Droits de douane américains : Macron demande à activer l’instrument anti-coercition de l’UE
latribune.fr
Emmanuel Macron demandera " l'activation de l'instrument anti-coercition " de l'Union européenne si les menaces de nouveaux droits de douane américains sont mises à exécution.
via REUTERS - Sarah Meyssonnier
Face aux menaces de surtaxes douanières brandies par le président américain Donald Trump, Emmanuel Macron envisage de demander l’activation de l’instrument anti-coercition de l’Union européenne. Une réponse jugée nécessaire par Paris, alors que plusieurs responsables dénoncent une « guerre économique » visant des pays alliés.
Le bras de fer engagé par Washington autour du Groenland fait monter d’un cran la tension commerciale et diplomatique entre alliés occidentaux. Emmanuel Macron, qui sera « toute la journée en contact avec ses homologues européens », demandera « l’activation de l’instrument anti-coercition » de l’Union européenne si les menaces de nouveaux droits de douane américains sont mises à exécution, a indiqué dimanche son entourage. Cet outil, adopté par l’UE en 2023, permet notamment de restreindre l’accès aux marchés publics européens ou de bloquer certains investissements étrangers, sous réserve d’une majorité qualifiée des États membres.
« C'est un outil qui est parfaitement adapté à la situation actuelle et il faut évidemment ne pas hésiter à le brandir, voire à l'utiliser si cela s'avérait nécessaire », a affirmé sur RTLYaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale.
Selon un proche du chef de l’État, ces menaces commerciales « posent la question de la validité de l’accord » tarifaire conclu entre l’Union européenne et les États-Unis en juillet dernier, qui avait permis d’apaiser temporairement les tensions transatlantiques.
La ministre déléguée aux Armées Alice Rufo a, elle, dénoncé une « forme de guerre économique ». « On entre dans un domaine qui relève de la coercition (…) c’est une volonté d’imposer une politique par une rétorsion économique très violente », a-t-elle estimé sur France 3, jugeant « absurde » de « punir des alliés » engagés dans la sécurité de l’Arctique.
Les menaces américaines visent huit pays européens — Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Finlande — ayant participé à l’envoi de personnels militaires au Groenland dans le cadre de l’exercice danois Arctic Endurance, conduit avec des alliés de l’Otan. « Un pays nous appelle pour dire qu’il veut démontrer qu’il défend sa souveraineté, on répond présent », a rappelé la ministre.
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Meloni a qualifié d’« erreur » la menace de nouvelles surtaxes américaines
À Bruxelles, une réunion extraordinaire des ambassadeurs des 27 est prévue dimanche après-midi afin de coordonner la réponse européenne. « L’Europe n’est pas désarmée, ni diplomatiquement, ni économiquement, ni commercialement », a assuré Alice Rufo, plaidant pour une réaction « unie et cohérente ».
Depuis Séoul, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a qualifié d’« erreur » la menace de nouvelles surtaxes américaines. « Imposer de nouvelles sanctions aujourd’hui serait une erreur », a-t-elle déclaré, indiquant en avoir discuté avec Donald Trump et avec le secrétaire général de l’Otan. Tout en cherchant à minimiser le conflit, elle a évoqué « un problème de compréhension et de communication » entre l’Europe et les États-Unis sur le dossier du Groenland.
La Norvège, qui n'est pas membre de l'UE mais est l'un des huit pays visés par les menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump, n'envisage pas de représailles contre les importations américaines « pour le moment », a déclaré dimanche son Premier ministre. « Je pense qu'il faut bien réfléchir afin d'éviter une guerre commerciale qui s'emballerait dans une spirale infernale. Personne n'y a intérêt », a dit Jonas Gahr Støre à la chaîne de télévision NRK.
Donald Trump continue d’affirmer que les États-Unis ont besoin de cette île arctique, territoire autonome rattaché au Danemark, pour des raisons stratégiques et de sécurité nationale.
Adopté en 2023, l’instrument anti-coercition est l’outil le plus offensif dont s’est dotée l’Union européenne pour répondre à des pressions économiques exercées par un pays tiers sur l’un de ses États membres ou sur l’UE elle-même. Il n’a, à ce stade, jamais été activé. Sa portée réelle et sa rapidité d’action demeurent ainsi largement inconnues.Pensé comme un instrument de dissuasion, il permet notamment de restreindre les importations en provenance du pays visé, de limiter son accès aux marchés publics européens ou encore de bloquer certains investissements. Selon les textes européens, la coercition économique est caractérisée lorsqu’un État tiers « applique ou menace d’appliquer une mesure affectant le commerce ou les investissements » afin d’interférer dans des « choix souverains légitimes ». La procédure peut être engagée par la Commission européenne, de sa propre initiative ou à la demande d’un État membre. Son activation doit ensuite être approuvée par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée (au moins 55 % des États représentant 65 % de la population). S’ouvre alors une phase de médiation, sans limite de temps, destinée à obtenir un retrait des mesures contestées. En l’absence d’accord, la Commission peut proposer des mesures de rétorsion.