La grippe revient en force en Europe, portée par une nouvelle souche H3N2 plus précoce et plus virulente qui met les systèmes de santé sous tension.
À l’approche des fêtes, l’Europe se retrouve confrontée à une multiplication d’alertes sanitaires qui menace de déstabiliser des systèmes hospitaliers déjà fortement fragilisés. Face à la propagation accélérée d’un nouveau sous-variant grippal, qui soulève des incertitudes quant à la protection offerte par le vaccin saisonnier, les signaux virent au rouge sur l’ensemble du continent.
Au Royaume-Uni, le NHS est à nouveau au cœur de la tourmente. Le pays fait face à une « vague sans précédent de super grippe », selon le service de santé public, alors que les médecins « résidents » – équivalents des internes en France – menacent d’entamer une grève de cinq jours juste avant Noël. Le ministre de la Santé, Wes Streeting, tire la sonnette d’alarme. Le NHS se trouve dans une « situation incroyablement précaire » et affronte « un défi inédit depuis la pandémie » ; il appelle les praticiens à « accepter l’offre du gouvernement » pour éviter un blocage susceptible de paralyser les urgences en pleine montée des cas.
« Pire situation possible »
Les chiffres publiés jeudi au Royaume-Uni sont sans appel : +55 % de cas en une semaine, soit 2 660 hospitalisations quotidiennes en moyenne. Une pression telle que Meghana Pandit, directrice médicale nationale du NHS, juge que « cette vague sans précédent de super grippe place le NHS dans la pire situation possible pour cette période de l’année ». La crise se double d’un conflit salarial : malgré une hausse cumulative de 28,9 % en trois ans, le gouvernement affirme « ne peut et ne veut pas bouger sur les salaires », alors que la British Medical Association réclame 26 % supplémentaires pour compenser l’érosion du pouvoir d’achat.
La situation britannique n’est pas isolée. En France, Santé publique France note une « poursuite de l’augmentation des indicateurs grippe dans toutes les classes d’âge » et classe désormais toutes les régions, sauf la Corse, en phase épidémique. L’Hexagone retrouve une dynamique similaire à celle de l’an dernier, période marquée par plus de 17 000 décès attribués à la grippe. La bronchiolite suit la même trajectoire, avec des tensions hospitalières persistantes, même si une stabilisation semble poindre. En Île-de-France, une quinzaine d’enfants ont déjà été transférés vers d’autres régions faute de lits.
Mutations inédites
Au-delà des frontières françaises et britanniques, l’ensemble du continent est sous surveillance renforcée. Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), la saison grippale démarre trois à quatre semaines plus tôt qu’à l’accoutumée, alimentée par une nouvelle souche H3N2 – le sous-clade K – également détectée outre-Manche. Le sous-clade K présente des mutations inédites qui facilitent sa circulation et expliquent en partie la précocité de l’épidémie observée en Europe. Cette dérive génétique pourrait, en outre, réduire l’efficacité du vaccin actuel, conçu à partir d’une souche plus ancienne.
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L’Espagne, de son côté, est déjà frappée par ce que les autorités décrivent comme une épidémie « précoce et explosive ». Les consultations pour syndrome grippal y ont presque doublé en une semaine. Les services d’urgence dépassent parfois les 1 600 cas pour 100 000 habitants, et les infections respiratoires aiguës s’emballent, en particulier chez les jeunes enfants.