« Ce projet de budget est un scandale absolu pour les plus pauvres en France », alerte Benoît Hamon, président d’ESS France

Benoît Hamon, ex-candidat à la présidentielle de 2017, et président d’ESS France.
Tous droits réservés à NICOLAS GUERBE

Benoît Hamon, ex-candidat à la présidentielle de 2017, et président d’ESS France.
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Après une première vie en politique avec le Parti socialiste, Benoît Hamon œuvre aujourd’hui au sein de la société civile en tant que président d’ESS France et directeur général de Singa, une ONG consacrée à l’insertion professionnelle des personnes réfugiées.
Dans une interview exclusive à La Tribune, l’ancien candidat à la présidentielle de 2017 juge le projet de budget du gouvernement Lecornu « catastrophique » pour les Français les plus modestes. « Le gouvernement Lecornu fait bien pire que le gouvernement Barnier en amputant de 54 % le budget que Bercy consacre à l’ESS », déplore par ailleurs son organisation ESS France, dans un communiqué. Une situation qui « indigne » l’ex-député et ministre.
LA TRIBUNE. Dans votre communiqué, vous parlez de « désengagement injustifiable de l’État vis-à-vis de l’économie sociale et solidaire » dans le dernier PLF. Comment cela se traduit en chiffre ?
Benoît Hamon. Dans le projet de budget de la Sécurité sociale, on constate déjà un gel des minima sociaux, qui est une catastrophe totale pour les Français les plus pauvres. Ensuite, dans le projet de loi de finances, on voit des moyens fortement réduits pour l’ensemble des acteurs de la solidarité.
Plusieurs chiffres illustrent la situation : un milliard d’euros de moins pour les associations françaises, 700 millions de moins pour celles qui œuvrent à la solidarité internationale, 90 % des crédits en moins pour les tiers-lieux, 20 millions en moins pour la politique de la ville, des dizaines de millions en moins pour le « tourisme social », permettant aux plus modestes de partir en vacances, 200 millions d’euros d’économie sur l’accompagnement vers l’emploi, qui touchera au moins 60 000 personnes, sur les 300 000 qui sont pris en charge par les dispositifs d’insertion. Et ce, alors, que le gouvernement dit que sa priorité est l’emploi… C’est incroyable.
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Vous semblez totalement indigné par ce projet de budget…
Absolument. Les mêmes qui disent qu’il faut arrêter le prétendu « assistanat » sont ceux qui cassent les reins des seuls dispositifs qui permettent aux gens de retrouver un emploi. Alors que la Cour des comptes dit que ceux-ci fonctionnent bien ! Où que l’on tourne la tête dans ce budget, le tableau est catastrophique. C’est une hécatombe ! Les grands perdants sont les 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France.
Pour couronner le tout, dans l’exposé des motifs qui justifie le gel des minima sociaux, le gouvernement dit que comme il y a moins d’inflation, 2 % aujourd’hui environ, les plus pauvres pourront absorber ce gel. Alors, on n’a pas de problème à dire aux plus modestes, vous allez perdre 2 % de votre pouvoir d’achat, et d’un autre côté, imposer une taxe significative aux grandes fortunes, c’est presque une affaire d’État. C’est inouï ! C’est un scandale absolu pour les plus pauvres en France.
Quels sont les secteurs de l’ESS qui seront les plus touchés par ces coupes ?
En France, il y a l’insertion par l’activité économique, l’éducation populaire et le tourisme social, ou le service civique qui va perdre 90 millions d’euros, soit 60 000 jeunes au moins. Alors que c’est un moyen de formation, d’émancipation et d’éducation à l’intérêt général.
Autre secteur qui est laminé, je pèse mes mots, celui de la solidarité internationale. Cela passe notamment par une nouvelle baisse du budget de l’Agence française de développement (AFD), avec des conséquences très concrètes, il faut le rappeler : plus de personnes en situation de famine dans le monde, ou qui décèdent à cause de maladies non soignées ou de malnutrition.
Avez-vous pu relayer ces inquiétudes auprès de l’exécutif ?
On essaie, mais c’est difficile. On n’a pas d’interlocuteur direct car il n’y a pas de ministre de l’Économie sociale et solidaire. Alors, on fait des conférences de presse, on élève la voix comme on peut, mais il y a une sorte de vacance de la décision politique très préoccupante.
On dit que l’instabilité politique a des conséquences négatives sur les marchés financiers, mais elle a d’abord un impact négatif sur la cohésion sociale. Et les associations qui sont sur le terrain, en zone rurale, ou dans les quartiers pauvres, sont en première ligne.
Avez-vous du soutien de la part de certains parlementaires, notamment issus de la gauche ?
Certains parlementaires nous soutiennent à gauche et dans le bloc central. Mais honnêtement, j’aurais aimé que la gauche soit un peu plus vocale sur les conséquences de ce budget sur les pauvres. Lorsqu’on a une copie qui abîme à ce point l’ESS, un secteur qui pèse tout de même 14 % de l’emploi privé du pays, il faut que les dirigeants politiques en parlent.
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En réalité, les dix millions de pauvres en France n’intéressent pas ou peu ceux qui décident. Probablement parce qu’elles votent peu, je n’ai pas peur de le dire… C’est malheureux. J’aimerais que les responsables de parti, Gabriel Attal (Renaissance), Olivier Faure (PS), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Tondelier (Les Écologistes) se montrent plus vocaux.
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