La BRI alerte sur les nouvelles fragilités de l'économie mondiale
latribune.fr
En cas de remontée des taux ou de retournement de la confiance, " des chaînes de contagion pourraient s'enclencher ", prévient Andrea Maechler, directrice générale adjointe de la BRI.
Dans son rapport annuel publié dimanche, la Banque des règlements internationaux (BRI) alerte sur l'accumulation de plusieurs facteurs de risque susceptibles de fragiliser l'économie mondiale. Inflation, emballement des investissements dans l'intelligence artificielle, prise de risque excessive sur les marchés financiers et niveaux d'endettement élevés pourraient, combinés, menacer la stabilité financière.
La Banque des règlements internationaux (BRI), souvent présentée comme la « banque centrale des banques centrales », appelle à la vigilance. Dans son rapport annuel publié dimanche, l'institution basée à Bâle estime que plusieurs facteurs de risque, pris isolément maîtrisables, pourraient se renforcer mutuellement et provoquer de nouvelles turbulences économiques.
« Chacun de ces points de tension devrait être tout à fait absorbable, mais ensemble, ils risquent de s'amplifier les uns avec les autres et de menacer la stabilité financière », explique Andrea Maechler, directrice générale adjointe de la BRI, dans un entretien accordé à l'AFP.
L'inflation reste sous surveillance
Premier sujet de préoccupation : le retour des tensions inflationnistes. La BRI estime que le conflit au Moyen-Orient pourrait entraîner une hausse durable des prix de l'énergie mais aussi de nombreuses matières premières et composants industriels, des engrais aux plastiques en passant par l'hélium utilisé dans la fabrication des semi-conducteurs.
Dans ce contexte, les banques centrales pourraient être contraintes de maintenir une politique monétaire prudente plus longtemps que prévu.
La course à l'intelligence artificielle inquiète
L'institution s'interroge également sur le rythme des investissements dans l'intelligence artificielle. Si cette vague d'investissements a largement soutenu la croissance mondiale ces derniers mois, la BRI s'interroge sur sa soutenabilité.
L'ampleur des capitaux engagés et les modalités de leur financement font craindre le risque d'une correction brutale sur les marchés financiers si les anticipations des investisseurs venaient à changer.
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Les marchés et la dette sous pression
La BRI pointe également « l'appétit exubérant pour le risque » observé sur les marchés financiers, notamment avec le poids croissant des acteurs non bancaires, comme les fonds spéculatifs, dans le financement de l'économie.
En cas de remontée des taux ou de retournement de la confiance, « des chaînes de contagion pourraient s'enclencher », prévient Andrea Maechler.
L'autre vulnérabilité identifiée concerne le niveau élevé de l'endettement public. Selon la BRI, ces niveaux de dette réduisent la marge de manœuvre des banques centrales : relever les taux pour combattre l'inflation renchérit simultanément le coût du financement des États et peut peser davantage sur la croissance.
Préserver l'indépendance des banques centrales
Face à ces risques, la BRI recommande aux gouvernements de réduire progressivement leur endettement et de privilégier des dispositifs de soutien temporaires et ciblés en période de crise.
L'institution insiste également sur la nécessité de préserver l'indépendance des banques centrales, alors que les décisions de politique monétaire sont appelées à devenir de plus en plus délicates dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, l'incertitude économique et les mutations technologiques.
À la veille de l'ouverture du forum annuel de la Banque centrale européenne à Sintra, ce rapport constitue un rappel des principaux défis auxquels seront confrontées les autorités monétaires dans les prochains mois.