Lecornu déjà menacé, Les Républicains ne participeront pas à son gouvernement
latribune.fr
De nouveau sous la menace de censure après sa reconduction très critiquée, Sébastien Lecornu doit constituer, dans un délai ultra-court, son nouveau gouvernement afin de pouvoir présenter un projet de budget lundi.
SAA/ - REUTERS - BENOIT TESSIER
Lecornu déjà menacé, Retailleau et Larcher contre une présence des LR au gouvernement
Reconduit hier soir comme Premier ministre, Sébastien Lecornu doit constituer rapidement sa nouvelle équipe. Pris en étau avec un PS qui menace de le censurer sauf réelle avancée sur les retraites, ses marges de manœuvre semblent infimes. Les Républicains ont refusé samedi toute participation à son gouvernement.
[Article publié le 11/10/2025 à 9h58, mis à jour à 15h25]
Il était le détonateur de la chute de Lecornu I, qui a duré moins de 14 heures : l’ancien ministre de l’Intérieur et patron des LR, Bruno Retailleau, a fait savoir samedi matin qu’il s’opposait à une présence de son groupe au gouvernement Lecornu II, aux côtés du président du Sénat Gérard Larcher.
Le PS « va faire du chantage à la censure et le prochain gouvernement devra renoncer à tout : le sérieux budgétaire, le régalien, la défense du travail », a estimé ce dernier.
Dans la journée, le parti a décidé de ne pas participer au gouvernement, s’engageant seulement à apporter « un soutien texte par texte » à l’exécutif, lors d’un bureau politique, instance qui regroupe les principales personnalités du parti.
De quoi resserrer l’étau autour du Premier ministre reconduit hier soir, alors qu’il doit constituer dans un délai ultra-court une nouvelle équipe gouvernementale dans l’objectif de présenter un projet de budget 2026 au Parlement dès ce lundi.
Cette équipe « devra incarner le renouvellement et la diversité des compétences », a-t-il souligné, demandant aux prochains ministres de « s’engager à se déconnecter des ambitions présidentielles pour 2027 ». Sur le sujet, le Président a affirmé lui donner « carte blanche », y compris dans « les négociations » avec les partis politiques.
Mais entre les menaces de censure des oppositions et un socle commun largement mis à mal, sa tâche s’annonce éminemment difficile. Hier, la gauche avait d’ores et déjà annoncé qu’elle n’y participerait pas. Quant au parti Horizons d’Edouard Philippe, il envisage un soutien sans participation au gouvernement si celui-ci touche au « cœur » de la réforme des retraites de 2023. Or, le locataire de Matignon a promis que « tous les dossiers évoqués » pendant ses consultations avec les partis seraient « ouverts au débat parlementaire ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Aucun accord de non-censure avec le PS
Le Parti socialiste (PS), lui, censurera Lecornu en l’absence de « suspension immédiate et complète » de la réforme des retraites, a-t-il indiqué samedi.
« Nous rappelons de manière très claire ce soir au Premier ministre que s’il n’y a pas dès sa déclaration de politique générale la confirmation de l’abandon du 49-3, des mesures pour protéger et renforcer le pouvoir d’achat des Français et une suspension immédiate et complète de la réforme des retraites, nous le censurerons », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet.
Celui-ci a en outre démenti tout accord de non-censure entre son parti et le président Emmanuel Macron. « Nous ne serons pas la bouée de sauvetage d’un macronisme qui prend l’eau de toute part », a-t-il déclaré.
La France insoumise (LFI) a déjà indiqué qu’elle déposerait dès que possible une motion de censure contre le gouvernement.
« Nous proposons dès ce soir aux parlementaires de la gauche de l’hémicycle de signer une motion de censure immédiate et une nouvelle motion de destitution du Président de la République », a précisé le groupe à l’Assemblée nationale.
« Un nouveau bras d’honneur aux Français d’un irresponsable ivre de son pouvoir. La France et son peuple sont humiliés », a écrit le coordinateur de LFI Manuel Bompard sur X, en précisant que la formation déposerait « une nouvelle motion de destitution du président de la République » et censurerait « immédiatement » le prochain gouvernement.
Le Parti communiste français et les Ecologistes ont eux aussi immédiatement promis de censurer. Tout comme le Rassemblement national.
Une large majorité de LR «soutient » Lecornu
Côté LR, la question a divisé. Vendredi soir, une très large majorité des députés s’est prononcée, au cours d’une réunion, pour un « soutien » à Sébastien Lecornu. « Lors de la réunion de groupe LR, 41 députés ont pris la parole, trois ont émis des réserves, le reste s’est prononcé en faveur du soutien à Lecornu », a détaillé une source à l’AFP.
Au global, les parlementaires LR ont affiché dans la journée de samedi leurs divergences sur la participation de leur parti au gouvernement de Sébastien Lecornu, les sénateurs se rangeant pour la plupart derrière Bruno Retailleau qui s’y oppose, tandis que les députés, menacés par une dissolution, y sont largement favorables.
Lors de la réunion du bureau politique, le patron des sénateurs LR Mathieu Darnaud s’est dit favorable à « un soutien sans participation » au gouvernement Lecornu, assurant s’exprimer au nom de son groupe. Tout comme les jeunes LR, opposés à ce que l’équipe Lecornu 2 comprenne des ministres de leur parti. À l’inverse, de nombreux députés ont pris la parole pour soutenir Sébastien Lecornu et défendre le maintien de LR au sein de l’exécutif, à l’image du porte-parole de leur groupe Vincent Jeanbrun. « On n’est pas le RN ni LFI, on ne fait pas tomber les gouvernements », a-t-il affirmé.
Le patron des députés LR, Laurent Wauquiez, a rappelé la position « quasi unanime » des députés de droite « de rester du côté de la responsabilité ». Soulignant qu’il y a une semaine, il s’était opposé à l’entrée de LR dans le premier gouvernement de Sébastien Lecornu sans connaître sa feuille de route, contrairement à son rival interne Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez a souhaité que le parti soit « dans le collectif » et plaidé pour « l’unité ».
« Je reste sur la ligne d’un soutien très clair au gouvernement. La participation peut être conditionnelle », a estimé l’ex-Premier ministre Michel Barnier, fraîchement élu à l’Assemblée.
Après la dissolution l’an dernier, de nombreux députés LR avaient sauvé leur siège face au RN dans des circonscriptions rurales, en grande partie grâce à leur ancrage local.
Beaucoup ne se sentent pas redevables au parti, dont le nom ne figurait souvent pas sur les affiches électorales, et craignent de ne pouvoir contenir une nouvelle poussée de l’extrême droite en cas de législatives anticipées. « On ne peut pas claquer la porte après avoir défendu des positions de responsabilité », s’est exclamé Sébastien Martin (Saône-et-Loire), tandis que Julien Dive, proche de Xavier Bertrand et seul député non-RN de l’Aisne, a estimé que « sans participation, il n’y a pas de gouvernement ».
« Il faut que ce gouvernement tienne, sinon il n’y aura pas de budget et une dissolution », a mis en garde Annie Genevard, ministre de l’Agriculture démissionnaire.