Jerome Powell, du technicien au rempart institutionnel
latribune.fr

Donald Trump et Jerome Powell lors d'une visite à Washington du bâtiment de la Fed en rénovation, en juillet 2025.
/FW1FP/Andrea Ricci - REUTERS - Kent Nishimura
latribune.fr

Donald Trump et Jerome Powell lors d'une visite à Washington du bâtiment de la Fed en rénovation, en juillet 2025.
/FW1FP/Andrea Ricci - REUTERS - Kent Nishimura
À quelques heures de sa probable dernière conférence de presse, Jerome « Jay » Powell s’apprête à refermer un chapitre hors norme à la tête de la Réserve fédérale américaine. À 73 ans, celui que l’on disait technicien discret, presque effacé, aura finalement incarné bien plus qu’un banquier central : une ligne de résistance.
Réputé pondéré, le président sortant de la banque centrale des Etats-Unis Jerome Powell est devenu en fin de mandat l’une des rares figures à résister aux assauts de Donald Trump. Une transformation progressive, presque inattendue, pour cet avocat de formation devenu banquier d’affaires, puis grand argentier de la première économie mondiale.
Lorsque Powell prend les rênes de la Fed en 2018, nommé par Donald Trump lui-même, peu imaginent qu’il finira par s’opposer frontalement au président. L’homme, républicain modéré, a jusque-là construit une trajectoire à l’écart des clivages : passage au Trésor sous George Bush père, nomination comme gouverneur de la Fed par Barack Obama en 2012, puis reconduction en 2022 par Jœ Biden. Une carrière transpartisane, rare à Washington.
Pendant huit ans, il traverse des tempêtes économiques majeures : pandémie de Covid-19, poussée inflationniste, tensions commerciales et chocs géopolitiques. À chaque fois, Powell s’efforce de tenir une ligne : maintenir la stabilité financière tout en évitant une explosion du chômage. Une stratégie qui lui vaut des critiques, mais aussi des soutiens. L’économiste Dean Baker salue ainsi son « bilan global », estimant qu’il a permis d’épargner le chômage « à des millions de personnes ».
Mais c’est sur le terrain politique que son mandat prend une dimension singulière. Face aux attaques répétées de Donald Trump — qui le juge trop restrictif et l’accuse de mauvaise gestion — Powell choisit d’abord le silence. Un silence calculé, fidèle à la tradition des banquiers centraux.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Jusqu’à janvier 2026.
Dans un message vidéo solennel (voir ci-dessous), il révèle être visé par une procédure du ministère de la Justice autour du chantier de rénovation du siège de la Fed, dont le coût a dérapé. Il dénonce alors un « prétexte » dans « le contexte plus large des menaces et des pressions constantes exercées par le gouvernement ». En quelques mots, le technicien devient figure politique, défenseur assumé de l’indépendance de son institution.
Le geste marque un tournant. Les soutiens affluent, au nom de la crédibilité de la Fed et de la probité de son président. Pour David Wessel, de la Brookings Institution, « Jay Powell restera dans l’histoire comme un président de Fed doté d’une solide colonne vertébrale ». Une formule qui résume l’image laissée par celui qui, sans formation académique d’économiste, a su s’imposer dans un univers réputé hermétique.
Cette « colonne vertébrale », Powell la manifeste jusque dans les symboles. À l’été 2025, lors d’une visite surprise de Donald Trump sur le chantier de la Fed, l’image fait le tour du monde : casque sur la tête, le président américain affirme un chiffre, immédiatement corrigé par Powell, lunettes vissées sur le nez. Une scène perçue comme un acte d’audace rare dans un système politique où la loyauté publique est souvent de mise.
Son mandat s’achève officiellement le 15 mai, mais Powell pourrait ne pas quitter totalement la scène. Gouverneur jusqu’en 2028, il laisse planer le doute sur son départ effectif, évoquant la possibilité de rester s’il se juge menacé par des poursuites soutenues par la Maison Blanche. Une perspective qui constituerait un revers pour Donald Trump, déterminé à le pousser vers la sortie depuis son retour au pouvoir en janvier 2025.
Derrière la figure institutionnelle, c’est aussi un parcours personnel qui se dessine : celui d’un juriste devenu milliardaire, passé par les arcanes du pouvoir avant de se retrouver, presque malgré lui, en première ligne d’un bras de fer politique.
À l’heure de quitter la présidence de la Fed, Jerome Powell laisse une empreinte contrastée mais durable. Critiqué pour sa prudence sur la régulation bancaire, salué pour sa gestion de l’emploi et, surtout, respecté pour avoir défendu ce qu’il considère comme « l’essentiel » : l’indépendance de la banque centrale.
Dans une Amérique sous tension, « Jay » Powell aura finalement incarné une chose rare : la constance.
latribune.fr
Immobilier : « La paupérisation de l’accession à la propriété est en marche », alerte la FNAIM
« On a l'impression de couler » : l'Unédic appelle l'État à abandonner tout nouveau prélèvement
L'OCDE recommande à la Norvège de supprimer son impôt sur la fortune
Vincent Chabault, sociologue : « Le luxe est le marché de la reconnaissance sociale »