Les apprentis reçoivent plus de prestations sociales que les étudiants classiques, mais ils génèrent des retombées économiques en versant des cotisations sociales et patronales lors de leur apprentissage (photo d'illustration).
Le ministère du Travail doit réduire ses dépenses de 1,9 milliard d'euros d'ici 2027. Ces coupes budgétaires menacent pourtant un secteur dont le coût public est amorti en seulement quatre ans, selon une étude du Synofdes dévoilée en exclusivité par La Tribune.
À l’heure des coupes budgétaires pour maîtriser la dépense publique, le ministère du Travail et des Solidarités devrait voir son budget amoindri de 1,9 milliard pour 2027, selon les prévisions de l'État. Et parmi les réductions envisagées, la formation est à nouveau dans le viseur.
Dans un entretien accordé aux Échos, Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, a annoncé la semaine dernière vouloir faire vérifier les formations du compte personnel de formation (CPF) afin qu’elles soient « cohérentes » avec les évolutions du salarié et « réalistes ». Une mesure qui pourrait induire des économies de 350 millions d’euros, selon le quotidien, mais qui dénature la réforme de 2018 supprimant tout intermédiaire.
« La formation n’est pas un marché comme les autres, il est évident qu’il faut réguler, limiter la fraude car ce sont des financements publics et garder les formations les plus utiles pour être dans une logique de maîtrise des dépenses, mais il faut que les salariés gardent une forme de liberté pour choisir leur avenir professionnel », confie à La Tribune David Cluzeau, le délégué général du Synofdes, le syndicat des organismes de formation.
Il faut que les salariés gardent une forme de liberté pour choisir leur avenir professionnel
Par ailleurs, si le ministre a indiqué qu’il ne toucherait pas aux aides à l’apprentissage versées aux entreprises, ces dernières ont déjà été nettement réduites dans le budget de 2026. « Altérer le financement de la formation professionnelle est une mesure d’économie immédiate, mais elle est mauvaise à long terme », ajoute David Cluzeau. Dans une étude réalisée par le cabinet Koreis, le Synofdes met l’accent sur les bénéfices sociaux et sociétaux de la formation mais aussi sur ses retombées économiques.
Une « stratégie d’investissement »
La formation professionnelle reste ainsi un facteur facilitant pour trouver un emploi. Les demandeurs formés sont 37 % à avoir trouvé un emploi au cours des 2 dernières années contre 17 % pour les non-formés, d'après l’étude. Ils voient également davantage leurs revenus augmenter et décrochent plus facilement des emplois à durée indéterminée.
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Plus largement, les formations permettent un meilleur épanouissement au travail, davantage de confiance et une plus grande mobilité professionnelle. 79 % trouvent leur travail « excitant », contre 49 % pour les non-formés, ou encore 77 % se sentent plus capables de négocier leur contrat. « Il faut penser la formation comme une stratégie d’investissement sur le long terme, mieux on est formé, mieux on est inséré socialement et on est capable de s’engager dans la société », plaide David Cluzeau.
Un coût public compensé en quatre ans
D'autant que, toujours selon l'étude, les demandeurs d’emplois formés compensent le coût public de leur formation professionnelle en seulement quatre ans. Ils génèrent ainsi plus de 9 080 euros de retombées fiscales pour un coût unitaire public de 8 620 euros. « La formation a un réel retour sur investissement. Des dépenses sont évitées car les demandeurs d’emploi formés sont moins au chômage ou au RSA, ils consomment davantage et payent plus d’impôts », argumente David Cluzeau.
De leur côté, les apprentis compensent le coût de leur formation en cinq ans. Ils génèrent ainsi 8 500 euros de retombées fiscales pour un coût public de 7 440 euros. S’ils reçoivent plus de prestations sociales que les étudiants classiques, ils génèrent déjà des retombées économiques en versant des cotisations sociales et patronales lors de leur apprentissage. « Les jeunes qui suivent des formations avec une alternance en milieu professionnel sont ceux qui trouvent le plus vite un emploi et s’insèrent le plus facilement », indique le délégué général du Synofdes. Leur salaire médian à la première embauche est d’ailleurs supérieur à ceux qui ont suivi une voie plus classique : 1 517 euros contre 1 398 euros pour les jeunes qui ont terminé leur formation en 2017.
« La politique de financement de l’alternance doit être forte, ne doit pas s’amoindrir, et doit continuer à avoir les mêmes ambitions que lors de son développement massif en 2019 », complète-t-il.
Outre les aides à l'embauche, le ministre du Travail a également indiqué qu'il allait conserver le budget pour le financement des centres de formation d'apprentis. Mais selon Les Échos, ce serait la niche fiscale de l'apprentissage qui pourrait disparaître. Ce qui représenterait pour le gouvernement une économie d'environ 500 millions d'euros.