’est l’inverse qui se produit : le dynamisme des M&A résiste, avec près de 78 % des dirigeants anticipant une intensification de l’activité en 2026. Comment expliquer ce paradoxe ? C’est un signal clair de consolidation. Les grandes entreprises cherchent la croissance non plus seulement en interne, mais aussi en rachetant des entreprises qui leur permettent d’accroître leur résilience par la taille ou par l’acquisition de technologies clés. La santé et les ressources naturelles s’imposent comme les secteurs les plus voraces en la matière.
Les fondamentaux financiers ne s’effacent pas pour autant. Si les acteurs restent optimistes sur le financement par les marchés de capitaux propres, l’accès à la dette est regardé avec une « prudence accrue ». Christian Buss de Teneo sonne l’alarme sur le « stress dans le système », notamment sur la partie inférieure du marché du crédit et chez les consommateurs à faible revenu. Le risque est double : l’exécution des plans d’investissement et l’intensité de l’activisme actionnarial, que trois quarts des acteurs s’attendent à voir augmenter. L’émergence d’une tension entre le besoin stratégique de consolider et les contraintes de financement est un marqueur fort de la complexité de l’exercice 2026.
Le phénomène le plus structurant révélé par cette enquête est sans doute l’accélération de la démondialisation, admise par 60 % des dirigeants. Si les États-Unis conservent leur statut de marché le plus attractif pour l’investissement mondial, c’est en Asie que se joue la révolution stratégique la plus profonde.
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La Chine, avec son immense marché de consommation et son expertise en R&D, reste incontournable aujourd’hui. Néanmoins, l’horizon stratégique à long terme a basculé. L’Inde est désormais perçue comme le futur moteur de croissance et le pôle de talent à privilégier. D’ici à cinq ans, l’Inde devrait atteindre la parité avec la Chine en matière de signification pour les stratégies commerciales. Pour 2036, le renversement est net : 47 % des dirigeants la jugent « extrêmement importante » pour leurs affaires, dépassant la Chine.
Ce pivot est alimenté par le double avantage indien : d’une part, un marché de consommation massif et jeune ; d’autre part, une infrastructure numérique croissante qui en fait un leader des services informatiques et numériques. C’est un signal fort pour les entreprises françaises, souvent historiquement implantées en Chine, qui doivent désormais intégrer la complexité du système quasi-fédéral indien et les inévitables risques d’exécution qui accompagnent un tel marché.
Enfin, la démondialisation n’avance pas au même rythme partout. L’Amérique latine est en première ligne, subissant de plein fouet les réalignements de chaînes d’approvisionnement (nearshoring) et l’investissement dans la transition énergétique. À l’inverse, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ainsi que l’Asie-Pacifique, apparaissent relativement plus isolés par un commerce régional robuste. La géographie stratégique du monde se reconfigure devant nos yeux.
La feuille de route des dirigeants pour 2026 dessinée par Teneo est claire : investir massivement dans la montée en compétences des équipes (upskilling), s’appuyer sur l’Inde comme pôle de croissance et de talent, et maintenir une agilité maximale face à des bouleversements que Teneo qualifie de « tectoniques, rapides et sans précédent ».
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